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Bulletin Quotidien Europe N° 10577
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Remarques à propos de trois dossiers complexes et de quelques indiscrétions

Le moment de définir l'avenir budgétaire de l'UE est arrivé. Nous y sommes. L'un des dossiers fondamentaux pour l'avenir européen est ouvert: celui des perspectives financières 2014-2020. En fait on en parle depuis quelque temps, mais les débats étaient essentiellement théoriques. À présent, la préparation du budget de l'UE pour 2013 étant entrée dans le vif, on constate que tout est lié et que les arguments qu'on fait valoir pour l'année prochaine visent déjà l'orientation budgétaire jusqu'en 2020. Les deux thèses en présence sont connues: les uns estiment que les politiques d'austérité que tout État membre applique au niveau national doivent être valables aussi au niveau européen (le budget de l'UE, on le sait, est financé presque intégralement par les contributions des budgets nationaux) ; les autres considèrent que l'UE doit sauvegarder et même accentuer le soutien aux États membres moins favorisés et multiplier les investissements européens qui renforcent la coopération et la cohésion, essentiellement financés par les pays « contributeurs nets » qui versent davantage que ce qu'ils reçoivent.

Les compromis sont difficiles. Les nouveaux États membres (récents ou en attente) appartiennent à la catégorie des pays moins favorisés qui bénéficient plus du budget européen ; les plus anciens, qui autrefois étaient aidés, sont devenus contributeurs nets, et même l'Espagne le sera bientôt. Alain Lamassoure, président de la commission compétente du Parlement européen, a souligné que les crédits de paiement sont déjà insuffisants, notamment pour financer la politique de cohésion (voir notre bulletin n° 10575). Ce sont des dossiers très techniques, auxquels il est difficile d'intéresser l'opinion publique, laquelle a toujours la sensation que l'UE dépense déjà trop, sans se rendre compte qu'en fait son budget finance directement les agriculteurs, les pêcheurs, les infrastructures communes et ainsi de suite. M. Lamassoure met en garde: c'est bien cette année qu'il faut négocier et préparer les orientations pour l'avenir, car l'année prochaine le nouveau cycle budgétaire qui s'étendra jusqu'en 2020 devra déjà être prêt. Mais les positions des États membres s'opposent et les opinions publiques sont difficilement mobilisables sur les questions de principe, qui en définitive vont déterminer les financements spécifiques.

Marchés publics et réciprocités. Pas de surprise: la Commission européenne a proposé l'instrument législatif qui demandera aux partenaires commerciaux de l'UE d'ouvrir davantage leurs commandes publiques aux entreprises européennes, afin d'introduire une réciprocité raisonnable dans ce domaine complexe et économiquement significatif (voir notre bulletin de samedi 17). La Commission vise à introduire la réciprocité des engagements entre l'UE et des pays tels que Brésil, Russie, Chine, Inde. Deux remarques: a) tous les États membres étaient au courant de cette initiative de la Commission et M. Sarkozy, en la citant quelques jours en avance dans un discours, ne découvrait rien ; b) la Commission n'a pas retenu l'idée d'un Buy European Act, qui pourrait provoquer, à son avis, des rétorsions des pays tiers.

Il est souhaitable que ce dossier, et d'autres liés à la politique commerciale de l'UE, ne soient pas considérés comme des sujets de campagne électorale, car en fait c'est l'intérêt européen qui est en jeu.

Trois remarques à propos de la Hongrie. Le sursaut d'orgueil national de Viktor Orban doit être accueilli avec sérénité. Le Premier ministre hongrois a déclaré que son pays ne sera jamais « une colonie » et que ses citoyens ne seront pas des « citoyens européens de deuxième classe », en ajoutant qu'ils ne renonceront pas à leur constitution (voir notre bulletin n° 10576). Trois petits rappels: a) le respect des règles communautaires n'est pas facultatif mais constitue une obligation ; b) la Commission européenne, en tant que gardienne du Traité, a le devoir de veiller à ce respect et a la faculté de suspendre, le cas échéant, des financements européens: l'UE n'est pas un distributeur de subventions, mais une communauté dans laquelle droits et devoirs vont ensemble ; c) tout État membre a le droit de ne pas participer à des progrès supplémentaires de l'intégration européenne, ce qui signifie concrètement que l'Europe à deux vitesses est déjà une réalité.

Il est évident que les considérations ci-dessus sont valables pour tous les États membres.

Dans les coulisses… Les indiscrétions ne sont pas notre habitude, mais elles peuvent avoir parfois une certaine saveur. Selon nos collègues du journal belge Le Soir, les responsables de plusieurs groupes politiques significatifs du Parlement européen sont en train de préparer, à l'initiative de Daniel Cohn-Bendit, une élection « primaire » pour désigner le candidat à la présidence de la Commission européenne en 2014.

L'objectif serait de présenter une alternative à celui (ou celle) qui sera le candidat du groupe le plus lourd, celui du PPE. D'après les entretiens en cours, les candidats à cette initiative seraient: Guy Verhofstadt pour les libéraux ; Martin Schulz, président actuel du PE, pour les socialistes ; Jean-Luc Mélenchon, en ce moment protagoniste actif de la campagne présidentielle en France, pour la gauche plus radicale. Et, bien entendu, M. Cohn-Bendit lui-même pour les Verts, si ceux-ci souhaitent le choisir. L'objectif commun serait de désigner « le président de la Commission de demain, sociale, écologique et démocratique ».

Tous unis dans ce projet, les candidats deviendraient évidemment rivaux au moment de la désignation de leur candidat, et il sera intéressant de voir ce que donnerait la campagne électorale entre eux, lorsqu'ils seront en concurrence… Selon les indiscrétions, Guy Verhofstadt n'aurait « jamais digéré sa défaite de 2004 dans la course à la présidence de la Commission ».

Plus vaste encore, toujours d'après Le Soir, serait le projet de Graham Watson, qui viserait la création d'une force politique puissante, représentant le Centre comme alternative au PPE et qui présenterait en 2014 non seulement un candidat à la présidence de la Commission européenne, mais aussi les candidats à la présidence du Conseil et au poste de Haut représentant pour la politique étrangère. À première vue, il ne sera pas aisé pour M. Watson d'obtenir que le Conseil européen accepte que son président soit désigné par le PE…

(FR)

 

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