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Bulletin Quotidien Europe N° 10485
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Remarques sur deux aspects controversés du compromis sur l'avenir de l'euro

Critiques souvent partisanes. Elles ont quelque chose d'étrange les réactions aux résultats du Sommet de la zone euro qui, dans la nuit de mercredi à jeudi, ont évité que l'euro explose. Jusqu'à la veille, un échec éventuel était présenté comme un désastre qui aurait entrainé l'éclatement de la zone euro et même, selon plusieurs observateurs, celui de l'UE. Un accord d'ensemble étant intervenu, sa signification a été reconnue et accueillie avec soulagement, aussi bien dans la plupart des pays tiers que par les marchés. Mais les forces politiques de la Communauté ont mis l'accent davantage sur les aspects qu'elles désapprouvent que sur le fait lui-même que l'euro et l'UE étaient en principe sauvés. La raison est claire: la plupart de ceux qui ont pris position ont mis l'accent surtout sur les aspects du compromis global qui ne correspondent pas à leur position politique, plutôt qu'au fait que l'UE soit restée debout. D'ici la sévérité des critiques.

Si les Chefs d'État ou de gouvernement avaient suivi le même critère, l'accord aurait été impossible, la Grèce aurait fait faillite, l'Italie aurait été entraînée dans le désastre, la zone euro dans sa composition actuelle aurait éclaté, avec les répercussions mondiales annoncées. En fait, chaque participant avait fait des concessions ; il est connu que la France a accepté certains éléments de la position allemande qui ne lui plaisaient pas du tout, et quelques aspects du compromis final ne sont pas tout à fait clairs. Le texte final représente un compromis. Si chacun était resté ancré à sa position de départ, l'échec aurait été automatique.

Il est logique qu'après l'accord, dans le débat parlementaire, chacun se soit exprimé selon ses convictions ; mais les prises de position immédiates auraient d'abord dû exprimer, avec clarté et fermeté, le soulagement et la satisfaction de voir l'UE et l'euro saufs (même si personnellement je suis convaincu que la dramatisation préalable avait été excessive et répondait à la tentative du monde de la finance d'arracher ou de sauvegarder le maximum d'avantages, voir cette rubrique d'hier).

Euro ou non euro: divergences et incompréhension. L'incompréhension entre les pays de la zone euro et les États membres qui n'en font pas partie subsiste. Officiellement on s'efforce de la minimiser ou de considérer qu'elle a été apaisée par les «Conclusions» du Conseil européen du dimanche 23 octobre et par la prise de position très ferme du président de la Commission. Le mot «incompréhension» est trop faible: pour certains aspects, parler de conflits de conception et d'intérêts serait plus conforme à la réalité.

Le cas britannique est spécifique: le R.U. n'a aucune intention de rejoindre la zone euro et ne le cache pas. Or, une partie au moins des dirigeants de cette zone estiment que l'action de la City de Londres est nuisible pour la monnaie unique. Pour le R.U. c'est un élément essentiel non seulement de la richesse et du rayonnement de sa capitale, mais aussi de l'équilibre économique du pays dans cette période difficile. Le R.U. rejette des aspects très significatifs de la politique financière et monétaire continentale, par exemple le projet de taxe sur les transactions financières (si bien que l'hypothèse de l'introduire dans la zone euro en tant que coopération renforcée au titre du Traité de Lisbonne est prise en considération) ou certains points des disciplines régissant l'activité financière. Du côté britannique, l'hypothèse d'un référendum sur la sortie de l'UE a été évoquée par certaines forces politiques, même si le premier ministre et le Parlement l'ont rejetée. Les divergences se multiplieront à propos des perspectives financières de l'UE pour la période 2014-2020.

La situation des États membres continentaux qui ne font pas partie de la zone euro est différente. Même s'ils ignorent si et à quel moment ils y rentreront, ils veulent déjà être associés autant que possible à sa gestion. Les quelques procédures d'information et autres liens convenus ne constituent à mon avis qu'une façade n'ayant pas beaucoup de consistance. Jeudi soir, M. Sarkozy a dit quelque chose qui en substance (je n'ai pas le texte) signifie que l'autonomie de la zone euro devrait être renforcée et ses liens avec ceux qui n'en font pas partie devraient être moins contraignants. Aussi bien à l'égard de ces pays qui sont devant la porte que des Britanniques, une partie au moins de la zone euro considère qu'il est trop facile de prétendre à la participation aux délibérations, sans assumer ni les coûts ni les responsabilités.

La gestion en commun de la zone euro avec des pouvoirs centralisés et des règles majoritaires est acquise, mais l'aspect institutionnel (méthode communautaire ou intergouvernementale ?) est toujours en discussion. Cette rubrique y reviendra. (FR)

 

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