Bruxelles, 15/06/2011 (Agence Europe) - Le vote a été serré, mais le plus important est acquis. La Commission européenne va adopter dans les prochains jours le règlement permettant d'indemniser à hauteur de 210 millions d'euros les producteurs de légumes de l'UE qui ont subi de plein fouet les conséquences de l'épidémie de la bactérie Eceh.
Le vote en comité de gestion de l'UE, mardi 14 juin, a débouché sur ce qu'on appelle un 'non-avis', qui laisse la possibilité à la Commission d'adopter de son propre chef l'aide indemnisant les producteurs à hauteur de 50% de leurs pertes. « C'est un signal important pour les producteurs de légumes frais car j'avais à cœur de montrer que l'Europe était en mesure de réagir vite quand elle en a besoin », a commenté le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos.
Plusieurs pays se sont opposés au dispositif d'aide (France, Espagne, Pologne et Slovaquie) qui réclamaient davantage de fonds communautaires et donc une indemnisation à l'euro près de pertes encourues par les maraîchers. Par ailleurs, huit autres pays se sont abstenus (Grèce, Italie, Autriche, Roumanie, République tchèque et les trois pays baltes).
Le règlement permettra de garantir en moyenne aux maraîchers lésés 50% au moins du prix des légumes retirés du marché (sur la base des cours des quatre dernières années). Ceux qui sont membres d'organisations de producteurs (quelque 35% des producteurs européens) bénéficieront de mécanismes de compensation supplémentaires, couvrant jusqu'à 70% de leurs pertes.
Les États européens devront notifier d'ici au 22 juillet les volumes retirés du marché et c'est alors que les producteurs pourront commencer à être indemnisés. C'est également à cette date, une fois les volumes concernés connus, que sera confirmé le niveau d'indemnisation.
Le fonds d'urgence, doté de 210 millions d'euros, permettra, par exemple, à un producteur de tomates de recevoir au maximum 33,2 cents par kilo de compensations, tirés à 100% du budget européen. À cette somme s'ajouteront, pour les membres d'organisations de producteurs, des indemnités à hauteur de 7,25 cents financés pour moitié par l'UE et par leur organisation, soit une indemnisation maximale de 40,45 cents par kilo de tomate, sur un prix moyen de saison de 66,4 cents (entre 2008 et 2010).
La bactérie E.coli entérohémorragique (Eceh), qui a tué 37 personnes en Europe dont 36 en Allemagne, a provoqué une chute de la consommation de légumes, en particulier des tomates, salades, concombres, courgettes et poivrons. Ce sont les producteurs de ces cinq légumes qui seront indemnisés.
Ignorant dans un premier temps l'origine de l'épidémie, les autorités allemandes avaient lancé une alerte concernant des lots de concombres espagnols - rapidement levée - et déconseillé aux consommateurs de consommer crus concombres, tomates et salades. Finalement, la souche rare et très virulente de la bactérie E.coli en cause a été formellement identifiée la semaine dernière sur des jeunes pousses de graines germées produites dans une exploitation biologique du nord de l'Allemagne, aujourd'hui fermée.
Le commissaire Ciolos s'est dit « optimiste » quant à une reprise « très rapidement » de la consommation. Mais la mise au ban des légumes pendant deux bonnes semaines aura coûté des centaines de millions d'euros aux producteurs européens. De loin les plus touchés, les producteurs espagnols ont évoqué des pertes de 225 millions d'euros par semaine.
Le secteur européen a aussi souffert des embargos sur ses légumes décrétés par plusieurs pays tiers comme la Russie. Si Moscou a accepté le principe d'une levée, les discussions avec l'UE se poursuivaient mardi pour la mettre en œuvre concrètement. (L.C.)