Cannes, 02/11/2011 (Agence Europe) - Le président français Nicolas Sarkozy, hôte du Sommet du G20 qui s'ouvre à Cannes ce jeudi 3 novembre, n'aurait pu imaginer un pire scénario. Alors qu'il espérait un soutien des grandes puissances concernant la réponse européenne à la crise de la dette souveraine dans l'Eurozone élaborée il y a moins d'une semaine (EUROPE n° 10483), l'annonce lundi soir de la tenue d'un referendum en Grèce a complètement pris les Européens et bouleverse l'ordre du jour du sommet (EUROPE n° 10486). Et ravive les craintes d'une contagion de la crise à des pays au cœur de la zone euro, comme l'Italie, dont les coûts de refinancement de la dette publique atteignent de nouveaux pics (voir autre nouvelle).
Sur un papier volant annexé au programme officiel, la présidence française du G20 a convoqué, pour mercredi en fin d'après-midi, « une réunion de travail » à laquelle ont participé, outre le président français, la chancelière allemande Angela Merkel, les présidents de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso et du Conseil européen Herman Van Rompuy, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker et la directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde. Non stipulé, le thème de cette réunion ne fait aucun doute: quelles sont les conséquences immédiates de l'annonce d'un référendum populaire en Grèce sur le 2ème sauvetage du pays ? Ne participe pas à cette réunion Mario Draghi qui préside, ce jeudi, sa première réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE.
Côté français, la position semble être la suivante: les Grecs ne bénéficieront pas de la tranche de 8 milliards d'euros (prêts bilatéraux européens + aide du FMI) que les Européens ont décidé de verser sur la base des rapports de mission de la 'troïka' (Commission européenne, FMI, BCE) sur la situation économique et budgétaire du pays. Le référendum doit avoir lieu au plus vite, avant la fin de l'année, afin de réduire au maximum l'incertitude sur les marchés financiers. Il doit poser la question de l'appartenance de la Grèce à la zone euro et non pas interroger le peuple grec sur le 2ème sauvetage du pays.
Cette position a été transmise au Premier ministre grec Georges Papandréou et à son ministre des Finances Evángelos Venizélos lors d'une deuxième réunion entre dirigeants européens, mercredi soir. Entre temps, M. Sarkozy s'est entretenu et a dîné avec le président chinois Hu Jintao pour lui expliquer en détail la réponse globale que les Dix-sept ont arrêtée afin d'affronter la crise de la dette souveraine: modalités du 2ème sauvetage grec (aide publique de 130 milliards d'euros, participation 'volontaire' du secteur privé à hauteur de 100 milliards d'euros à travers une décote de 50% sur les titres détenus), optimisation du fonds européen de sauvetage, la Facilité EFSF, à travers la création de véhicules d'investissement sous l'égide du FMI, recapitalisation accrue et accélérée du secteur bancaire européen.
« Pour nous, ce sont les actes qui comptent. Nous avons marqué un accord avec la Grèce sur un programme la semaine dernière. Et pour ce qui est de l'UE, au moins de l'Allemagne, nous voulons mettre en œuvre le programme », a déclaré Mme Merkel mercredi 2 novembre avant de s'envoler pour Cannes, rapporte l'agence AFP. « Pour cela, nous avons besoin de clarté, et c'est pour cela que ces discussions auront lieu ce soir », a-t-elle ajouté. À son arrivée sur la Croisette, le président de la Commission M. Barroso a lancé un appel à l'unité nationale en Grèce. Pour que les décisions prises fin octobre par l'Eurozone soient appliquées, « la stabilité dans le pays est d'une importance critique », a considéré M. Barroso. Selon lui, sans une approbation du 2ème plan de sauvetage par la Grèce, « les conséquences seraient impossible à prévoir » et ceux qui en souffriraient le plus seraient « les personnes les plus vulnérables ». Et de rappeler que la Commission a toujours plaidé pour un consensus sur les mesures à appliquer au sein de l'ensemble de la classe politique grecque. Mme Lagarde a indiqué que, d'après les prévisions du FMI, « la Grèce ne tiendra pas sur ses deux jambes toute seule avant 2020 » en raison de sa situation économique et budgétaire. Les Grecs « n'ont pas encore engagé toutes les réformes de fond nécessaires pour retrouver le chemin de la croissance », a-t-elle ajouté.
À en croire les sondages parus dans la presse grecque, les Grecs rejettent les mesures d'austérité, condition à toute aide financière internationale, mais ils resteraient attachés à la monnaie unique. Le parlement grec est appelé à renouveler, vendredi 4 novembre, sa confiance envers le gouvernement 'Papandréou'. Après l'annonce de la consultation populaire, celui-ci ne dispose plus que deux voix de majorité à l'assemblée.
En marge du sommet du G20, les organisations patronales ont apporté leur soutien à la réponse européenne à la crise de la dette. La recapitalisation bancaire, l'extension de l'EFSF et l'amélioration de la soutenabilité de la dette grecque, combinés aux réformes structurelles et à la consolidation budgétaire, constituent « des avancées essentielles » pour soutenir l'économie de l'UE, affirme le B20. Il presse les Européens à garantir que « le plan de stabilisation sera appliqué totalement par tous les États membres ».
Présentant mercredi les résultats du dernier sommet de l'Eurozone à des députés nationaux, le Premier ministre irlandais Enda Kenny a souligné l'importance pour son pays, qui fait l'objet d'une aide financière internationale, de la certitude et de la stabilité. (MB)