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Bulletin Quotidien Europe N° 10487
CRISE DE LA ZONE EURO ET G20 / (ae) ue/grÈce

L'annonce du référendum provoque une onde de choc

Bruxelles, 02/11/2011 (Agence Europe) - Le référendum sur le plan de sauvetage de la Grèce aura bien lieu, et cette annonce choc a déclenché un vent de panique et parfois d'indignation. Réuni en session extraordinaire dans la nuit de mardi à mercredi 2 novembre, le cabinet grec a approuvé « à l'unanimité » le projet du Premier ministre Georges Papandréou annoncé lundi soir. Le vote « aura lieu dès que possible, après que les dispositions fondamentales de l'accord sur le plan de sauvetage seront formulées » et après un vote de confiance du parlement, a fait savoir un porte-parole du gouvernement.

Georges Papandréou assure que « le référendum sera un mandat clair et un message clair en Grèce et à l'extérieur concernant notre avenir européen et notre participation à l'euro ». Et d'affirmer que « personne ne pourra douter que l'avenir de la Grèce se trouve dans l'euro ».

Juste avant le début du G20 jeudi, Georges Papandréou a été convié mercredi à Cannes à une réunion avec les responsables de l'Union européenne et du FMI (lire nouvelle précédente). Le message adressé au Premier ministre grec a été en substance le suivant: si référendum il doit y avoir, il est impossible qu'il se tienne dans trois mois. Il doit avoir lieu avant la fin décembre. Et il devra poser la question de l'appartenance à la zone euro et non de l'approbation ou non d'un plan de sauvetage.

D'ici là, il est plus que probable que la Grèce ne recevra plus d'aides de la communauté internationale. Les 8 milliards d'euros que les dix-sept chefs d'État et de gouvernement de la zone euro avaient décidé d'accorder la semaine dernière sont suspendus à l'engagement par le gouvernement Papandréou de poursuivre les réformes. Le ministre néerlandais des Finances avertit déjà que le projet de référendum jette un voile d'incertitude sur le versement d'une sixième tranche d'aide à la Grèce.

L'issue du vote en Grèce paraît incertaine, et devrait dépendre des arguments avancés par Georges Papandréou. Le Premier ministre grec appelle ses homologues du G20 à « privilégier la démocratie par rapport aux appétits financiers ». Les derniers sondages montrent que les Grecs sont majoritairement opposés aux plans d'austérité que l'Union européenne et le FMI exigent de leur pays, en échange de leur solidarité financière. Un « non » ne remettrait pas seulement en cause l'accord obtenu la semaine dernière. « Il augmenterait le risque de défaut forcé » de la Grèce et de « son éventuelle sortie de la zone euro avec de graves conséquences financières pour la stabilité et la viabilité de la zone euro », expliquait mardi l'agence de notation Fitch, dans un communiqué.

Les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne, respectivement Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso ont rappelé que « nous travaillons sur la mise en œuvre dans les meilleurs délais des ces décisions qui sont plus que jamais nécessaires ». « Nous prenons note de l'intention des autorités grecques de tenir un référendum. Nous sommes convaincus que cet accord est le meilleur pour la Grèce. Nous avons pleinement confiance dans le fait que la Grèce honorera les engagements pris en relation avec la zone euro et la communauté internationale », ajoutent-ils.

Le président français Nicolas Sarkozy a déclaré mardi 1er novembre que la France « tient à rappeler que le plan adopté jeudi dernier à l'unanimité par les 17 États de la zone euro est la seule voie possible pour résoudre le problème de la dette grecque ». Il ajoute que donner la parole au peuple est toujours légitime mais « la solidarité de tous les pays de la zone euro ne saurait s'exercer sans que chacun consente aux efforts nécessaires ».

Nicolas Sarkozy a appelé mardi la chancelière allemande Angela Merkel. La France et l'Allemagne sont « déterminées à assurer avec leurs partenaires européens la pleine mise en œuvre, dans les meilleurs délais, des décisions adoptées par le sommet, qui sont aujourd'hui plus que jamais nécessaires », selon un communiqué publié après cet entretien. La France et l'Allemagne sont convaincues que cet accord du Conseil européen permettra à la Grèce de retrouver une croissance durable. La France et l'Allemagne souhaitent que, en consultation avec leurs partenaires européens ainsi que le FMI, « une feuille de route puisse être rapidement arrêtée pour assurer l'application de cet accord ».

Le Premier ministre François Fillon a affirmé mercredi que la France regrettait l'annonce « prise de façon unilatérale » par M. Papandréou d'organiser un référendum, estimant que la Grèce devait dire « vite et sans ambiguïté s'ils choisissent » de rester dans la zone euro.

Dans le Financial Times Deutschland, le ministre allemand des Finances. Wolfgang Schäuble, estime que « si la Grèce accepte le fardeau et les efforts exigés par les programmes d'aide, s'ils veulent demeurer dans la zone euro, ils soutiendront le plan ».

« Le référendum ne va pas rendre les choses faciles, car il devient un référendum sur l'appartenance de la Grèce à la zone euro », a pour sa part analysé le ministre finlandais des Affaires européennes, Alexander Stubb, dans un commentaire posté sur son compte Twitter.

Le Premier ministre danois, Mme Helle Thorning-Schmidt, a reconnu mardi que le gouvernement grec avait le droit d'organiser un référendum. Mais cela ne va pas créer plus de stabilité au sein de l'économie européenne, a-t-elle dit en substance.

