Bruxelles, 19/03/2012 (Agence Europe) - La Méditerranée s'enrichit d'un nouvel acronyme: SEMED pour Southern and Eastern Mediterranean, qui indique le champ d'action nouveau de la Banque européene de reconstruction et de développement (BERD) assigné par l'UE et le G8.
Vouée au cours des deux dernières décennies à l'encadrement des pays de l'Est européen dans leur transition vers des économies de marché, elle est depuis mai 2011 appelée par l'UE et le G8 à mettre son expérience au service des transitions, presque similaires, amorcées dans la région méditerranéenne, rappelle son actuel président Thomas Mirow dans un entretien accordé à EUROPE.
Au départ, lorsque l'annonce de son implication dans la région a été faite, a dominé le sentiment d'un « double emploi » avec la Facilité euroméditerranéenne d'investissement et de partenariat (FEMIP), gérée par la BEI et qui est déjà pleinement investie dans la zone. La crainte d'une concurrence paraît toutefois se dissiper. D'autant que le vice-président de la Banque européenne d'investissement (BEI) chargé de la Méditerranée, Philippe de Fontaine Vive, est en lice pour remplacer Thomas Mirow. Ce dernier étant candidat à sa propre succession, les 27 auront bientôt à départager les deux hommes.
Dans l'attente de ce verdict, Thomas Mirow explique à EUROPE le programme de travail en cours:
-« soutenir le développement économique et politique dans la région - en tenant compte, bien sûr, des besoins individuels des pays concernés ». En réalité, seuls 4 pays de la région sont pour l'instant concernés, ceux désignés par le G8 à Deauville: Tunisie, Égypte, Maroc et Jordanie. La Libye est potentiellement concernée mais n'a pas encore réagi à la proposition qui lui a été faite à Deauville. La Turquie, pays de la région, est déjà bénéfiaire des fonds de la BERD depuis 2009 et compte, selon M. Mirow parmi les premiers pays cibles de ses appuis.
Le Maroc et l'Égypte figurent depuis la création de la BERD parmi ses actionnaires initiaux et ils ont déjà « demandé à devenir bénéficiaires de ses financements » en appui à leurs programmes de réformes économiques, rappelle le président. « L'année dernière, la Jordanie et la Tunisie sont devenues à leur tour actionnaires ». Elles seront désormais visées par les opérations de la BERD et « bénéficiaires de ses investissements ». M. Mirow indique que les décisions à ce sujet sont « en cours d'approbation par les actionnaires de la BERD », lesquels doivent se prononcer sur le « changement des statuts » de la banque afin de lui permettre de modifier son champ de couverture en Méditerranée. Néanmoins, « avant même l'achèvement complet du processus de ratification, nous avons lancé dans les quatre pays des actions de coopération technique qui prépareront les investissements ultérieurs ». Il dit s'attendre à « démarrer ces investissements dans la seconde moitié de 2012 ».
Selon le président de la BERD, la principale cible du programme SEMED, seront les PME, « en particulier pour soutenir le secteur financier » à leur profit comme pour améliorer « les services municipaux pour les personnes ». M. Mirow rappelle volontiers que la BERD a « une forte expérience dans le développement du secteur privé: nous y effectuons l'immense majorité de nos opérations ». En Méditerranée, « nous pouvons compléter le travail d'autres institutions qui travaillent plus dans le secteur public », a-t-il ajouté.
L'UE appuie cette réorientation des activités de la BERD et lui a « fourni 20 millions d'euros par le biais de sa 'Facilité d'investissement voisinage' pour (la création d'un) nouveau fonds qui sera géré par la BERD ». D'autres donateurs bilatéraux ont promis, ensemble, d'y verser, à peu près, le même montant. Pour M. Mirow, « ce financement initial est extrêmement important car il permet à la Banque de se préparer à affecter ses propres investissements dans la région ».
Quels sont les secteurs d'activité visés ? « La BERD a identifié un certain nombre de secteurs en se fondant sur des évaluations et des discussions avec les gouvernements, le secteur privé ainsi que des représentants de la société civile », mais la banque « travaille principalement avec le secteur privé », rappelle son président. « Nous allons nous pencher en particulier sur: la modernisation du secteur agro-alimentaire, le renforcement du secteur financier et le développement des marchés de capitaux locaux ; le soutien aux PME ; les énergies renouvelables et l'appui aux réformes d'infrastructure et de la décentralisation des services municipaux ». En fait, « à chacun selon ses besoins », souligne le président de la banque. Pour la BERD, la « plus haute priorité » ira à la lutte contre le chômage, « surtout des jeunes, qui est très élevé dans ces pays comme dans toute la région ». Cette lutte passe par le soutien aux petites et moyennes entreprises dont le développement « peut jouer un rôle important ».
Des premiers fonds, par le biais du financement de la coopération technique, ont déjà commencé à être attribués et « un premier projet financé par des bailleurs de fonds » ira au secteur des transports égyptiens, (service rapide entre Alexandrie et le Caire). Un stock de projets similaires est à l'examen et sera annoncé au cours des prochains mois. Des actions concertées avec des partenaires locaux sont envisagées en coordination avec des bailleurs de fonds internationaux.
Pour assoir sa présence sur place, la banque a ouvert « deux bureaux temporaires », l'un au Caire en janvier dernier et l'autre à Casablanca en février, et elle envisage de le faire également en Tunisie. En sus, elle « prévoit de recruter un total d'environ 100 postes supplémentaires » d'experts locaux.
En conclusion, M.Mirow se veut optimiste: « les gouvernements ont commencé la mise en œuvre des réformes qui visent à créer un environnement attractif pour les investisseurs étrangers ». Mais il reste, dit-il, « beaucoup à faire ». La BERD « travaille pour aider à atteindre ces objectifs ». Néanmoins,« la route vers l'économie de marché est longue et cahoteuse et il y aura des revers le long du chemin ». Il note cependant l'engagement « clair » des pays aidés à agir dans le bon sens. (FB)