Bruxelles, 15/06/2011 (Agence Europe) - L'Algérie demande à l'UE de retarder l'entrée en vigueur pleine du libre-échange convenu au titre de l'accord d'association de 2005, lequel a arrêté un calendrier de démantèlement progressif des protections douanières. Plusieurs médias algériens font état d'une démarche officielle auprès de l'UE pour que cette échéance soit reportée de 2017 à 2020, précise-t-on d'Alger. Le but serait de donner plus de temps aux entreprises algériennes pour se préparer à l'ouverture du marché national, selon le ministre algérien du Commerce, Mustapha Bendada, qui s'exprimait en marge de la cérémonie d'ouverture de la Foire internationale d'Alger (FIA).
Selon le quotidien El Watan, le report serait acquis et des contacts sont en cours à Bruxelles pour « finaliser l'accord à ce sujet », écrit-il en se référant à des sources officielles du ministère des Affaires étrangères. « Il s'agit de continuer sur des avancées réalisées à Alger les 30 et 31 mai. Les deux parties vont travailler pour essayer de finaliser l'accord global pour le 21 juin à Bruxelles », date de la tenue du Conseil d'association Algérie-UE, indique la même source.
Alger a déjà demandé la révision du rythme de démantèlement des dispositions tarifaires et douanières contenues dans l'Accord d'association entre les deux parties. Alger veut faire reculer toutes les échéances de trois ans, rapportent les médias économiques locaux. « De vives critiques (avaient été, dès le départ, émises par) des entrepreneurs privés qui s'inquiétaient des effets de l'ouverture sur l'industrie locale. Le gouvernement avait, à l'époque, défendu son choix en estimant que les entreprises devaient s'adapter et que des aides allaient être fournies pour leur mise à niveau », écrit le journal en ligne Maghreb émergent. Il ajoute: « Les autorités algériennes tablaient surtout sur une impulsion des investissements directs européens hors secteur hydrocarbures. Cinq ans après l'entrée en vigueur de l'accord d'association et alors qu'un changement de cap a été opéré en matière de politique économique, les autorités algériennes ont rejoint les opérateurs privés et les experts algériens qui considèrent que les résultats sont globalement négatifs pour l'économie algérienne ». « Les démantèlements douaniers se sont soldés par un manque à gagner de 2,2 milliards de dollars en 2009 alors que les investissements européens n'ont pas atteint le demi-milliard de dollars », notent des experts algériens cités par la presse.
Les mêmes réticences sont enregistrées dans les rapports avec l'OMC. Alger négocie avec peine son adhésion à l'organisation du commerce mondial. Une journée parlementaire organisée le 5 juin ayant pour le thème « L'Algérie et l'OMC, enjeux et perspectives », avec le concours des ministères du Commerce, a permis de confirmer les réserves mises par Alger à relancer une négociation dont la dernière session remonte au 17 juin 2008. « Le processus de négociations effectives qui a duré une dizaine d'années est considéré comme étant le plus long dans l'histoire de l'organisation », note-t-on à Alger où le gouvernement « refuse d'hypothéquer l'économie et sa souveraineté à travers les multiples concessions exigées par ses partenaires, notamment en ce qui concerne le coût de l'énergie domestique et la libéralisation des services », écrit la presse. Il « demande à ce que ses spécificités soient prises en considération et que le traitement des candidats soit équitable ». L'option serait d'observer une « trêve » dans l'ouverture du marché qui traduirait, à la fois, « la volonté de notre pays à aller à l'OMC avec plus d'assurances et de garanties ». (F.B.)