Bruxelles, 25/05/2011 (Agence Europe) - La ministre française de l'Économie Christine Lagarde a officialisé, mercredi 25 mai, sa candidature à la succession à la tête du FMI de son compatriote Dominique Strauss-Kahn, qui a démissionné à cause de son inculpation pour tentative de viol. « J'ai décidé de présenter ma candidature à la direction générale du Fonds monétaire international », a-t-elle déclaré. Mûrement réfléchie, confortée par « un certain nombre d'appels de soutien » allant « bien au-delà de l'Europe » et abordée « avec humilité », cette candidature concerne un mandat de « cinq ans » qu'elle s'engage à mener à son terme. Mme Lagarde a tenu à l'inscrire dans la ligne fixée par le G20 qui prône un processus transparent et basé sur le mérite. « Je ne suis pas la candidate de l'Eurogroupe, européenne, française », a souligné la ministre pour qui « être Européen ne constitue pas spécifiquement un atout et, de la même manière, cela ne doit pas constituer un handicap ». Une manière de se démarquer de la volonté des Européens de conserver ce poste qu'ils occupent depuis la création de l'organisation financière internationale. D'ailleurs, les représentants du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) au FMI ont rejeté conjointement, mercredi, « la convention non écrite et obsolète qui prévoit que le dirigeant du FMI soit forcément européen ».
L'intervention controversée de Mme Lagarde dans une affaire judiciaire opposant la banque Crédit Lyonnais à l'homme d'affaires Bernard Tapie pourrait faire l'objet d'une enquête. Une décision est attendue courant juin. « Il y a une procédure d'enquête en cours », a indiqué la ministre qui dit avoir « la conscience parfaitement tranquille ». Qui insiste: « J'ai agi dans le respect de l'État et du droit ».
Saluant l'action de M. Strauss-Kahn dans la lutte contre la crise financière et en matière de réforme du FMI, Mme Lagarde a souhaité poursuivre, si elle est nommée, les travaux engagés en vue d'« une meilleure représentativité ». Les grands pays émergents réclament un rôle davantage conforme à leur poids croissant dans l'économie mondiale. La ministre a aussi estimé « parfaitement approprié » de poursuivre la nouvelle approche du FMI qui viserait à tenir davantage compte de la dimension sociale. Elle n'a pas souhaité se prononcer sur la désignation d'une personnalité d'un pays émergent lorsque l'Américain John Lipsky partira en retraite fin août. Les deux autres directeurs adjoints du FMI sont Japonais et Égyptien. Et Mme Lagarde de rappeler la réponse européenne à la crise de la dette souveraine: adoption de paquets d'aide financière, création de fonds de sauvetage, réforme de la gouvernance économique…
Un consensus européen existe désormais autour de la candidature de Mme Lagarde qui pourrait recueillir un coup de pouce supplémentaire ce jeudi ou vendredi lors du Sommet du G8 à Deauville. Auquel la présence de Mme Lagarde ne serait d'ailleurs « pas souhaitable ». Après les soutiens venant d'Allemagne, d'Italie, du Luxembourg et du Royaume-Uni, le président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso a appuyé « pleinement », mercredi, la candidature de Mme Lagarde. Dans un communiqué, il considère les qualités et l'engagement de Mme Lagarde comme « indispensables » pour assurer la mission du FMI. Après avoir proposé M. Balcerowicz, la Pologne soutient désormais Mme Lagarde. Tout comme le ministre belge des Finances Didier Reynders qui a assuré que son pays soutiendrait la ministre française si un consensus se dégage autour de son nom. Le délai de dépôt des candidatures à la direction du FMI est fixé au 10 juin et la nomination du/de la prochain(e) directeur/directrice de l'organisation interviendra au plus tard fin juin. (M.B.)