La Grèce risque la faillite. Si les Grecs devaient rejeter par référendum le dernier accord de renflouement international, on ne pourrait exclure une faillite de la Grèce, a déclaré mardi Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe. La proposition de référendum ajoute une grande insécurité et nervosité à une situation déjà instable, a-t-il ajouté, soulignant que le Premier ministre grec avait pris sa décision sans en informer ses collègues européens. À la question de savoir si un 'non' grec au référendum signifierait une faillite de la Grèce, Jean-Claude Juncker a répondu: « Je ne peux pas exclure que ce soit le cas, mais cela dépendra de la manière dont la question sera exactement formulée et sur quoi exactement les Grecs vont voter. »

« Georges Papandréou porte une très lourde responsabilité », affirme Yves Leterme, le Premier ministre belge. Il confirme que la Premier ministre grec n'a pas évoqué un quelconque référendum lors du dernier Conseil européen. « Ni avant, ni pendant, ni après le sommet », indique le Premier ministre belge. Et le Premier ministre de déclarer que « les Grecs doivent recevoir la perspective d'un meilleur avenir, mais ils doivent aussi être conscients que ce n'est plus un problème purement interne à la Grèce ».

Le commissaire européen à l'Énergie, Günther Oettinger, accuse le Premier ministre grec de mettre l'euro en danger, dans un entretien au quotidien allemand die Welt paru mercredi. « Si les Grecs disent non, on ne sait pas quelles en seront les conséquences », a-t-il dit. « Les membres les plus faibles de la zone euro ont particulièrement besoin de confiance et de clarté », a-t-il ajouté, citant l'Italie, l'Espagne et le Portugal.

« Ce n'est pas une bonne décision pour l'Europe » et « pas non plus pour l'Espagne », a déploré le porte-parole du gouvernement espagnol José Blanco. Le gouvernement portugais a pour sa part dit son « appréhension » face à la situation ainsi créée.

« Il s'agit d'un choix inattendu qui crée des incertitudes après le Conseil européen et à la veille de l'importante rencontre du G20 à Cannes », a déploré le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi.

La Chine appelle les Européens à garder le cap du plan de sauvetage. « Nous espérons que les Européens pourront honnêtement mettre en œuvre ce plan pour résoudre la crise », a déclaré mercredi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. La Chine soutient les efforts de l'Union européenne, de la zone euro et du Fonds monétaire international contre la crise de la dette et continuera à être un investisseur important sur le marché européen, ajoute cette source. Dans une interview accordée au Figaro, le président chinois a émis le souhait que le G20 émette « un signal clair de solidarité ».

Élections anticipées ? Au Parlement européen, on insiste sur le besoin de préserver les décisions du 26 octobre. « La décision du gouvernement grec ne saurait remettre en cause le paquet adopté à Bruxelles le 26 octobre, ni la stabilité de l'euro », a déclaré le président du groupe PPE, Joseph Daul. Il a rappelé les termes de l'article 4 du traité sur l'Union européenne: « Les États membres facilitent l'accomplissement par l'Union de sa mission et s'abstiennent de toute mesure susceptible de mettre en péril la réalisation des objectifs de l'Union ». Il demande que la Grèce s'y conforme tant dans l'esprit qu'à la lettre. « Le pire ennemi de l'euro dans la période actuelle est le doute et l'incertitude », a souligné le président du groupe PPE.

« C'est pourquoi des élections anticipées pourraient constituer une réponse plus adaptée à la situation », a déclaré Joseph Daul. Il déplore lui aussi que la décision de M. Papandreou n'ait pas été prise en concertation avec ses partenaires et avec les institutions européennes. « La solidarité européenne n'est pas une rue à sens unique, elle exige du respect et le sens des responsabilités ».

Rebecca Harms et Daniel Cohn-Bendit ont déclaré, au nom du groupe des Verts/ALE: « En optant pour cette procédure, le Premier ministre grec tire les conséquences de la situation politique interne. L'amertume des citoyens grecs vis-à-vis du plan d'austérité du FMI et de l'UE ne cesse de grandir, alors que, dans le même temps, une large majorité de la population grecque reste favorable au maintien de la Grèce dans la zone euro. Pour sortir de cette contradiction, Georges Papandréou cherche une issue par voie référendaire. Face à l'attitude opportuniste du Parti conservateur dans ce contexte, nous avons de la compréhension pour cette initiative courageuse. Il est très rare qu'un référendum représente un tel enjeu ».

Pour que ce référendum soit profitable tant à la Grèce qu'à la stabilité de l'UE, « nous demandons aux Grecs de faire preuve de courage et de pragmatisme face aux changements qui s'imposent », ajoutent les leaders du groupe Verts/ALE. Ils demandent que le Conseil européen évite les erreurs commises lors de la première phase du plan d'aide à la Grèce. « La Grèce ne parviendra pas à plus de stabilité avec un programme qui ne se base que sur l'assainissement budgétaire », selon les verts. Ils préconisent la mise en place d'un « véritable programme de reconstruction ». La Commission européenne est appelée à faire rapidement des propositions en vue d'une décision lors du Conseil européen de décembre. Un tel programme de reconstruction devrait faire partie de l'accord sur la réduction de la dette.

Pour rappel, le Conseil européen s'est entendu le 27 septembre sur la mise en place d'un nouveau programme pluriannuel d'aide de l'UE et du FMI à la Grèce, prévoyant un financement à hauteur de 100 milliards d'euros. Un accord a également été trouvé avec le secteur privé permettant, de manière volontaire, de ramener la dette grecque sur une trajectoire soutenable, grâce à une décote de 50 % de la dette détenue par les créanciers privés, soit un abandon de créance d'environ 100 milliards d'euros. Les États membres de la zone euro se sont déclarés prêts à contribuer à l'ensemble des mesures relatives à la participation du secteur privé à hauteur de 30 milliards. (LC)

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