La PAC doit jouer son rôle pour la biodiversité. En plus des dossiers évoqués hier et avant-hier dans cette rubrique, la révision de la PAC implique d'autres aspects fondamentaux ; et c'est parfois aux agriculteurs qu'est demandé un effort. L'exemple le plus instructif figure dans le document approuvé par la Commission européenne la semaine dernière, préconisant une stratégie européenne pour la sauvegarde de la biodiversité. La nécessité d'agir dans ce domaine n'est pas contestée, tellement est évidente et dramatique la diminution galopante des richesses naturelles de l'Europe. Rappelons l'alerte du commissaire à l'Environnement Janez Potocnik: un quart des espèces animales et végétales de l'UE est menacé d'extinction, le rythme de disparition est mille fois plus rapide que le rythme naturel (voir notre bulletin n° 10370).
L'objectif du programme proposé est de bloquer en dix ans l'érosion du vivant et la dégradation des écosystèmes, en restaurant 15% au moins des écosystèmes déjà abîmés. La nouvelle stratégie préconisée impose des disciplines aux agriculteurs, et encore plus aux pêcheurs, car l'échec de la stratégie actuelle est provoqué par le fait qu'elle n'inclut pas les politiques sectorielles: agriculture, forêts, pêche. Isolée, la défense de la biodiversité ne fait pas le poids face aux politiques communes. La PAC doit devenir plus verte, incluant des primes aux exploitations agricoles qui agissent dans le bon sens. Il paraît que l'approbation de ce projet par la Commission n'a pas été facile. Le premier projet du document indiquait des objectifs chiffrés, comme celui de porter à 60% le pourcentage des terres cultivées respectant la biodiversité ; certains commissaires estimaient suffisant le pourcentage de 40%. En définitive, ces chiffres ont disparu. Mais l'essentiel subsiste, et le projet a suscité des réserves ; les agriculteurs ne refusent pas de contribuer à l'effort, mais ils ne veulent pas que tout le poids soit sur leurs épaules. C'est un volet à négocier.
Rappels schématiques. Sans prétendre passer en revue tous les aspects des négociations, voici un rappel schématique de quelques éléments en discussion et de quelques données sur la situation actuelle, tenant compte du principe de base selon lequel le débat sur l'avenir de la PAC implique (je me répète) le sort de l'Europe et de son territoire, la lutte contre la faim dans le monde et l'évolution de la nature partout.
1. Considération générale d'un négociateur: « Seule une agriculture durable respectueuse de l'environnement justifie une préférence communautaire acceptable par nos partenaires internationaux.»
2. Premier importateur, premier exportateur. L'UE a été l'année dernière en tête non seulement pour l'importation, mais aussi pour l'exportation de produits alimentaires. L'excédent a été de 6 milliards d'euros (91 milliards d'euros d'exportations, plus de 84 milliards d'importations), alors qu'en 2009 le passif avait été de 2,5 milliards. La hausse des prix a joué un rôle, mais l'expansion du volume aussi. L'UE est depuis longtemps le premier importateur mondial ; les chiffres démolissent l'accusation de protectionnisme.
3. Les biocarburants peuvent être justifiés si… L'objectif prioritaire de l'activité agricole est et doit rester la production alimentaire, mais celle de biocarburants peut être admise si les conditions suivantes sont réunies: utilisation de territoires non cultivés (il en existe même en Europe) ; réduction de l'usage de gaz à effet de serre ; source d'emplois là où le chômage est important ; choix durable pour la partie du territoire retenue ; absence de répercussions sur l'agriculture de pays tiers. Il faut considérer que les oléagineux, les betteraves et les céréales cultivés dans ce but ne sont pas entièrement transformés en énergie: le volume principal reste à usage agricole pour l'alimentation des animaux, en réduisant ainsi à bas prix la dépendance européenne et en contribuant à la lutte contre la destruction des forêts tropicales.
4. Priorité à la qualité. Un exemple: plusieurs États membres s'opposent au projet de libéraliser totalement le droit de plantation de vignes, car le résultat serait une surproduction nuisible à la qualité des vins et des raisins. C'est la qualité qui doit primer.
5. Ce qu'il faut faire au niveau mondial. La guerre contre l'instabilité des cours mondiaux des produits agricoles de base est une exigence absolue qui doit être poursuivie avec acharnement, car cette instabilité artificielle est le fruit de la plus ignoble des spéculations au détriment de ceux qui ont faim. Les pays de l'UE doivent être à l'avant-garde de cette bataille dans le cadre du G20, afin d'introduire au niveau mondial des mécanismes tels que: transparence des stocks des denrées alimentaires de base, système de surveillance des prix et création de réserves d'urgence. Il est connu qu'on y travaille.
Il reste à espérer que la négociation sur la PAC nouvelle tiendra compte de ces aspects.
(F.R.)