Bruxelles, 18/05/2011 (Agence Europe) - Un haut fonctionnaire marocain est pressenti pour occuper le poste de secrétaire général de l'UpM (Union pour la Méditerranée), poste vacant depuis plus de deux mois. Il s'agit de Youssef Amrani, actuel secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et spécialiste des relations avec l'UE. Cette nomination devrait être formalisée dès le 25 mai par les hauts fonctionnaires du processus EuroMed, les pays arabes ayant donné leur feu vert unanime (ou par défaut, diront d'autres car le Maroc est un des trois pays aptes à traiter avec Israël). Ce choix était déjà cité depuis le départ du Jordanien Ahmed Massa'da, lequel avait échoué dans sa mission de structuration de l'instance conjointe, basée à Barcelone, et n'était pas parvenu à mobiliser assez de moyens pour son fonctionnement. Le contexte n'a pas facilité sa mission, entre les soubresauts du processus de paix et le flou global du projet d'UpM. Le contexte formé par l'élargissement du « Printemps arabe » (et accessoirement, la « démobilisation » égyptienne, Le Caire étant chef de file du groupe arabe) suscite des incertitudes supplémentaires qui ont ajouté au peu d'empressement d'un quelconque candidat d'un autre pays pour disputer à M. Amrani le poste de secrétaire général. Celui-ci aura à subir la même ambiance et devra faire face au scepticisme dominant.
Les pays partenaires engagés dans ce projet lancé en 2008 par le président Sarkozy ressentent fortement le besoin d'en redéfinir les contours et de décider de la nature et de la mission de l'UpM. Dans des propos rapportés par les médias français, Alain Juppé, chef de la diplomatie française et co-président de l'UpM, insiste sur la nécessité de relancer cette structure conjointe. Sa méthode sera de « se focaliser sur des progrès concrets », comme le Plan solaire méditerranéen et la création d'un Office méditerranéen de la jeunesse, « une sorte d'Erasmus des deux côtés de la mer ». « La seule manière de stabiliser les flux de populations autour de la Méditerranée, ce n'est pas de construire un mur le long de nos frontières - d'autres s'y sont essayés et ont échoué -, c'est de permettre à l'immense jeunesse du Sud de réaliser son rêve, c'est-à-dire de vivre au pays avec du travail et dans la liberté », a-t-il ajouté.
La perception de ce dialogue par la France, dont elle est l'initiatrice (sommet de juillet 2008 à Paris), semble avoir notablement évolué, même si le tournant a été amorcé assez discrètement par M. Juppé (face au conseiller spécial de l'Élysée, Henri Guaino partisan de la formule actuellement appliquée et qui a conduit à une relative impasse). La France a déjà annoncé qu'elle était prête à céder son mandat à la co-présidence de l'UpM.
Dans un discours presque passé inaperçu, le 30 mars dernier, devant la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale (Parlement français), M. Juppé avait clarifié un point important sur la construction institutionnelle du dialogue, intergouvernementale - comme le voulaient M. Guaino et Londres, entre autres ; ou en liaison directe avec les institutions européennes, sur base des dispositions du Traité de Lisbonne. « Nous devons faire progresser la réflexion sur la refondation du fonctionnement institutionnel, en répondant à deux exigences. La première est d'assurer l'implication de l'UE, elle-même, et de tous ses États membres dans le processus. Dans le nouveau contexte issu du Traité de Lisbonne, il conviendrait donc que le président du Conseil européen, la Haute représentante, le nouveau Service européen d'action extérieure et la Commission puissent coprésider, chacun à leur niveau, les réunions de l'UpM relevant de leurs compétences ». « L'UE doit jouer tout son rôle, y compris au plan politique », a-t-il affirmé dans son discours qui pourrait constituer la charte de la nouvelle approche française.
Il y souligne l'obligation, pour l'UE, de s'impliquer davantage dans le soutien aux révolutions démocratiques arabes, dans le processus de paix et dans la réduction des écarts de développement pour amoindrir le risque engendré par les flux migratoires incontrôlés. « Aujourd'hui, les bouleversements en cours sur la rive Sud montrent à quel point cette initiative (l'UpM) était prémonitoire. Ils montrent à quel point nous partageons une communauté de destin avec nos voisins méditerranéens. Si la démarche de partenariat qui sous-tend l'UpM prend tout son sens, c'est bien aujourd'hui, au moment où nous allons avoir pour interlocuteurs de nouveaux gouvernements responsables et incarnant une volonté de changement démocratique ». (F.B.)