Bruxelles, 25/05/2011 (Agence Europe) - La commissaire en charge de la stratégie numérique Neelie Kroes a plaidé mercredi pour une régulation de l'Internet, comme le président français Nicolas Sarkozy l'avait fait la veille, mardi 24 mai, à l'ouverture du premier « e-G8 » (G8 de l'Internet) à Paris, en prélude au G8 des 26 et 27 mai qui se tient à Deauville. « Cet e-G8 permet de prendre le numérique au sérieux, c'est déjà un pas en avant qui a été accompli. Mais il faut que cela débouche sur des mesures concrètes qui doivent être appliquées dans les États membres », a indiqué la commissaire. Évoquant quelques pistes de la stratégie européenne en matière de régulation, notamment l'accès pour tous les habitants des 27 États membres à une connexion haut débit (100 Mbit par seconde) d'ici 2013, elle a assuré qu'à défaut de concertation et de bonne volonté, l'Union européenne imposera des mesures en matière de régulation du marché unique.
Pour ce qui concerne la régulation d'Internet, « dans certains cas, il faut absolument des règles du jeu, notamment en ce qui concerne les problèmes mondiaux », comme ceux qui découlent de l'usage d'Internet, a expliqué Mme Kroes. « Il ne suffit pas de faire nos petites règles à l'échelle européenne », même si l'Europe « a un marché unique numérisé et a son mot à dire » sur la question de la régulation de l'Internet. Il faut réguler les pratiques de manière efficace, rassurer ceux qui sont impliqués, avec la consultation de tous les acteurs concernés, y compris les banques et la société civile, a assuré la commissaire.
Dans son discours d'ouverture, le président Sarkozy a, pour sa part, souligné les raisons qui justifient une intervention européenne: la lutte contre l'utilisation d'Internet par des organisations terroristes, le respect des droits d'auteur, la prévention du retour des monopoles en ligne et la protection des enfants.
Dans un communiqué, la députée verte française Malika Benarab-Attou, coordinatrice de son groupe pour la commission culture et éducation du Parlement européen, a relayé les inquiétudes d'ONG et d'organisations de défense d'un Internet libre comme la Quadrature du Net en regrettant que l'e-G8 n'ait pas donné la parole aux internautes, grands absents du forum, pour ne relayer qu'une vision purement économique. « Ce supposé 'Forum' ne rassemble principalement que des multinationales de l'informatique. Un e-G8 sans la société civile est pourtant un non-sens », a-t-elle déploré. Les citoyens et les jeunes notamment doivent avoir un accès à un Internet ouvert et universel et il faut combattre, par tous les moyens disponibles, les tentatives de faire de l'Internet un outil de répression et de contrôle, a-t-elle encore déclaré. Le BEUC, l'association européenne des consommateurs, a également dénoncé « l'absence totale de représentants des consommateurs et une participation qui est limitée à l'industrie, aux détenteurs de droits d'auteur et aux entreprises » qui « soulèvent de sérieuses inquiétudes sur ce forum ». L'ETNO, l'association européenne des opérateurs historiques, s'est pour sa part montrée satisfaite du forum, « qui confirme le rôle clé d'Internet dans la vie de tous les jours et dans les affaires et le besoin de donner une réponse globale aux défis auxquels l'industrie active tout au long de la chaîne numérique doit faire face ».
Pendant les deux jours (24 et 25 mai), la quasi-totalité des grands noms de l'Internet comme Facebook, Google, Ebay ou encore Microsoft, ont défendu à l'e-G8 leur vision de la Toile et du modèle économique à mettre en place pour assurer son développement et sa pérennité. Le secteur de l'Internet pèse 3,4% du PIB dans 13 pays (ceux du G8 plus le Brésil, la Chine, l'Inde, la Corée du Sud et la Suède) et a contribué à 10% de leur croissance au cours des cinq dernières années, selon une étude du cabinet de conseil McKinsey dévoilée lors du e-G8. Ce premier forum du G8 sur Internet a évoqué l'Internet et la croissance économique, l'Internet et la société, le futur d'Internet et la propriété intellectuelle. Il a été suivi par des ateliers thématiques. (I.L.)