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Bulletin Quotidien Europe N° 10509
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Évolutions des relations avec les États-Unis et les pays du printemps arabe

En attendant les résultats de cette semaine, que plusieurs protagonistes et observateurs estiment cruciale pour l'avenir de l'euro et de l'UE, tournons-nous vers quelques autres aspects significatifs de l'actualité politique et économique internationale.

UE et USA anticipent l'alternative bilatérale au Doha Round. Le volet commercial du sommet UE/États-Unis de la semaine dernière n'a pas eu beaucoup d'échos, pour deux raisons: l'attention de tous était concentrée sur la crise financière ; les protagonistes du sommet n'en ont pas discuté, le texte «commercial» a été approuvé par le TEC (Conseil économique transatlantique) le jour suivant. C'est ainsi que leur projet bilatéral n'a pas eu beaucoup de retentissement (sauf dans notre bulletin, voir n° 10505 et n° 10506).

D'après le document du TEC, l'UE et les États-Unis ont anticipé le constat d'échec des négociations commerciales internationales dites Doha Round, en cours depuis dix ans, dont l'OMC (Organisation mondiale du commerce) prendra acte le 15 décembre. En pratique, le TEC préconise que l'Union européenne et les États-Unis négocient entre eux un accord de libre-échange, couvrant les barrières tarifaires et non tarifaires, ainsi que la coopération réglementaire. Une formule moins ambitieuse n'est pas exclue ; le commissaire européen Karel De Gucht, présent à la conférence de presse de Washington, et le négociateur américain ont parlé de renforcer les liens économiques et commerciaux bilatéraux. La machine est lancée, un rapport intérimaire est prévu en juin prochain, le rapport final d'ici un an ; mais certains aspects de la coopération pourraient se concrétiser plus rapidement, comme des stratégies concernant les obstacles au commerce des matières premières.

Bien entendu, l'UE et les États-Unis n'ont pas manqué de souligner leur attachement au système commercial multilatéral et au libre-échange mondial ; ils ont même préconisé la relance du Doha Round sur la base de «nouvelles approches crédibles». Mais ils soulignent en même temps leur attachement à des avancées bilatérales libérant le « potentiel inexploité de nouvelles opportunités d'emploi et de croissance ».

J'ai insisté sur cet aspect des relations euro-américaines parce qu'il confirme la volonté de coopérer face aux difficultés économiques, financières et sociales en partie analogues. C'est un démenti à la thèse selon laquelle le renforcement des liens des États-Unis avec l'Asie indiquerait un relâchement des liens avec l'Europe, qui au contraire demeurent prioritaires et se renforceront encore.

Méditerranée: priorités des nouvelles démocraties. Les résultats des votes dans les nouvelles démocraties de la rive sud de la Méditerranée indiquent de plus en plus clairement que la plupart de ces populations revendiquent en premier lieu: a) leur appartenance à la religion musulmane; b) la recherche d'un emploi. Le choix d'un parti déterminé et la distinction entre les différentes sensibilités politiques des listes en compétition ne sont prioritaires que pour une minorité dont l'influence sur les résultats globaux est très faible. Il en découle le poids des forces politiques favorables à imposer la charia comme base des législations futures, conserver ou introduire des limites à l'égalité hommes/femmes, contrôler les moyens d'information, etc.

On peut regretter ces évolutions, mais le principe de base reste toujours le même: respecter les choix des populations qui ont conquis la liberté, ce qui implique évidemment leur droit de choisir les gouvernants et de définir leur mode de vie. L'UE avait été à deux reprises trop hâtive: par excès d'enthousiasme d'abord, comme si ces pays avaient accepté et partagé d'un coup tous les principes européens de liberté religieuse, l'égalité des sexes et le reste ; par excès de déception ensuite, face aux résultats de quelques élections et d'autres évolutions.

Ces pays sont devenus libres et maîtres de leurs choix. L'UE a le devoir de coopérer avec eux et de les aider, mais en restant fidèle à ses principes, le cas des salafites mis à part: on doit accepter qu'ils soient désignés par l'un ou l'autre peuple, mais il est exclu d'en faire des interlocuteurs.

La coopération doit toutefois impliquer la réciprocité des engagements pour ce qui concerne la liberté religieuse, les droits politiques (y compris l'égalité entre femmes et hommes et le respect des droits fondamentaux), la liberté des moyens d'information, le respect des conditions du droit d'asile. En outre, les soutiens financiers doivent répondre à des conditions rigoureuses et à des besoins réels, ainsi qu'à une vraie transparence de leur utilisation.

(FR)

 

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