Bruxelles, 12/05/2011 (Agence Europe) - Le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn a mis en garde contre les coûts d'une éventuelle restructuration de la dette grecque, mercredi 11 mai lors d'un débat au Parlement européen sur la crise de la dette souveraine qui secoue l'Eurozone depuis un an (EUROPE n°10376). Ceux qui proposent la restructuration de la dette souveraine grecque ne se rendent pas compte des conséquences dévastatrices que cela aurait pour la Grèce et pour la stabilité économique, a-t-il déclaré. Les banques grecques, qui ont prêté 48 milliards d'euros à l'État, seraient durement frappées: une décote de 50% de la valeur des titres de dette, telle que la souhaitent certains, entraînera l'insolvabilité d'une grande partie du système bancaire grec. Je ne suis pas pour défendre les banques, a souligné le Commissaire, mais j'attire l'attention sur ce qui se passerait: gel des dépôts des particuliers, contraction sans précédent de l'économie - en Argentine, a-t-il rappelé, le PIB a chuté suite à une restructuration de sa dette - et limitation à long terme de l'accès au marché. Ce qu'il faut rechercher, c'est la stabilisation, la réduction des dépenses et le remboursement de l'intérêt de la dette. La Grèce pourrait à ce titre suivre l'exemple de la Belgique dans les années 1980 qui montre que de tels efforts peuvent produire des résultats.
Le secrétaire d'État hongrois à l'Économie András Kármán a reconnu les responsabilités d'un certain laxisme budgétaire et d'une compétitivité insuffisante. Il a espéré que les discussions au Conseil ÉCOFIN de juin permettront de constater une avancée dans les politiques économiques des pays membres.
Les élus ont reconnu les difficultés dans la recherche d'une solution à la crise financière mais, aussi, au moins la plupart d'entre eux, la nécessité d'aider les pays en difficulté. Au nom du PPE, la Néerlandaise Corien Wortmann-Kool a espéré qu'un paquet ambitieux sur la gouvernance de réformes sera adopté en juin, la Grecque Anni Podimata, pour le groupe S&D, a demandé que l'on reconnaisse les efforts de son pays en matière de réduction du déficit. Et le Finlandais Carl Haglund, du groupe ADLE, a invité les pays de l'UE à aider le Portugal sans hésitation. En revanche, la Portugaise Ilda Figueiredo (GUE/NGL) a vu dans les mesures demandées par la 'troïka' (Commission européenne, BCE et FMI) un véritable acte de « colonisation » vis-à-vis de son pays… L'attitude de la Britannique Vicky Ford (CRE) est teintée de scepticisme: certains pays ont sauvé leurs banques aux frais de leurs contribuables, et on peut comprendre ces derniers s'ils ne veulent pas venir en aide à d'autres banques. Pour le groupe Verts/ALE, l'Allemand Sven Giegold a dénoncé les retards dans la restructuration de la dette. D'après lui, il faut faire plus et plus vite. C'est également l'avis de son homologue belge Philippe Lamberts: plus le temps passe et plus la restructuration sera douloureuse et coûteuse, y compris pour les contribuables. La solution de la crise passe par une responsabilité collective, mais elle ne doit pas se faire aux dépens des plus faibles, a-t-il ajouté. Comment les pays peuvent-ils s'endetter à ce point ?, s'est indigné le Britannique Godfrey Bloom (EFD): c'est bien la faute de la « stupidité » de leurs dirigeants, qui dépensent sans compter. La méthode utilisée pour sauver la Grèce n'a pas été la bonne, s'est exclamée à son tour la Française Marine Le Pen (NI), pour qui Athènes aurait besoin d'une monnaie faible et d'une sortie concertée et pragmatique de la zone euro. Une affirmation aussitôt contestée par le socialiste luxembourgeois Robert Goebbels: tout pays qui sortirait de l'Eurozone connaîtrait une dévaluation dramatique de sa monnaie. Le pouvoir d'achat de l'euro, a-t-il rappelé, est de 40% supérieur à celui du dollar US. C'est bien d'une crise politique qu'il s'agit, a affirmé son compatriote Charles Goerens (ADLE). Selon lui, les propos des populistes trouvent leur origine dans ceux de certains des « plus hauts responsables politiques », qui doivent comprendre que leur rôle est d'apaiser les tensions et non pas de « souffler sur la braise ». Enfin, le Néerlandais Barry Madlener (NI) s'est indigné contre la réunion des ministres des Finances des principaux pays de la zone euro qui s'est tenue vendredi dernier à Luxembourg sans la participation de son pays. (L.G.)