Bruxelles, 27/02/2012 (Agence Europe) - Alors que la Commission européenne a demandé aux États membres de lui remettre une stratégie nationale d'inclusion des Roms (ce dont 15 d'entre eux s'étaient acquittés fin 2011), le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, a dénoncé dans un rapport publié lundi 27 février les nombreuses discriminations auxquelles font encore face les Roms dans les pays de l'UE, pointant du doigt l'accès aux soins de santé, à l'emploi, au logement mais aussi plus généralement un contexte répandu de haine à leur encontre et de brutalités policières.
Dans nombre de pays européens, « les Roms et les gens du voyage sont toujours privés de droits fondamentaux essentiels et souffrent d'un racisme flagrant », a ainsi déclaré Thomas Hammarberg, qui a étudié les 47 pays membres du Conseil de l'Europe et formule dans son rapport une série de recommandations aux acteurs politiques.
Ces dernières années, la problématique des Roms et des gens du voyage dans l'UE a été particulièrement médiatisée du fait de la querelle qui avait opposé en août 2010 la France à la Commission européenne, celle-ci s'inquiétant des expulsions de Roms opérées par les autorités françaises et de la violation des directives sur la libre-circulation. L'Italie avait aussi, peu avant, fait parler d'elle avec une politique répressive et anti-Roms menée ouvertement à Rome par exemple et qui avait vu des « milices citoyennes » se mettre en place pour traquer les délinquants Roumains/Roms. Ces derniers mois, ce sont encore les milices hongroises proches du parti nationaliste Jobbik qui se retrouvées sur le devant de l'actualité, procédant à des missions punitives et à une 'chasse' aux Roms et étant responsables d'au moins « 9 meurtres entre 2009 et 2010 », a dit le commissaire.
Un climat délétère qui ne s'est pas vraiment arrangé, a regretté Thomas Hammarberg, cela bien que les responsables européens aient pris ces derniers mois plus d'engagements qu'auparavant, a-t-il dit, et se sont un peu plus sensibilisés aux difficultés rencontrées par les Roms, le commissaire citant plus particulièrement les efforts de l'Espagne pour les intégrer dans l'emploi, par exemple. Mais les discours de certains dirigeants publics ont fait de sérieux dégâts, a poursuivi le commissaire, avec des « discours de haine interprétés comme un encouragement à des actes violents ».
Et pas uniquement de la part de groupuscules d'extrême-droite. Dans son rapport, le commissaire fait ainsi état des nombreuses brutalités policières auxquelles les Roms sont régulièrement soumis, notamment en France, en Autriche, en Italie ou encore en Grèce où ont été rapportées des violences physiques et psychologiques, écrit Thomas Hammarberg. Pour la France, par ailleurs, le commissaire doute également que les reproches de la Commission aient été entièrement entendus car « les expulsions continuent » et le principe de libre-circulation des citoyens européens y reste malmené, a-t-il dit.
À ce contexte d'anti-tsiganisme s'ajoutent aussi des difficultés très pratiques empêchant toujours l'intégration des Roms et leur accès aux services de base, comme la santé, l'éducation ou le logement, comme l'absence de papiers personnels et « le problème de l'apatridie » qui « appellent une action urgente et déterminée » de la part des responsables politiques, a poursuivi le commissaire. Qui propose également d'autres pistes d'action, telles que des formations à délivrer aux forces policières « pour prévenir les comportements répréhensibles » et plus généralement des actions plus fermes contre tous les discours anti-Roms proférés. Le commissaire souhaite aussi que les enfants Roms puissent avoir pleinement accès à l'enseignement général et que cesse la pratique dans certains pays du placement en institution. Mais le commissaire voudrait aussi que chaque État fasse son travail de mémoire et reconnaisse à travers des « commissions de vérité », a-t-il dit, « toutes les atrocités commises dans l'Histoire contre les Roms ». (SP)