Bruxelles, 25/05/2011 (Agence Europe) - Avec 53,8 milliards d'euros déboursés en aide publique au développement (0,43% du RNB) l'an dernier, en pleine crise économique et financière, l'UE n'a pas à rougir de ses performances en ce qu'elle demeure le premier donateur mondial, mais elle n'a pas atteint l'objectif intermédiaire qu'elle s'était fixé pour 2010 (0,56% collectivement, et 0,17% pour les nouveaux États membres), aussi convient-il qu'elle dope son aide - ce à quoi elle s'engage - et que les autres donateurs s'alignent sur le niveau d'ambition de l'UE. En s'exprimant en ces termes sur le premier rapport annuel de la Commission européenne sur la transparence du financement pour le développement adopté le 6 avril (EUROPE n°10353), le Conseil Affaires étrangères, réuni en format Développement, a, dans des conclusions unanimes, adressé ses recommandations au Conseil européen de juin.
C'est d'ailleurs les chefs d'État et de gouvernement qui, en juin dernier, avaient demandé cet exercice 'd'examen par les pairs', pour mettre la pression sur les États membres et aider ainsi l'UE à tenir les engagements qu'elle a souscrits de porter collectivement son aide publique au développement à 0,7% du RNB à l'horizon 2015 (0,33% pour les nouveaux États membres). Les conclusions unanimes du Conseil ont été adoptées lundi 23 mai, sans débat, et le sujet a été débattu mardi 24 mai par les ministres chargés du développement, sous la présidence de Catherine Ashton, la Haute représentante pour les Affaires étrangères de l'UE.
S'exprimant devant la presse à l'issue de la session, Mme Ashton a déclaré: « Pour la première fois, nous avons débattu, au Conseil Affaires étrangères en format développement, du rapport sur l'aide publique au développement. Bien qu'il appartienne aux pays en développement de faire le meilleur usage de leurs ressources, nous sommes déterminés à soutenir leurs efforts de développement. 53,8 milliards d'euros, c'est 57% de l'aide totale de tous les donateurs du CAD de l'OCDE. Nous sommes de loin le principal bailleur de fonds au monde. Cependant nous n'avons pas atteint l'objectif fixé pour 2010. Les ministres sont parvenus à un consensus sur la nécessité d'efforts supplémentaires substantiels et ont reconfirmé l'engagement de l'UE d'augmenter son aide pour la porter à 0,7% du RNB de l'UE».
Andris Piebalgs, commissaire au Développement, a ajouté: « Il est essentiel que l'UE garde le cap des objectifs du millénaire pour le développement. Il faudra vraiment redoubler d'efforts ». Pour parvenir à 0,7%, « il faudra mobiliser 50 milliards d'euros de plus dans les quatre ans qu'il reste», a-t-il averti. Mais il a jugé le débat « très encourageant car même les pays qui font face à d'énormes défis et ont d'énormes difficultés comme la Grèce » ont renouvelé leur engagement. Selon lui, « il est très important que le Conseil européen confirme cet engagement car ça maintiendra l'accent et la crédibilité de la politique d'aide au développement ».
Dans ses conclusions, le Conseil souligne que 53,8 milliards d'euros en 2010, c'est 4,5 milliards de plus que l'année précédente dépensés en faveur des pays en développement, mais que le déficit d'aide par rapport à l'objectif de 0,56% du RNB (quelque 14,5 milliards d'euros) cette année-là s'accompagne d'un échec à l'égard de ce qui avait été promis aux pays d'Afrique et des pays les moins avancés (en 2005, l'UE s'était engagée à allouer à l'Afrique au moins 50% de son supplément d'aide d'ici à 2015). Partant, « sans efforts additionnels, le risque existe que les engagements d'aide publique au développement ne soient pas remplis », souligne le Conseil. Pour remplir ces engagements, les États membres devront collectivement mobiliser quelque 50 milliards de plus d'ici à 2015, précise le Conseil en se fondant sur les estimations de la Commission.
L'UE réaffirme une fois de plus ses engagements pour 2015, et les États membres sont invités à prendre des mesures « réalistes et vérifiables » pour tenir leurs promesses en toute transparence: il serait bien qu'ils procèdent à un échange d'informations sur ces mesures et sur leurs dépenses d'aide publique au développement qu'ils planifient pour l'année budgétaire suivante, ainsi que sur leurs intentions pour la période courant jusqu'à 2015, souligne le Conseil. Et ce, « même si ces questions relèvent de la compétence des États membres ». Quant aux autres donateurs internationaux - y compris les nouveaux donateurs et les pays émergents -, le Conseil les invite à accroître leur niveau d'ambition pour emboîter le pas à l'UE. (A.N.)