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Bulletin Quotidien Europe N° 10392
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Remarques sur quelques évolutions récentes de la réalité communautaire

Certaines prises de position sur les affaires européennes survenues pendant la brève pause de cette rubrique méritent d'être signalées, avec quelques remarques personnelles en supplément.

Tant mieux pour l'Europe. Suite à un désaccord au sein du mouvement politique français dont il fait partie, Daniel Cohn-Bendit a déclaré: « Pour moi, la phase parti national, c'est terminé. Je me situe au niveau européen, point à la ligne. » Ce qui signifie qu'il va se concentrer sur son rôle de parlementaire européen.

Ma réaction est simple: tant mieux pour l'Europe. Cette affirmation n'implique pas une identité de vues sur toutes ses initiatives et prises de position. Je considère, pour faire un exemple, comme démagogique et dangereuse sa campagne réclamant que l'UE accueille tous les immigrés clandestins qui débarquent sur ses côtes, qu'ils aient ou pas droit à l'asile. Mais son rôle au Parlement européen est irremplaçable, son apport à l'unité européenne est entraînant et précieux. Qu'il concentre son action sur cette tâche est une bonne nouvelle.

L'Allemagne a besoin des immigrés, mais… Les cinq sages à qui la chancelière allemande avait demandé une étude sur les perspectives économiques et sociales de son pays ont ainsi résumé la situation démographique: les naissances ont baissé de moitié en 50 ans, avec pour effet que le nombre des habitants aura diminué de dix millions d'ici 2050. Pour stabiliser la population, il faudrait un flux de 350.000 immigrés par an. Mais, pour éviter des répercussions négatives sur la production et donc la richesse nationale, les immigrés devraient pour une large partie disposer d'une qualification professionnelle élevée.

Cette analyse indique que les immigrés sont nécessaires, mais que la puissance de l'économie du pays serait en partie compromise s'ils ne sont pas en large mesure déjà formés. Les jeunes d'ailleurs seraient logiquement attirés pas les salaires et le niveau de vie allemands. Le résultat serait que les efforts et sacrifices des pays d'origine pour former la jeunesse bénéficieraient en définitive à l'économie allemande. C'est une constatation sur laquelle il faudrait réfléchir, un équilibre à établir.

Un piège pour les socialistes ? Un commentateur qui n'est pas isolé (c'est pourquoi je ne cite pas de noms), estime que les partis socialistes des pays de l'UE devraient se méfier d'éventuelles victoires électorales au cours de cette période. Pourquoi ? Parce que dans ce cas ils devraient gérer ou introduire des politiques d'austérité, nécessaires pour redresser les déséquilibres budgétaires qui existent presque partout, ce qui n'est pas une situation payante du point de vue électoral ! Les pays où les socialistes sont au pouvoir ou l'étaient récemment le savent bien: les médecines qu'ils doivent imposer à leurs électeurs sont amères ; les difficultés actuelles de M. Papandreou, de M. Zapatero et de quelques autres préfigurent, d'après cette thèse, celles que rencontreraient les majorités socialistes éventuelles de demain.

Ce raisonnement a une certaine logique. Mais les socialistes qui aspirent à devenir majoritaires sont logiquement convaincus de pouvoir faire mieux que ceux qu'ils s'efforcent de remplacer ; le raisonnement cité n'aurait donc pas d'influence sur l'aspiration à gouverner et sur les comportements pour y réussir.

Pascal Lamy se résigne au réalisme. Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a en définitive admis que les négociations sur la nouvelle phase d'ouverture des marchés mondiaux, ce Doha Round qui traîne depuis tellement de temps, ne pourra pas se conclure pour la fin de l'année. Les ambitions doIvent être réduites ; l'objectif deviendrait de consolider cette année ce qui est déjà plus ou moins acquis, en reconnaissant que des avancées supplémentaires sont pratiquement impossibles. Il faut se contenter de ces acquis, en sauvegardant la possibilité des résultats supplémentaires prévus au départ, notamment en faveur des pays moins avancés.

Cette orientation n'est pas éloignée de l'opinion exprimée à plusieurs reprises dans cette rubrique. En résumé: a) les pays dits «émergents» (qui en fait ont déjà émergé) acceptent la réduction, voire la suppression, des droits de douane, mais sont réticents dans les nombreux domaines annexes: marchés publics, propriété intellectuelle, etc. ; b) les pays les plus avancés ne renoncent pas à ces compléments ; en outre, plusieurs d'entre eux, l'UE comprise, réclament des conditions écologiques et des règles de production exigeantes comme condition pour ouvrir davantage leurs marchés agricoles.

L'opinion déjà développée dans cette rubrique est que la liberté des échanges doit être subordonnée à des disciplines sauvegardant l'équilibre naturel et contribuant à la lutte contre la faim dans le monde ; le Doha Round doit respecter ces objectifs et contribuer à leur réalisation, ou réduire ses ambitions. (F.R.)

 

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