Bruxelles, 06/06/2011 (Agence Europe) - Lundi 6 juin, la source de la contamination de la chaîne alimentaire par la bactérie mortelle Eceh n'était toujours pas formellement établie. Échaudée par les effets d'annonce imprudents et préoccupée par les implications de cette épidémie qui semblait pourtant sur le déclin, l'UE saisissait, lundi, le taureau par les cornes pour tenter de contrer le plus rapidement possible les effets dévastateurs d'une crise à la fois sanitaire, agricole et économique, née de la défiance des consommateurs de l'UE et des pays tiers à l'égard des légumes européens. Au lendemain d'un week-end où les soupçons initiaux des autorités allemandes avaient déserté les concombres espagnols (EUROPE n° 10391) pour se porter, sans certitude encore, sur des germes de soja produits dans une exploitation agricole en Allemagne, la présidence hongroise avait jugé bon d'ajouter ce point à l'ordre du jour du Conseil Santé de lundi, à Luxembourg. Coordination accrue d'efforts d'investigation redoublés, solidarité avec les victimes de l'épidémie, prudence dans les annonces et solidarité avec les agriculteurs européens ont été les maîtres mots des ministres de la Santé des 27 lors de leur discussion informelle. Mardi 7 juin, ce sera au tour des ministres de l'Agriculture de prendre la relève lors d'une session extraordinaire (voir nouvelle suivante).
« Nous avons exprimé nos condoléances aux familles à la suite des décès, et exprimé notre solidarité avec les pays touchés. C'est un problème complexe. Les questions de sûreté alimentaire, de santé publique, d'épidémiologie, et les défis liés au marché seront traités sur un même front. Il reste à identifier la source de la contamination, et nous prendrons les mesures qui s'imposeront. Nous devons faire diligence et rester objectifs. Les ministres de la Santé feront de leur mieux pour endiguer l'épidémie. Nous devons tous fournir notre aide à l'Allemagne et aux pays concernés. Nous tirerons des conclusions quand la situation sera sous contrôle », a déclaré à la presse Miklós Réthelyi, ministre hongrois des Ressources nationales, qui a présidé la session. Selon lui, « le système d'alerte rapide RASFF a fonctionné ». Ce qu'il faut, c'est « réfléchir aux moyens d'améliorer la coordination », et les deux formations du Conseil - Santé et Agriculture - devront veiller à trouver des réponses « en travaillant main dans la main pour évaluer la situation et tirer les leçons ».
John, Dalli, commissaire à la Santé et aux Consommateurs, a rappelé que « l'épicentre de l'épidémie est toujours à Hambourg, mais touche plusieurs États membres, d'où la « nécessité d'une action concertée ». C'est précisément la raison pour laquelle il est « en contact permanent avec les autorités sanitaires en Allemagne où
1 600 cas ont été signalés et 700 complications graves ». Les autorités allemandes ont accepté, samedi, l'envoi sur leur territoire d'une équipe d'experts de l'UE spécialisés dans l'épidémiologie des maladies d'origine alimentaire. Il s'agit d'experts de la Commission (DG SANCO), du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), et de l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments). Ces experts, arrivés à Berlin, sont en contact avec les autorités allemandes pour aider ces dernières à poursuivre l'enquête épidémiologique, vérifier les résultats et accélérer l'identification de la source de la contamination. Le secrétaire d'État allemand a fourni à ses collègues les détails sur l'étude épidémiologique en cours sur les graines germées. « Une partie des résultats est négative. Nous attendons les autres résultats. Il faut être prudent. Les États membres aspirent à une plus grande coordination. J'ai pris note des préoccupations de l'Espagne », a assuré le commissaire à la presse.
Selon lui, même « s'il n'y a encore rien de précis à ce stade », le risque d'une épidémie à grande échelle semble pour l'heure écarté car le nombre de cas de personnes affectées par la bactérie semble se stabiliser, voire diminuer. En outre, il considère que «le système d'alerte rapide est une bonne base pour l'échange d'informations. Nous avons maintenant une position commune pour suivre la même approche pour l'enquête ». À un journaliste qui lui demandait s'il était sérieux d'activer le système d'alerte rapide sur la base de simples soupçons, M. Dalli a répondu qu'il « vaut mieux se fonder sur des preuves scientifiques » et qu'à l'avenir il faudra « voir comment s'assurer du bon timing de l'alerte ». Selon lui, il n'est pas toujours facile de choisir entre agir le plus rapidement possible au risque de propager des informations erronées et attendre d'avoir des informations fiables pour agir, en prenant alors le risque de voir la maladie se propager. Et de rappeler les précautions élémentaires à prendre par les consommateurs: se laver les mains et bien rincer les fruits et les légumes lors de la préparation des repas et avant la consommation. Au cours du débat, huit États membres ont pris la parole. L'Espagne a évoqué les dommages immenses causés aux filières agricoles concernées par les restrictions commerciales imposées par certains pays, demandé des compensations à l'UE et une réforme du système d'alerte rapide. La France et l'Italie ont formulé des propositions concrètes pour évaluer par exemple si la propagation de l'épidémie semblait émaner de produits en provenance des États membres du Sud et pour vérifier si, techniquement, les laboratoires fonctionnent bien. L'Italie a également demandé une participation de l'UE alors que la France a proposé de renforcer les systèmes d'alerte et l'expertise au niveau local. Enfin, la plupart des ministres sont convenus de la nécessité d'une communication rapide et correcte des 27. Pour le Luxembourg, la santé publique doit toujours avoir la préséance sur les problèmes d'ordre économique car ceux-ci peuvent toujours être compensés ultérieurement, et il convient de ne pas adopter des comportements qui mettent en danger des vies humaines. La Commission continue de juger disproportionnée toute mesure restrictive comme l'embargo décrété par la Russie sur les importations de fruits et légumes en provenance de l'UE. Elle espère pouvoir en convaincre les autorités russes et trouver une solution avant le Sommet UE/Russie prévu le 9 juin prochain à Nizhny Novgorod. (A.N./I.L.)