Bruxelles, 22/09/2011 (Agence Europe) - Le sommet UE/Chine du 26 octobre pourrait donner le feu vert à des négociations pour un accord bilatéral sur l'investissement. Une décision qui ne masque toutefois pas la persistance des frictions commerciales entre Bruxelles et Beijing. Ni n'apaise les tensions ravivées par le refus de l'UE d'octroyer à la Chine le statut d'économie de marché convoité par Beijing.
« Les économies de l'UE et de la Chine sont déjà très intégrées. Néanmoins, un nombre important de contentieux sur le commerce et l'investissement subsistent. Pour aller de l'avant, nous voulons coopérer avec la Chine pour résoudre les déséquilibres d'opportunités commerciales à travers une ouverture équivalente en Chine », a insisté Karel De Gucht, lors d'un séminaire organisé par la Chambre européenne de commerce en Chine, le 20 septembre à Bruxelles. « Alors que les investissements chinois croissent en Europe, d'importants secteurs en Chine restent fermés ou restreints pour les investisseurs européens. Cela entrave sérieusement les gains économiques des deux côtés », a ajouté le commissaire au Commerce. « Pour que l'UE s'engage plus avant et envisage un accord bilatéral sur l'investissement, nous devons être fermement convaincus qu'il apportera une réelle valeur ajoutée, tant en termes d'accès au marché que sur la façon dont sont accueillis les investissements en Chine », a encore averti M. De Gucht. La croissance des investissements directs à l'étranger (IDE) de la Chine vers l'UE, qui ont triplé de 300 à 900 millions d'euros entre 2009 et 2010, et la contraction des IDE de l'UE en Chine sur la période, passant de 5,8 à 4,9 milliards d'euros sur la même période, suscitent le besoin pour l'UE de négocier des règles formelles sur l'investissement. Et, face aux restrictions chinoises qui contraignent les firmes européennes à accepter des partenariats avec des entreprises chinoises, des voix s'élèvent en Europe pour restreindre les acquisitions chinoises dans des secteurs européens d'importance stratégique. Le commissaire au Commerce s'y oppose toutefois. « Je crois que notre régime d'investissement ouvert reste notre meilleur argument pour que nos partenaires nous accordent un accès équivalent », a-t-il insisté mardi, avertissant néanmoins Beijing que « le déséquilibre fondamental entre l'ouverture de l'UE et le caractère restrictif du marché chinois joue en faveur de ceux qui, en Europe, voient les investissements chinois comme une menace et plaident pour un filtrage sélectif des investissements chinois en Europe ».
Outre les nouvelles mesures « rétrogrades » de sécurité chinoises qui rendent les investissements de l'UE plus difficiles dans le pays et « risquent d'aggraver les effets néfastes sur le commerce bilatéral », M. De Gucht a aussi dénoncé d'autres points de friction bilatérale, comme les droits de la propriété intellectuelle, la « différence fondamentale » d'approche entre l'Europe et la Chine en matière de subventions et d'entreprises publiques, ou encore les règles de passation des marchés publics. « Le problème n'est pas tant ce que prévoit la réglementation chinoise, c'est que les acteurs étrangers ne se voient pas attribuer de marchés sauf si la Chine y trouve son intérêt », a-t-il précisé sur ce dernier point, qui a amené l'UE à réfléchir à l'adoption de nouvelles règles pour contraindre ses partenaires commerciaux clés, comme la Chine, à garantir une ouverture réciproque de ses marchés publics. Des propositions de l'exécutif européen sont attendues en ce sens pour l'automne. Le commissaire au Commerce espère toutefois que les dirigeants européens et chinois, qui se réuniront pour leur sommet annuel le 26 octobre à Tianjin, donneront le feu vert, ou du moins leur accord de principe, au lancement de négociations pour un accord bilatéral sur l'investissement, pour améliorer les conditions pour les investisseurs européens en Chine, tout en facilitant les flux de capitaux chinois vers l'UE.
Reste à convaincre la Chine, quelque peu échaudée par le refus européen de lui octroyer un statut d'économie de marché qui la rendrait moins vulnérable face aux enquêtes antidumping, d'ouvrir davantage son marché. D'autant plus que, à l'image de la reconduction possible des taxes contre ses bicyclettes, ou l'adoption prochaine de taxes contre ses carreaux en céramique ou autres fils de polyester, les mesures contre les produits exportés par la Chine vers l'UE se multiplient. Or, la Commission européenne refuse encore ce statut à Beijing en raison de la prépondérance des entreprises d'État en Chine qui bénéficient de nombre de privilèges, en particulier l'accès à des crédits bon marché. « La Chine est extrêmement déçue que l'UE refuse de lui accorder le statut d'économie de marché malgré sa transition achevée d'une économie planifiée vers une économie de marché, après 30 ans de réformes et d'ouverture », commentait le 20 septembre le porte-parole du ministère chinois du Commerce, Shen Danyang. « Il ne s'agit pas d'une question technique, mais politique », insistait-il. Ouvrant les travaux de l'édition estivale du Forum de Davos à Dalian, à la mi-septembre, le Premier ministre chinois Wen Jiabao avait exhorté les Vingt-sept à « emmener les relations stratégiques sino-européennes dans une autre dimension en octroyant à la Chine le statut d'économie de marché ». M. Wen avait, en outre, semblé lier le soutien financier chinois à une Europe embourbée dans la crise des dettes souveraines, à celle du statut d'économie de marché sur laquelle il a dit attendre espérer une avancée à Tianjin. Mais par la voix de M. Shen, Beijing a réaffirmé mardi que son soutien aux économies européennes restait « inconditionnel ». « La Chine ne s'est fixé aucune condition préalable pour offrir de l'aide aux autres ». « Nous espérons seulement que nous pourrons gagner le respect en traitant les autres avec sincérité », a insisté le responsable chinois. (EH)