Bruxelles, 21/02/2012 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de la Méditerranée occidentale, réunis à Rome pour leur 9ème conférence dans le cadre du « 5+5 » (les cinq pays de l'Union du Maghreb Arabe, UMA, soit l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Libye et la Mauritanie plus l'Italie, l'Espagne, la France, le Portugal et Malte) ont décidé la relance de ce processus encore informel. Il n'est pas exclu de le structurer sans aller jusqu'à son institutionnalisation. Leur action s'apparente à la formation d'un groupe de pression méditerranéen des deux bords au sein de la politique globale euroméditerranéenne. « Le Dialogue 5+5 constitue le noyau dur de la coopération euro-méditerranéenne et représente un modèle de partenariat Nord-Sud susceptible de consolider les complémentarités et les solidarités entre les deux rives de la Méditerranée occidentale », ont affirmé les 10 ministres en présence du secrétaire général de l'UMA et du commissaire Stefan Füle.
Une déclaration devant présenter les conclusions communes sur les thèmes abordés (politique, économie, sécurité, immigration) est annoncée (EUROPE en rendra compte) et les ministres devaient au terme de leur réunion élargir leur réunion à l'Égypte et à la Grèce dans un autre cadre également informel, 'Forumed', dont ne fait toutefois pas partie la Libye.
Les cadres de concertation en Méditerranée se multiplient, en plus de ceux sous l'égide de l'UE (processus Euromed, Union pour la Méditerranée). Le '5+5' paraît le plus assurée car centré sur la « Méditerranée utile » et relativement loin de l'influence négative du conflit proche-oriental. « Né en 1990 du constat que les relations en Méditerranée sont complexes, fortement liées à l'histoire partagée (il) conduit à privilégier des rapports bilatéraux délicats sans vision globale ni réelle concertation régionale », explique Jean-François Coustillière qui a coordonné un ouvrage qui vient d'être publié (Édition L'harmattan) sous le titre « le 5 + 5 face aux défis du réveil arabe ». « Le processus est en train de rebondir et l'on peut penser qu'il porte une bonne partie des espoirs de relance du dialogue en Méditerranée».
« Les membres du 5+5, du fait de leur proximité géographique mais aussi humaine (ont) fait volontairement le choix de relations informelles, discrètes, pratiques, plus techniques que politiques et surtout réellement partenariales. La démarche recueille l'adhésion de chacun dans l'exigence de l'équité et réduit le soupçon d'agendas cachés. Le 5+5 qui prend des formes différentes selon les dossiers, est souple et adaptable. Non contraignant et très attentif aux priorités des différents membres, il constitue un outil auquel chacun des partenaires est tout particulièrement attaché. À ce titre, il peut être un laboratoire expérimental au profit des autres initiatives en Méditerranée ».
La revitalisation du '5+5' est-elle liée à la quasi-mise en panne du Processus Euromed (UpM) ? « Même si des aléas ont pu ralentir les progrès on voit bien qu'il n'a pas été influencé par les difficultés du Processus de Barcelone ou par l'échec de l'UpM, marqué par sa quasi-suspension depuis fin 2008. Au demeurant, les domaines de fonctionnement exemplaire du '5+5' pourraient conduire les acteurs des autres initiatives à s'interroger sur les raisons réelles de leurs difficultés et tirer expérience des voies ouvertes par le 5+5 ».
« Ce processus reste modeste dans ses ambitions, mais la confiance ainsi élaborée, lentement et sûrement, sera le fondement de coopérations plus vastes dans l'avenir. Ne précipitons pas les événements, ne créons pas de nouvelles institutions ambitieuses et coûteuses avant d'avoir établi une confiance partenariale solide. Les exemples récents montrent que vouloir aller trop vite, sans prendre en considération la complexité des situations, ne peut conduire qu'à l'échec et à la gabegie, voire même à un retour en arrière ».
Le livre se borne donc à « dresser un état des lieux, une photographie de cette initiative avant que de conduire à s'interroger sur les voies à emprunter pour conserver les acquis tout en lançant de nouvelles pistes. Celles-ci évoquent des perspectives qui tiennent comptent des aspirations que les peuples ont manifestées tant à l'occasion des révoltes arabes mais également des 'mouvements des Indignés' plus au Nord. Divers points de vue s'y expriment avec la seule intention de proposer des axes d'orientation et d'approfondissement sans viser à refonder une démarche qui doit trouver son équilibre 'en marchant' de façon souple et autonome. Si la démarche doit être coordonnée et suivie par les ministères des Affaires étrangères concernés, il convient que chaque dossier conserve sa liberté d'organisation et de fonctionnement selon les choix de ses membres. C'est à ce prix que la démarche maintiendra la forte adhésion de ses membres dans l'autonomie, l'écoute de l'autre et l'égalité des membres ». Lentement mais sûrement, en quelque sorte. (FB)