Bruxelles, 21/02/2011 (Agence Europe) - Si la présidence danoise de l'UE souhaite avancer sur les détails techniques du nouveau programme-cadre pour la recherche et l'innovation Horizon 2020, en présentant un projet détaillé dès le mois de mai prochain, les ministres des Vingt-sept, réunis à Bruxelles à l'occasion du Conseil « Marché intérieur, Industrie, Recherche et Espace », ont pourtant exprimé certaines divergences politiques qui touchaient parfois à des points essentiels d'un cadre stratégique qui doit déterminer une approche commune pour les années 2014-2020.
C'est ainsi que la place consacrée dans l'Horizon 2020 aux sciences humaines et sociales est jugée insuffisante par de nombreux États, comme la Belgique, la Pologne et l'Autriche, d'autant plus que les défis sociétaux y sont décrits comme des enjeux de première importance pour les années à venir. La ministre polonaise de la Science et de l'Enseignement supérieur Barbara Kudrycka a ainsi affirmé que l'Europe accuse un certain retard dans la recherche en sciences humaines par rapport aux autres acteurs, comme les États-Unis, en soulignant que le recours trop fréquent aux langues nationales constitue un des facteurs qui limite la coopération à l'échelle européenne. Plusieurs ministres ont par ailleurs déclaré que le nouveau programme-cadre présentait une trop forte inclinaison vers l'innovation technologique et ne mettait pas suffisamment en lumière l'importance de l'innovation sociale, laquelle, même si elle ne se traduit pas instantanément en valeur ajoutée, correspond pourtant aux défis que l'UE se doit de relever, surtout dans une période de crise économique et financière. La commissaire Máire Geoghegan-Quinn (Recherche et Innovation) a souhaité répondre à ces inquiétudes en indiquant que lors des travaux à la Commission européenne autour d'Horizon 2020, l'objectif qu'elle souhaitait atteindre était celui d'une simplification de la stratégie, en vue de favoriser son efficacité. Une simplification qui n'omet pas pour autant les sciences sociales et humaines, mais les inclut dans un cadre de réflexion large, qui privilégie l'intégration de tous les aspects de la recherche et de l'innovation dans une approche pluridisciplinaire.
De la même manière, des divergences politiques sont visibles dans la perception de ce à quoi devrait ressembler la coopération internationale au sein de ce programme-cadre 2014-2020. Si, pour le Royaume-Uni, une telle coopération devrait être relativement limitée, des États comme l'Italie et le Danemark souhaitent au contraire une convergence plus importante entre les politiques nationales en matière de recherche et développement, en vue de créer une synergie européenne dans le domaine de l'innovation, alors que la France, de son côté, a défendu une « approche différentielle », c'est-à-dire une coopération entre les États membres qui serait modulable en fonction des intérêts particuliers.
La dernière divergence de vue concerne l'approche envers les PME. Si tous les États se sont accordés avec l'opinion de la Commission et de la présidence danoise que les PME ont un rôle clé a joué dans le nouveau programme-cadre, la question de leur financement a montré que les points de vue se rejoignaient sur la forme, mais pas entièrement sur le fond. Le nouveau cadre stratégique prévoit un budget de 80 milliards d'euros pour la période 2014-2020, dont 15% devraient être consacrés au soutien de projets innovants dans les PME. Un seuil jugé insuffisant pour certains (Belgique et Espagne), parfaitement adéquat pour d'autres. Par ailleurs, il reste à déterminer si un tel soutien doit se traduire par des financements directs, à travers différents instruments déjà existants, ou indirects, en facilitant notamment l'accès aux crédits. (JK)