Budapest, 18/05/2011 (Agence Europe) - Pour les eurodéputés européens et élus ACP réunis en Assemblée parlementaire paritaire (APP), nul doute que les soulèvements démocratiques dans les pays d'Afrique du Nord et au Moyen-Orient méritent l'admiration et tout le soutien de l'UE et des pays ACP en ce qu'ils traduisent « le mécontentement général de la population vis-à-vis de régimes en place et son aspiration à l'alliance entre croissance économique, respect des valeurs démocratiques et bien-être social ». Dans une résolution adoptée mercredi 18 mai à Budapest sur les conséquences de ces mouvements pour les pays ACP, pour l'Europe et pour le monde, l'APP « applaudit le courage et la détermination des peuples » - et celui des jeunes et des femmes en particulier- , mais critique la complaisance dont les régimes autoritaires ont bénéficié tant de la part de certains pays de l'UE que de certains pays africains, avant les soulèvements populaires. Les parlementaires dénoncent aussi la politique du deux poids, deux mesures dans le traitement réservé aux dictateurs entrés en guerre civile contre leur propre peuple. Ainsi, ils regrettent « l'indignation sélective de la communauté internationale » quand il s'agit de la violence au Yémen, en Syrie et en particulier au Bahreïn, où des troupes de la coalition du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont venues d'Arabie saoudite pour réprimer les manifestations. Députés européens et ACP appellent ces autorités à la retenue et à garantir aux manifestants le respect de leurs droits et la sécurité et réclament une enquête indépendante sur les violences ainsi que la libération de tous les prisonniers politiques, défenseurs des droits de l'homme et journalistes.
Les parlementaires dénoncent « les relations amicales entretenues depuis des années par certains pays ACP et de l'UE avec des dictateurs, les ententes d'armement et les largesses accordées en faveur d'intérêts économiques stratégiques ». Partant, la résolution demande à l'UE d'évaluer et de réformer en profondeur « sa politique diplomatique » comme « la nature de ses relations politiques, commerciales et de coopération avec les pays d'Afrique du Nord du Moyen-Orient », d'accorder plus d'attention à la coopération avec les sociétés civiles et d'envisager une suspension temporaire du remboursement de la dette des pays concernés. L'APP demande aussi le gel des avoirs des dirigeants corrompus et leur restitution aux trésors des pays concernés. Elle exige le strict respect de la résolution 1973 (2011) du Conseil de sécurité de l'ONU et rappelle que l'intervention armée « ne peut en aucun cas s'arroger le droit de désigner qui peut gouverner et qui doit être exclu ». L'UA est instamment invitée à s'impliquer dans des solutions acceptables pour toutes les parties, et l'APP demande à l'ONU, l'UA et la Ligue arabe ainsi qu'à la coalition d'organiser une table ronde pour trouver une sortie de crise porteuse d'une paix durable et la démocratie en Libye.
Au cours du débat, les députés ont été nombreux à formuler l'espoir de voir la lutte pour la démocratie faire tâche d'huile, en particulier en Afrique. Olle Schmidt (ADLE, Suède) estime que l'Europe à beaucoup d'enseignements à tirer du 'Printemps arabe' car « elle s'est trop longtemps concentrée sur la stabilité plutôt que sur la démocratie » dans ces pays. Préoccupé par l'attitude de la France et l'Italie face aux 30 000 migrants de Libye et de Tunisie (contre 125 000 réfugiés de Côte d'Ivoire au Liberia ! a fait observer François Alfonsi, Verts/ALE, France), il a mis en garde contre « l'utilisation du faux prétexte de l'immigration de masse » pour fermer les frontières. Pour le représentant de la RDC, l'enseignement à tirer est que « tôt ou tard, une dictature finit par succomber » et qu'il faut donc, « partout dans le monde, promouvoir la démocratie qui est universelle ». Françoise Castex (S&D, France) a rappelé qu'un processus révolutionnaire est toujours long et chaotique, et son issue incertaine. « Le temps est un facteur clé », a-t-elle souligné en vilipendant « l'actuelle dictature de l'urgence et les conclusions hâtives » annonçant l'échec de la démocratie dans les pays arabes ou la nécessaire victoire du fondamentalisme. Selon elle, « ce qui se passe à l'extérieur de ces pays - au sein de l'UE, l'UA et de la Ligue arabe - est aussi déterminant, et l'erreur à éviter, c'est la peur et la fermeture des frontières ». « Quel que soit l'avenir de ces nations, elles méritent mieux que ce qu'elles ont », a lancé James Nicholson (ECR, Royaume-Uni). Il déplore que l'on soit « resté les bras croisés face à la situation au Zimbabwe ». M. Assarid, élu du Mali, a demandé que l'on exerce une « veille » sur la Tunisie et l'Égypte » car il a « l'intime conviction qu'on aura des démocraties gérées par les ultra-islamistes ». Il a plaidé aussi pour que « la communauté internationale profite » du 'Printemps arabe' pour « régler le conflit israélo-palestinien par la force et demande le respect des résolutions de l'ONU ». Louis Michel (ADLE, Belgique), coprésident de l'APP, qui a rendu hommage à « cet élan démocratique porté par la jeunesse et non par un quelconque fondamentalisme », a, quant à lui, confié à la presse: « Si nous voulons aider, la communauté internationale doit profiter du momentum pour essayer de régler le problème du Proche-Orient. Tant que ce conflit n'est pas réglé, ça va pourrir le climat entre l'Occident et l'Orient ». (A.N.)