Bruxelles, 26/09/2011 (Agence Europe) - Pressés ce week-end à Washington par leurs partenaires internationaux de faire plus pour résoudre la crise de la dette souveraine, les Européens reconnaissent à demi-mot qu'une réflexion est nécessaire pour accroître les capacités et/ou la flexibilité du fonds européen de sauvetage, la Facilité EFSF. Ils aspirent d'abord à appliquer les décisions prises lors du sommet de l'Eurozone fin juillet, qui doivent être ratifiées mi-octobre dans les Dix-sept. Lundi 3 octobre, l'Eurogroupe ne sera pas en mesure de statuer sur le versement de la 6ème tranche d'aide du 1er programme grec (8 milliards d'euros), la mission de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) n'étant pas en mesure de finir ses travaux d'ici là. Le temps presse: faute d'argent, la Grèce pourrait être en cessation de paiement vers la mi-octobre.
« Nous sommes en train d'envisager la possibilité de créer un effet de levier avec les ressources de l'EFSF afin d'avoir une force de frappe accrue, et donc d'avoir un pare-feu financier plus résistant pour soutenir nos États membres qui agissent de façon adéquate », a déclaré le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn, en marge des réunions annuelles des organisations financières internationales. Selon lui, cette réflexion à plus long terme devrait inclure une intégration budgétaire accrue ainsi que la création d'euro-obligations. Convaincu que le problème principal actuel est de « réduire les déficits le plus vite possible », le ministre français de l'Économie François Baroin a estimé qu'un accroissement de la force de frappe de l'EFSF pourrait « au final » être pris en considération.
Les pays de la zone euro ont déjà augmenté les garanties qu'ils octroient au fonds européen de sauvetage afin que celui-ci soit en mesure d'octroyer jusqu'à 440 milliards d'euros de prêts. Ils pourraient décider de faire plus, l'EFSF apparaissant difficilement en mesure de venir en aide à des pays plus importants comme l'Espagne et l'Italie. Un autre moyen évoqué consisterait à faire du fonds européen une sorte de banque et de lui donner accès aux liquidités de la Banque centrale européenne. La BCE pourrait également fournir des prêts aux investisseurs pour qu'ils rachètent des titres de dette de pays en difficultés, l'EFSF agissant en tant qu'assureur capable d'absorber d'éventuelles pertes. « Il y a d'autres possibilités que de faire appel à la BCE », a néanmoins nuancé le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble.
À Washington, les partenaires internationaux de l'UE ont haussé le ton en direction des Européens pour qu'ils prennent à bras le corps la crise de la dette souveraine. « La menace de défauts en cascade, de retraits massifs des dépôts bancaires et d'un risque catastrophique doit être totalement écartée, sinon cela minerait tous les autres efforts, à la fois en Europe et à l'échelle mondiale », a mis en garde le secrétaire au Trésor américain Tim Geithner, qui avait fait spécialement le déplacement à Wroc³aw (Pologne) pour transmettre son message aux ministres européens des Finances. Il s'est quand même dit « très confiant » dans la capacité des Européens à agir pour accroître la capacité financière du fonds de sauvetage.
Ratification. Pour l'heure, l'urgence est à la ratification par les Dix-sept des décisions prises fin juillet, à savoir les modalités d'un 2ème sauvetage grec - qui comprend la participation du secteur privé - et l'accroissement de la flexibilité du fonds de sauvetage. La Facilité EFSF octroiera des prêts dont les taux d'intérêt seront les plus bas possible et les maturités allongées. Elle sera en mesure de racheter des titres de dette souveraine directement lors de leur émission par l'agence de la dette d'un pays ou à des investisseurs les vendant sur les marchés secondaires. Elle pourra aussi prêter, de manière exceptionnelle et après le feu vert de la BCE, à des pays ne faisant pas l'objet d'un programme afin de soutenir le secteur bancaire, plombé par son exposition aux dettes souveraines.
