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Bulletin Quotidien Europe N° 10560
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le plan européen pour le sauvetage de la Grèce soulève de nombreuses perplexités et réserves - Les raisons du scepticisme

Au sujet de la Grèce, cette rubrique a laissé aux lecteurs un délai de réflexion. Notre bulletin leur a fourni toutes les informations relatives aux résultats de la nuit bruxelloise de lundi à mardi, aussi bien le contenu détaillé des décisions prises (avec le texte de la Déclaration de l'Eurogroupe) que les explications de Jean-Claude Juncker (qui avait présidé les travaux) et des autres participants. Après quoi, mardi et mercredi chacun a pu prendre connaissance des commentaires et des réactions de toutes provenances, souvent divergents selon la nationalité et les convictions politiques de leurs auteurs. Voici à présent les conclusions et enseignements à en tirer à mon avis, au-delà des détails techniques et de la terminologie compliquée du monde de la finance.

Les uns y croient, les autres pas. Une partie des responsables du compromis final estime que la Grèce est en mesure de respecter l'ensemble des engagements qu'elle a souscrits ; d'autres n'y croient pas du tout ; les derniers évitent toute prévision, même à titre confidentiel. Ces divergences d'évaluation à propos de décisions prises en commun sont à première vue déroutantes.

Les optimistes (optimisme en tout cas modéré) estiment que les conditions, les précautions et la surveillance mises au point sont telles que la Grèce ne pourra pas les contourner. Les pessimistes et les prudents considèrent que la Grèce ne sera pas en mesure de respecter les engagements souscrits. Pourquoi ces derniers ont-ils alors accepté le programme de soutien et les engagements financiers très lourds qui y sont liés ? La réponse réside dans le caractère conditionnel des soutiens financiers à la Grèce: leur déblocage progressif est subordonné au respect par Athènes des engagements souscrits. Si par hypothèse le nouveau parlement grec, prochainement élu, et le nouveau gouvernement qui en résultera ne concrétisent pas le programme, le compromis de Bruxelles n'est plus valable et les versements communautaires seront interrompus ; ce qui signifierait en pratique que la participation grecque à l'euro prendrait fin ou serait suspendue dans des conditions à préciser le moment venu.

Pourquoi accepter un projet sans y croire ? Il est normal de se demander pourquoi les gouvernements sceptiques ont accepté un plan qu'ils estiment irréalisable. À mon avis, pour plusieurs raisons cumulées:

1. Une crainte dépassée. La première raison est que la crainte que la sortie hypothétique de la Grèce de la zone euro se diffuse par contamination à d'autres pays de la zone semble dépassée. Si le départ grec est géré correctement, et si les autres pays en difficulté se comportent comme il faut, il n'y aura pas de contagion. Quelques personnalités politiques l'affirment explicitement (avec démenti ultérieur s'il est opportun), d'autres le pensent. La base de cette position réside évidemment dans l'hypothèse que l'Italie et l'Espagne aient consolidé entre-temps leur retour progressif à un équilibre budgétaire raisonnable. Il est donc préférable que la sortie grecque ne soit pas immédiate mais que, si elle est inéluctable, elle intervienne un peu plus tard, lorsque les pays cités, France incluse, auront suffisamment progressé. Il est préférable de retarder l'éloignement grec à un moment plus propice.

2. Le retard d'Athènes. La Grèce n'a pas atteint tous les objectifs qu'elle avait souscrits auparavant. Certaines lacunes relèvent presque du folklore: par exemple, les satellites indiquent l'existence à Athènes de 17.000 piscines privées, mais le fisc en recense 370. Plus sérieux: l'inexistence du cadastre, les capitaux déposés en Suisse, les dépenses militaires, etc. Autant d'éléments qui appellent des réformes qui demandent du temps et de la patience.

3. La participation aux progrès du marché unique européen. La Grèce ne semble pas en mesure de participer activement à la relance économique préconisée par la lettre des chefs de gouvernement de douze États membres, commentée il y a deux jours dans cette rubrique et reproduite en annexe à notre bulletin d'hier (n° 2561 de notre série EUROPE/Documents). L'économie grecque bénéficiera, bien entendu, des mesures de relance préconisées, en tant qu'État membre de l'UE, qu'elle soit ou pas dans la zone euro.

