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Bulletin Quotidien Europe N° 10458
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (ae) ue/jai

Finlande et Pays-Bas bloquent l'élargissement de Schengen

Bruxelles, 22/09/2011 (Agence Europe) - Les citoyens roumains et bulgares devront prendre leur mal en patience et c'est encore une triste journée pour l'Europe. À cause du veto des Pays-Bas et de la Finlande (EUROPE n° 10457), les ministres européens de l'Intérieur n'ont pas été en mesure, jeudi 22 septembre à Bruxelles, d'entériner la décision permettant l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l'espace Schengen.

Un seul refus suffit pour bloquer l'entrée d'un pays dans Schengen, car toute nouvelle adhésion requiert l'unanimité des membres de l'espace. Tous les pays, sauf la Finlande et les Pays-Bas, ont signalé qu'ils pouvaient accepter le compromis de la présidence polonaise du Conseil des ministres de l'UE. Ce compromis prévoyait un élargissement en plusieurs phases, comme demandé par la France et l'Allemagne notamment, qui ne souhaitent pas une levée immédiate et automatique des frontières terrestres à la Roumanie et à la Bulgarie. La présidence a suggéré d'ouvrir les frontières aériennes et maritimes de Schengen à la Roumanie et à la Bulgarie à compter du 31 octobre 2011. Puis une décision serait prise, au plus tard le 31 juillet 2012, sur une date pour l'ouverture des frontières terrestres. « La formule permet encore de dire non en 2012 », a souligné le secrétaire d'État belge en charge de l'immigration, Melchior Wathelet. Mais il s'est montré pessimiste. « Les Néerlandais ont dit non, et c'est non, point », a-t-il jugé. « Le dossier est devenu politique (...) et le problème est qu'on ne donne pas de perspective, ni de solution » à Sofia et Bucarest, a-t-il déploré.

« Notre position est claire. Nous ne sommes pas favorables à une adhésion en ce moment », a déclaré le ministre néerlandais de l'Immigration, Gerd Leers. « Ce que nous avons voulu éviter, c'est de décider aujourd'hui et de regretter plus tard », a-t-il dit, car dans ce domaine, « le retour est impossible ». « Nous devons avoir la certitude que l'acquis de Schengen est pleinement mis en œuvre, notamment en ce qui concerne la lutte contre la corruption et le crime organisé », a insisté M. Leers. « Si cela n'est pas le cas, alors vous avez une porte équipée des huit meilleurs verrous au monde, mais derrière cette porte, vous avez quelqu'un qui laisse passer tout le monde et cela pose un sérieux problème », a-t-il expliqué.

La ministre finlandaise Päivi Räsänen a dit en substance que la Roumanie et la Bulgarie doivent accélérer les efforts en vue de lutter contre la corruption et le crime organisé. La Finlande estime qu'il faut voir l'ensemble des choses, et pas seulement les arrangements techniques. Ce pays a indiqué que l'on pourrait revenir sur le sujet l'été prochain, lorsque seront publiés les derniers rapports de la Commission sur les progrès réalisés par la Roumanie et la Bulgarie. Mais la Finlande réfute toute attitude populiste dans cette affaire.

Les difficultés rencontrées par la Grèce pour contrôler sa frontière avec la Turquie ont échaudé certains membres de Schengen et expliquent les réticences.

La présidence polonaise n'a pas caché sa déception. « À cause de deux États membres, il n'a pas été possible pour nous de prendre une décision sur l'élargissement de l'espace Schengen », a commenté Jerzy Miller, le ministre polonais qui a présidé le Conseil JAI. Cela m'amène à tirer une triste conclusion sur la confiance mutuelle entre États membres, a-t-il ajouté. Depuis avril 2011, les conditions sont pourtant réunies pour cet élargissement de Schengen. Aujourd'hui, les promesses contenues dans les traités d'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie ont été « rompues ». M. Miller a estimé que nous vivons dans des temps qui sont difficiles pour l'UE. Or, dans ces moments difficiles, nous avons besoin de soutien mutuel, et aujourd'hui nous n'avons pas eu le courage d'agir ensemble. D'après lui, la Bulgarie et la Roumanie ont fait vraiment beaucoup d'efforts en matière de lutte contre la corruption et la criminalité. Et ces pays ont protégé depuis avril leurs frontières extérieures selon les règles de l'UE, a poursuivi Jerzy Miller.

La présidence polonaise souhaite un arbitrage des chefs d'État lors du Conseil européen de mi-octobre, mais le ministre néerlandais a ruiné ses espoirs. « Ce serait peu sensé de faire remonter l'affaire au sommet, car nous ne voyons pas ce qui pourrait changer d'ici octobre », a affirmé M. Leers.

Les parlementaires européens très remontés. Joseph Daul, le président du groupe PPE au Parlement européen, a dénoncé l'attitude populiste des gouvernements des Pays-Bas et de la Finlande. « Alors que la Roumanie et la Bulgarie remplissent toutes les exigences pour leur adhésion à l'espace Schengen, certains États, abusant de la règle de l'unanimité, renforcent encore la dérive intergouvernementale de l'Europe, alors que seul le respect des règles et de la méthode communautaires permettront à nos pays de sortir du marasme actuel », a dit M. Daul. Il attend de la Commission européenne qu'elle exerce toute son autorité pour remédier à cette situation, et de la présidence polonaise qu'elle use de toute son influence politique pour convaincre ses partenaires de revenir à une attitude loyale. « Les peuples roumain et bulgare ont fait des efforts importants pour respecter les règles communes, il est hors de question qu'ils s'en voient imposer de nouvelles, ou qu'on les fasse patienter plus encore pour leur attribuer ce qui leur revient de droit », a conclu le président du groupe PPE.

Le groupe S&D au PE a estimé que ce veto finlandais et néerlandais est un veto contre l'UE. Claude Moraes s'est dit déçu de voir que le droit à la libre circulation, gagné de manière légitime par les citoyens bulgares et romains, fasse l'objet d'un chantage politique. « Certains gouvernements continuent de défendre leurs intérêts électoraux, qui sont souvent populistes, au détriment de la règle de droit et des principes fondateurs de l'UE », a déclaré Ioan Enciu.

Même son de cloche au sein du groupe Verts/ALE: « Il est difficile de voir ce veto de la Finlande et des Pays-Bas comme autre chose qu'une démagogie populiste cynique. La Bulgarie et la Roumanie ont rempli les conditions requises pour adhérer à Schengen, en faisant de grands efforts pour y parvenir, donc il n'y a pas de raisons légitimes pour refuser leur entrée dans la zone sans frontières », commente Judith Sargentini. (LC)

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