Bruxelles, 19/03/2012 (Agence Europe) - À quelques semaines des élections présidentielles en France, les leaders socialistes et démocrates européens se sont réunis à Paris, vendredi 16 et samedi 17 mars, pour apporter leur soutien au candidat socialiste François Hollande. Lors de la rencontre, organisée par les Fondations Jean Jaurès, Italieneuropei, Friedrich Ebert et la Fondation européenne d'études progressistes (FEPS), ils ont lancé un appel à une renaissance de l'Europe, plus sociale et démocratique, mettant un point d'orgue à la promotion de l'emploi et de la croissance en Europe.
Invité d'honneur, François Hollande s'est prononcé, samedi, en faveur d'une nouvelle Europe « plus solide, plus solidaire, plus sociale » et il a imputé la crise économique actuelle au mauvais leadership des conservateurs à la tête des gouvernements en Europe. « La crise n'est pas venue de nulle part. Elle ne vient pas de la fatalité. Cette crise est celle d'un libéralisme débridé et de l'effacement systématique de l'intervention publique », a-t-il déploré. « Face à un pacte de stabilité qu'on pourrait aussi bien appeler d'austérité, j'oppose un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance (…) et je renégocierai le traité budgétaire, non pas seulement pour la France, mais pour toute l'Europe », a ajouté M. Hollande. Selon lui, le pacte budgétaire signé à 28 États membres est « une illusion mais aussi un risque » car « il n'y aura pas de retour à la stabilité s'il n'y a qu'un traité budgétaire de discipline ».
Professeur à l'École Normale Supérieure, l'économiste français Daniel Cohen a fait état des menaces de récession économique, de déflations budgétaire et salariale que le pacte budgétaire fait planer au dessus de l'Europe. « Si la politique budgétaire est un élément précieux de régulation, il faut nécessairement y associer de la croissance et de l'emploi », a-t-il maintenu. Qualifiant d'«absurde » la manière dont les dépenses publiques sont comptabilisées au regard du pacte de stabilité, il a proposé de distinguer dépenses publiques de fonctionnement et dépenses publiques d'investissement, ces dernières étant facteur de relance de la croissance.
Pour les progressistes européens, l'élection de François Hollande à la présidence française constituerait la première pierre à l'édification d'une Europe plus solidaire. « C'est à partir de Paris que le signal est lancé pour une solidarité internationale. Seuls, nous ne pouvons garantir la sécurité de nos peuples. (…) Avec François Hollande, nous allons d'abord redresser la France, puis l'Allemagne, et puis l'Europe », a affirmé le président du SPD allemand Sigmar Gabriel.
Crise démocratique et de confiance. Au-delà du marasme économique et financier, les leaders sociaux-démocrates européens se sont inquiétés des autres crises qui traversent actuellement l'Europe, parmi lesquelles une crise démocratique et une crise de confiance des citoyens européens. Selon Vivien Schmidt, directrice du Centre d'études européennes de l'Université de Boston, l'euroscepticisme croissant chez les citoyens européens, à gauche comme à droite, ainsi que la recrudescence des nationalismes et des populismes en Europe sont dus aux « problèmes de leadership libéral et conservateur ». Elle a d'ailleurs rappelé que « le monde extérieur n'envie plus l'Europe pour son modèle d'intégration » social et économique, et cela à cause de la prééminence du « modèle technocratique et intergouvernemental, le plus souvent entre la France et l'Allemagne ». De concert avec les dirigeants progressistes, Mme Schmidt a appelé à « rééquilibrer les institutions » pour que le Parlement européen, « trop souvent marginalisé », redevienne un lieu de débat entre représentants des citoyens européens.
Ce sentiment de méfiance à l'égard des institutions et des décideurs européens est exacerbé à l'heure où rigueur et discipline budgétaires sont exigées. « Le couple Merkozy cherche à affaiblir les institutions européennes et à déposséder les citoyens européens », s'est insurgé le président du groupe S&D l'Autrichien Hannes Swoboda. Pour lui, « face aux incompréhensions et au sentiment de révolte des jeunes, la réponse est la suivant: l'Europe et non un repli sur soi, un retour vers la souveraineté nationale ». Faisant référence aux récentes déclarations de Nicolas Sarkozy sur la révision du traité de Schengen (EUROPE n°10572), M. Hollande a déclaré: « On peut modifier les traités communautaires mais pas de façon unilatérale ».
Face au manque de perspectives futures et d'espoir de la jeune génération, le challengeur de M. Sarkozy s'est dit résolu à « faire de la jeunesse une grande cause de l'Europe ». Selon le candidat socialiste, sa bataille ne se bornera pas aux seules frontières françaises et son engagement dans la construction d'une Europe sociale et solidaire sera entier. Il s'est par ailleurs positionné comme « un défenseur déterminé des intérêts de la France et un promoteur obstiné des intérêts de l'Europe ». Autre objectif crucial: construire une plateforme de gouvernements progressistes en Europe. Cette conférence s'inscrit dans une campagne plus large des progressistes européens, intitulée 'Renaissance pour l'Europe', qui accompagnera les trois prochaines échéances électorales en France, en Italie et en Allemagne, et qui prévoit deux autres séminaires pré-électoraux à Rome et à Berlin. (SD/stagiaire)