Le scepticisme des experts. La plupart des économistes qui se sont exprimés considèrent comme irréaliste le plan établi. Il est fondé sur des hypothèses hasardeuses et sur un calendrier rigoureux qu'un rien suffirait à faire dérailler. Un an de récession de plus, un retard dans un objectif budgétaire, et c'est raté. La Grèce doit se réformer radicalement mais ça ne s'improvise pas ; outre le temps (notamment dans le domaine fiscal), elle a besoin de croissance économique. Compte tenu du caractère irréaliste du plan, certains économistes se demandent même si en fait l'objectif de plusieurs États membres n'est pas justement la sortie de la Grèce de la zone euro. Si tel est le cas, ils sont invités à ne pas le cacher: que ceux qui pensent que la zone euro se porterait mieux sans Athènes le disent.

Il faut ajouter que quelques responsables politiques partagent assez largement cette position, le plus explicite étant Guy Verhofstadt, président du groupe libéral au Parlement européen: « L'économie grecque est à refonder. Mais ce n'est pas en matraquant socialement et fiscalement le secteur privé que les Grecs vont y parvenir. Le pays souffre d'une hypertrophie du secteur public, favorisée par un système politique reposant sur le clientélisme (…) C'est tout le marché du travail qu'il faut réformer dans un premier temps, et supprimer les barrières administratives et réglementaires qui restreignent l'activité économique ; ensuite il faudra privatiser les entreprises publiques, sitôt la situation économique assez stabilisée, pour éviter le bradage des biens nationaux à vil prix. » Cette analyse peut être largement partagée ; mais c'est un programme à longue échéance, clairement incompatible avec le calendrier du plan européen actuel.

L'hypothèse du rejet. Il reste à citer la position des forces politiques, en Grèce ou dans l'UE comme ensemble, qui rejettent radicalement le plan officiel.

L'hypothèse du rejet radical. Il reste à citer la position des forces politiques qui, en Grèce ou ailleurs, rejettent radicalement le plan officiel. Leurs raisons sont essentiellement politiques. Louka Katsell, ancienne ministre du Travail du gouvernement Papandreou et économiste connue au niveau international, expulsée du Pasok pour avoir voté contre le projet bruxellois en tant que parlementaire, a déclaré: « Pour la première fois, nous avons un gouvernement qui a supprimé tous les droits, y compris constitutionnels, qui a renoncé à ses pouvoirs et à ses prérogatives ». Et elle espère, avec d'autres, que lors des élections d'avril les partis politiques de la majorité actuelle seront minoritaires.

Il est vrai qu'actuellement la Grèce se trouve dans un régime de souveraineté limitée: les finances publiques sont placées sous tutelle, l'autonomie budgétaire est inexistante. Mais comment oublier l'échéance du 20 mars, lorsque 14,5 milliards de bons du trésor grec arrivent à échéance et que sans les financements communautaires l'État se trouverait en défaut ? Et il ne faut pas oublier que la discipline de la zone euro comme ensemble est de plus supranationale, les finances publiques de tous le pays de l'euro sont sous contrôle. La Banque centrale européenne vient d'affirmer que l'Union monétaire n'est que le début de l'Union politique (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10557), et ceci est valable pour tous les pays de l'euro.

Rester dans l'UE est l'essentiel. Il ne faudrait jamais oublier une vérité fondamentale souvent négligée ou oubliée: sortir de la zone euro ne signifie pas sortir de l'Union européenne. On ne peut participer à l'euro que si l'on en respecte les disciplines. Le cas grec prouve que le pays membre le plus petit peut faire éclater toute la construction s'il ne respecte pas les règles. Mais les financements, les soutiens, les prêts européens, relèvent de la participation à l'UE ; la Grèce est le pays le plus subventionné et il bénéfice de tous les avantages du marché commun ; il ne sera pas abandonné. Mais il ne doit pas être responsable de l'éclatement de l'euro.

(F.R.)

 

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