Huit États membres (Belgique, Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Portugal) ont ratifié les décisions du fameux '21 juillet'. L'Allemagne se prononcera jeudi 29 septembre. L'opposition allemande ayant indiqué qu'elle voterait pour la réforme, un vote favorable du Bundestag ne semble guère faire de doute. « Nous avons une majorité de 80% au Bundestag pour cette loi », a considéré M. Schäuble. Surtout, c'est le comportement des troupes d'Angela Merkel qui sera disséqué. Un manque de soutien clair de son camp fragilisera la chancelière allemande. Le parlement slovène se prononça aussi cette semaine.
En Finlande, l'approbation du parlement semble acquise à condition que le gouvernement soit en mesure de présenter les garanties qu'il aura négociées auprès de la Grèce en échange de sa participation financière. Le dernier vote national est annoncé pour mardi 11 octobre en Slovaquie, où le gouvernement fait face à une fronde du parti libéral membre de la coalition gouvernementale.
'Troïka'. Le porte-parole de M. Rehn a exclu, lundi 26 septembre, que l'Eurogroupe soit en mesure de prendre une décision, lundi 3 octobre à Luxembourg, sur le versement de la 6ème tranche d'aide de huit milliards d'euros destinée à la Grèce dans le cadre de son 1er programme d'aide. « On peut l'exclure », a-t-il reconnu. Les chefs de mission de la 'troïka' n'ont toujours pas repris leurs travaux à Athènes et aucune date n'a été avancée pour leur retour dans la capitale grecque. Ils doivent boucler un rapport d'étape détaillé sur la situation économique et budgétaire du pays. C'est uniquement sur cette base que l'Eurogroupe et le FMI décideront de poursuivre leur soutien financier.
Le temps presse: faute d'argent frais, Athènes pourrait se retrouver à cours de liquidités mi-octobre. Nous tenons compte des « besoins pressants » de financement de l'État grec et aussi de « la conditionnalité » qui doit être remplie pour décider d'apporter un financement, explique la Commission. « La Grèce fait face à un moment de vérité. C'est sa dernière chance pour éviter l'effondrement de son économie. Il faut que les conditions soient remplies totalement afin que les fonds soient disponibles », a prévenu M. Rehn ce week-end.
Parmi les dissensions entre la Grèce et ses bailleurs de fonds qui continuent de bloquer la reprise de la mission de la 'troïka' figurent les trous budgétaires pour 2011 et 2012, la mise en œuvre des mesures structurelles et le détail du programme de privatisation. Des annonces « très importantes » ont été faites qui démontrent l'engagement des autorités grecques à remplir les objectifs budgétaires, a souligné le porte-parole de M. Rehn. Dévoilées mi-septembre, de nouvelles mesures prévoient de combler un trou proche de 2 milliards d'euros pour 2011 en créant notamment une taxe immobilière exceptionnelle (EUROPE n°10150).
Dimanche à Washington, le ministre grec des Finances Evángelos Venizélos s'est employé à convaincre le lobby bancaire international (IIF) de la capacité de la Grèce à tenir ses engagements. Il a fait le point sur l'action du gouvernement grec, notamment en matière de réformes structurelles et de privatisations. Selon lui, « quatre milliards d'euros » seront collectés d'ici la fin de l'année par le biais des cessations de biens publics. « La Grèce est et sera toujours membre de l'Union européenne et de la zone euro », a-t-il martelé.
Gouvernance économique. Le président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso présentera, mercredi 28 septembre lors de la session plénière du Parlement européen, ses idées sur la façon de renforcer la gouvernance économique dans l'UE dans le cadre de son discours sur l'état de l'UE. Les eurodéputés entérineront dans la foulée l'accord politique que le Conseil et le PE ont marqué sur la réforme du Pacte de stabilité et de croissance (EUROPE n°10455). Rejetée par la gauche européenne, cette réforme renforcera la surveillance des déficits budgétaires et de l'endettement public. Elle introduira une nouvelle procédure de surveillance macro-économique. Les pays de la zone euro enfreignant les futures règles européennes s'exposeront à des sanctions financières, plus tôt et de manière plus automatique. (MB)