Bruxelles, 16/03/2012 (Agence Europe) - La Hongrie ne sera pas une « colonie » et les Hongrois ne seront « pas des citoyens européens de seconde classe ». C'est avec ces allusions non feintes aux récentes décisions de Bruxelles, concernant à la fois les diverses procédures d'infraction ouvertes contre Budapest ou la décision des ministres des Finances de geler le versement de fonds structurels au pays, que s'est exprimé jeudi le Premier ministre Viktor Orban à l'occasion de la fête nationale hongroise.
Devant un parterre de 250 000 personnes, relate l'AFP, le Premier ministre a également demandé à l'UE que l'on applique à la Hongrie la même « mesure » et les mêmes standards que ceux appliqués aux autres pays, cette demande faisant notamment ici référence à la souplesse dont a fait preuve l'UE avec l'Espagne et ses objectifs de réduction du déficit pour 2012.
La Hongrie est au cœur d'une série de procédures intentées par la Commission européenne à la suite de l'entrée en vigueur de sa nouvelle Constitution, deux avis motivés ayant ainsi été adressés à Budapest sur ses réformes relatives aux juges et à l'autorité de protection des données et une nouvelle lettre administrative sur l'indépendance de la banque centrale hongroise, dont dépendent les pourparlers sur le prêt que la Hongrie souhaite demander à l'UE et au FMI. Mardi, lors de la réunion ÉCOFIN, les ministres avaient encore validé la proposition de la Commission de suspendre le versement de près de 500 millions d'euros de fonds structurels en 2013 au motif que Budapest ne réduit pas suffisamment rapidement son déficit budgétaire.
Des procédures tous azimuts qui ont alimenté le discours de Viktor Orban. « Nous ne serons pas une colonie - tel fut le programme politique et spirituel de 1848 ( lors de la révolution contre les Habsbourg). En 2012, les Hongrois ont le même programme et le même souhait: nous ne serons pas une colonie », a ainsi déclaré le Premier ministre, ne nommant pas précisément l'UE mais indiquant, à la fin de son discours, qu'il visait les diktats du « système financier mondial ». Le Premier ministre Orban a également déclaré que « les Hongrois n'obéiront jamais à des diktats d'étrangers, ils ne renonceront jamais à leur indépendance et à leur liberté et, par conséquent, ne renonceront pas non plus à leur constitution enfin engendrée au bout de vingt ans ». Interrogée vendredi sur ce discours et sur la comparaison implicite de l'UE avec le règne des Habsbourg ou même l'Union soviétique faite par M. Orban, la porte-parole du président Barroso a simplement estimé que « ceux qui comparent l'UE à l'URSS ont échoué à comprendre ce que signifiait la démocratie », reprenant ici les propos personnels du président.
La semaine dernière, le Premier ministre Orban avait déjà dénoncé le manque de « légitimité » démocratique de la Commission européenne et la « stupidité » de certaines de ses décisions. En dépit de ces critiques, les discussions continuent avec la Commission, notamment sur la banque centrale et le prêt que Budapest souhaite obtenir de l'UE et du FMI. Le 13 mars, Viktor Orban a ainsi adressé un courrier au président Barroso, indique l'agence Reuters, lui demandant d'identifier les étapes à suivre qui faciliteraient le lancement de ces pourparlers et sollicitant la « coopération » de la Commission pour ne pas perdre de temps « inutilement ». Viktor Orban s'est aussi dit « confiant » que les deux parties trouveraient rapidement un terrain d'entente sur ce sujet. La Hongrie doit répondre d'ici au 7 avril aux requêtes de la Commission, à la fois sur la banque centrale, sur l'âge des juges et l'autorité des données. (SP)