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Bulletin Quotidien Europe N° 10381
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La participation à l'euro n'est pas imposée mais relève du libre choix

Répercussions futures possibles. Pas un mot dans cette rubrique à propos des mésaventures de Dominique Strauss-Kahn ? C'est normal ; seules nous intéressent, pour le moment, les répercussions éventuelles sur l'action de l'UE à l'égard des pays en difficulté de la zone euro. Selon certains observateurs, de telles répercussions ne sont pas exclues, parce que la participation massive du FMI au soutien des pays de l'euro faisait déjà l'objet de murmures plus ou moins explicites, si bien que les suites des affaires personnelles du directeur général pourraient influencer, sinon les engagements déjà pris, les évolutions ultérieures. En matière monétaire, la prudence s'impose. Quelques fuites récentes avaient laissé l'impression de servir les intérêts de tel ou tel groupe financier; par exemple, l'intention présumée attribuée à la Grèce de rétablir la monnaie nationale avait été lancée en fin de journée de manière à faciliter les spéculations, avant que les autorités concernées aient eu le temps de la démentir.

La formule « un événement, un commentaire » n'est pas celle de cette rubrique. Les informations de notre bulletin se suffisent à elles-mêmes, fournissant une précision et une ampleur de détails introuvables ailleurs, et rendant compte des différentes positions, en particulier au Parlement, qui reflète les convictions des différentes tendances politiques. Cette rubrique s'engage sur des questions de principe, par exemple pour contredire les professionnels du scepticisme qui diffusent l'image d'une Europe bloquée, alors qu'elle traverse une période de transformations radicales et audacieuses. Les pessimistes donnent parfois l'impression de considérer que lorsque l'une de leurs convictions personnelles n'est pas retenue, c'est un échec pour l'Europe. Au risque d'ennuyer le lecteur, je dirai une fois de plus qu'à mon avis les historiens du futur considéreront ces années comme une période très constructive de l'évolution européenne.

Chaque peuple est maître de ses choix. Mon interprétation positive de la réalité européenne ne signifie pas un appui total à ce qui est décidé ou envisagé à propos de l'euro et de la gouvernance économique. Je ne suis pas d'accord que la participation à l'euro soit souvent présentée comme un lien imposé, quelle que soit la disponibilité des peuples concernés à en respecter les disciplines. Il faudrait démolir l'impression d'une chaîne ; qui ne veut pas participer peut sortir, ou ne pas adhérer à la zone euro ; mais si on adhère, on respecte les dispositions. Le Royaume-Uni et le Danemark ont demandé et obtenu une dérogation ; la Suède trouve chaque année des échappatoires et entrera le jour où son peuple sera convaincu ; les pays en attente doivent prouver qu'ils remplissent les conditions nécessaires. La Grèce avait adhéré sans respecter totalement ces conditions (grâce à l'assistance technique d'une banque américaine maîtresse en opérations de ce genre) ; ayant été acceptée, elle a obtenu et obtiendra encore le soutien des autres pays de la zone. Mais les dérogations ne peuvent pas être permanentes si on ne veut pas que l'édifice s'écroule.

C'est ici que se situe la faculté de choix: si un peuple rejette les disciplines de l' euro, c'est son droit. Ce n'est pas un châtiment, car il n'y pas de crime ; la zone euro est comme un club ; qui veut participer en accepte les règles. Dans le passé, pendant de longues années, chaque pays communautaire avait sa monnaie nationale, et l'instabilité monétaire imposait le système des dévaluations et réévaluations périodiques ; dans le monde, un nombre considérable de pays en fait de même. Il n'y a aucun jugement moral à porter sur cette attitude ; mais elle est incompatible avec la participation à une monnaie commune, dont les disciplines doivent être nécessairement respectées par tous les participants. Partout ailleurs, une monnaie unique implique des politiques économiques et sociales uniformes ; la zone euro est le seul cas d'une monnaie commune à plusieurs pays où ces politiques demeurent nationales. L'UE comporte toutefois plusieurs instruments de soutien pour les États membres moins solides, notamment la politique de cohésion, sans parler des mécanismes spécifiques de soutien monétaire mis au point ce printemps, après tellement de négociations.

L'image des disciplines de l'euro présentées comme imposées est, à mon avis, fausse et injuste ; c'est un libre choix et les conditions sont connues à l'avance ; si un peuple estime qu'elles ne correspondent pas à sa mentalité et à ses aspirations, son choix est libre ; rien n'est imposé. Que chacun prenne ses responsabilités. Cette rubrique reviendra demain sur le cas spécifique de la Grèce, avec des remarques de personnalités telles que Jacques Delors et d'autres.

(F.R.)

 

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