Bruxelles, 25/05/2011 (Agence Europe) - L'avenir du Sud-Soudan et celui du Nord, étroitement imbriqués, ont mobilisé toute l'attention du Conseil Affaires étrangères réuni en format Développement, mardi 24 mai à Bruxelles, à l'heure d'un regain de violence à Abyei au fur et à mesure qu'approche la proclamation d'indépendance historique du Sud-Soudan prévue le 9 juillet.
Forts des 200 millions d'euros additionnels débloqués la veille par le Conseil pour appuyer la création durable et pacifique du futur État indépendant confronté à d'immenses défis de développement et de stabilité (EUROPE n°10384), les ministres des 27 ont posé les premiers jalons de la stratégie globale que prépare l'UE depuis les résultats du référendum d'autodétermination et qui sera prête pour le Conseil Affaires étrangères de juin, a annoncé Catherine Ashton, la Haute représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. Comme l'avaient fait, lundi, leurs collègues aux Affaires étrangères, ils ont exprimé leurs vives préoccupations face aux violences à Abyei, ville frontière entre le Nord et du Sud, dont le futur statut reste à régler, et condamné l'utilisation d'armes lourdes contre les populations civiles. Des préoccupations ont également été exprimées pour la situation au Sud Kordofan ainsi qu'au Darfour.
Le rapport qu'a fait Andris Piebalgs, commissaire européen au Développement, de sa visite à Khartoum et à Djuba le 13 mai a permis aux 27 de dégager des orientations pour la programmation conjointe (Commission et États membres) de l'aide au Sud-Soudan dans six domaines prioritaires. Il reviendra au gouvernement du Sud-Soudan d'identifier les actions spécifiques à financer dans le cadre de son plan de développement 2011-2013 attendu par la communauté des donateurs internationaux dans le courant de l'année.
« Six semaines nous séparent de l'indépendance du Sud-Soudan. J'ai l'intention de participer à la cérémonie de proclamation d'indépendance. Nous sommes déterminés à aider le Nord et le Sud. Nous travaillons dur aussi sur une stratégie globale », a déclaré Mme Ashton à la presse. Le bureau de l'UE à Djuba sera étoffé pour se transformer en délégation permanente, a-t-elle annoncé. Et d'ajouter: « Le Conseil condamne fermement la récente violence à Abyei qui a vu les forces soudanaises occuper la ville et contraindre les civils à fuir. L'utilisation de la force contre des civils est totalement inacceptable. Il est crucial que les hostilités cessent et que les forces du Nord se retirent d'Abyei pour empêcher un grave retour en arrière pour l'accord de paix global. Nous appelons toutes les parties à résoudre toutes les questions en suspens, avec les efforts de Tabo Mbeki ». La reconnaissance du futur Sud-Soudan sera de la compétence des États membres, à précisé la Haute représentante, refusant tout parallèle avec le Kosovo
Le commissaire Piebalgs a souligné qu' « avec quelque 300 millions d'euros mobilisés pour le Sud Soudan (85 millions lui avaient été réservés précédemment sur 150 millions d'euros destinés aux populations vulnérables du Soudan), « nous sommes près pour l'après-indépendance ». Selon lui, « c'est un paquet d'aide important et essentiel pour soutenir la santé, l'éducation, la gestion de l'eau, la sécurité alimentaire, les capacités administratives et la bonne gouvernance, le développement rural et le développement urbain ».
Le travail est en cours localement à Djuba/ Khartoum avec tous les États membres et tous les instruments de l'UE, notamment pour établir la division du travail, « mais nous avons besoin d'une stratégie de réduction de la pauvreté de ce pays. Quand elle sera prête, nous pourrons mettre au point notre action », a précisé le commissaire. Selon lui, la sécurité est un défi majeur mais « ne doit pas empêcher la programmation de l'aide pour l'acheminer quand la sécurité le permettra là ou c'est possible ». Il a aussi insisté sur la nécessaire assistance humanitaire. « Le pays est désespéré. Il a besoin de toute l'aide », a-t-il dit. L'adhésion du Sud-Soudan à l'accord de Cotonou liant l'UE à 78 États d'Afrique, de la Caraïbe et du Pacifique (ACP) lui permettrait d'avoir accès aux ressources du 10ème Fonds européen de développement (10ème FED, 2008-2013). Le futur État devrait déposer une demande d'adhésion au lendemain de son indépendance, mais cette adhésion devra bénéficier d'un accord des 78 pays ACP et de l'UE. Pour ce faire, le Conseil ACP/UE du 31 mai prochain donnera mandat au comité des ambassadeurs ACP. L'UE se saisira de la question lors du Conseil Affaires étrangères de juin. (A.N.)