Je vais, pour terminer la semaine où cette rubrique s'est exprimée sur des évolutions européennes significatives, citer des phrases d'autrui sur les mêmes thèmes, en y ajoutant quelques lignes de commentaire.
Écrire l'histoire. «Nous sortirons de la phase actuelle, où il est à la mode de dire du mal de l'Europe, lorsqu'on arrêtera de décrire les événements comme une lutte entre le bien et le mal, entre les bons et les méchants, entre ceux qui ont toujours raison et ceux qui ont toujours tort », écrit Sergio Romano qui, après avoir joué un rôle significatif dans la diplomatie italienne, tient une rubrique dans « Il Corriere della Sera » et collabore à plusieurs journaux et revues, en France et ailleurs.
Je partage largement son opinion ; mais je n'ai pas beaucoup d'espoir de voir ses souhaits réalisés. En politique, la démolition de l'adversaire demeure une attitude normale. C'est avec la certitude d'être souvent critiqué que je m'efforce d'écrire des commentaires et pas des anathèmes, surtout en étant conscient que, sont rares les pays où les peuples peuvent, comme dans l'UE, s'exprimer librement par des élections sans violences ni fraudes. On doit respecter les opinions correctement exprimées, même lorsqu'on ne les aime pas.
En Grèce: résignés ou rebelles ? Deux quotidiens européens, voulant dépasser, à propos de la crise en Grèce, le stade des communiqués officiels et des commentaires, ont demandé à leurs envoyés spéciaux de sonder sur place les états d'âme et les réactions des habitants. Eh bien, le résultat a été totalement contradictoire ! L'un n'a constaté que grèves, manifestations des «indignés», volonté de réagir, notamment contre la privatisation de ports qui représentent l'un des orgueils du pays. L'autre a ressenti un « parfum de résignation, fondé en partie sur l'idée que faire tomber le gouvernement socialiste ne changerait rien » ; les gens s'adaptent: retour chez les parents, mises en commun des salaires, recours à l'épargne lorsqu'elle existe…
J'essaye de comprendre les deux aspects, qui ont sans doute l'un et l'autre leur part de vérité, en étant conscient que ceux qui crient le plus fort ne représentent pas toujours la réalité de l'opinion publique. Pourquoi ne pas s'efforcer de saisir quelques aspects peut-être positifs ? Le drame grec pourrait représenter: a) l'occasion d'éliminer certains défauts en matière d'impôts et de corruption que la Grèce traîne depuis toujours (un professeur d'université a parlé de pratiques perverses aussi vielles que la renaissance de l'État néohellénique) ; b) un exemple pour la classe politique grecque ; c) l'incitation au peuple d'assumer ses responsabilités. Ce raisonnement est d'ailleurs à la base de l'attitude de cette rubrique lorsqu'elle a souligné à plusieurs reprises que la participation à l'euro n'est pas une chaîne qui lie les pays ; si un peuple rejette la discipline de la zone euro, il peut en sortir. Je ne l'écrivais pas du tout en souhaitant que ça arrive, mais pour inviter chacun à se sentir responsable de son comportement et à ne pas se considérer comme la victime d'autrui.
L'Allemagne importe. « En Allemagne, la croissance de 1,5% au premier trimestre de l'année et de 5,2% en rythme annuel n'a pas été portée par les exportations, comme par le passé, mais par la consommation, qui y a contribué pour les trois quarts. Les investissements ont affiché une forte progression par rapport au dernier trimestre 2010 », d'après un communiqué de Destatis, l'Office fédéral allemand des statistiques.
Ces chiffres devraient éliminer les craintes de ceux qui s'imaginaient que le peuple allemand aurait persévéré dans l'épargne et l'accumulation de réserves. En réalité, les importations en provenance surtout des autres pays de l'UE sont en nette reprise, et elles seront sans doute suivies par les vacances des citoyens allemands en Grèce, en Espagne, en Italie et ailleurs. Remarque à compléter par la citation suivante.
Contrôler les dépenses publiques. « En Europe, les pays qui ont des problèmes ne sont pas ceux qui ont été prudents dans la dépense publique. Les pays en difficulté sont ceux qui n'ont pas su contrôler leurs finances (…) Moins de dépenses publiques signifie davantage d'investissements privés », selon un expert anonyme.
C'est une banalité. Mais il est incroyable de constater à quel point elle est souvent oubliée dans les élucubrations les plus savantes et complexes, qui attribuent les responsabilités à ceux qui respectent les disciplines prévues.
Commerce libre en respectant les règles. «Je suis convaincu que la libéralisation des marchés mondiaux d'une part et le respect des droits de l'homme et des règles environnementales et sociales de l'autre ne sont pas contradictoires ; il faut atteindre un équilibre qui favorisera la compétitivité de l'UE dans le respect des normes », selon Michael Theurer, parlementaire européen du groupe politique des démocrates et libéraux (ADLE). Je n'aurais pas mieux résumé le sens des deux numéros précédents de cette rubrique. (F.R.)