Bruxelles, 20/04/2011 (Agence Europe) - La Commission européenne a tenu mercredi 20 avril un débat d'orientation sur les questions migratoires, cela dans la perspective de la communication relative à la gestion des flux migratoires qu'elle présentera le 4 mai prochain (et non le 24 mai comme indiqué par erreur mardi 19 avril), en amont du Conseil des ministres de l'Intérieur du 12 mai et du Sommet européen de juin, et qui détaillera une série de mesures en matière de politiques d'immigration et de frontières dans l'UE.
Une communication qui devrait notamment porter sur le renforcement des moyens dont dispose l'UE, notamment via les patrouilles de l'agence Frontex, pour mieux gérer ses frontières et prévenir les flux migratoires, sur les compétences respectives des États membres et de la Commission dans ce domaine mais encore sur la gouvernance de l'espace de libre circulation Schengen. Une problématique « qui fait aussi partie du débat », a indiqué mercredi Pia Ahrenkilde Hansen, porte-parole du président Barroso.
Mercredi, les commissaires ont aussi évoqué la question de l'intégration des migrants dans l'UE (la Commission a déjà prévu dans son programme de travail 2011 de lancer la « deuxième phase » du programme commun pour l'intégration, qui vise à améliorer les outils actuels de coordination des politiques d'intégration et à élaborer de nouveaux instruments) ainsi que celle de l'immigration légale, cela alors que plusieurs pays membres ont affiché là aussi ces derniers jours, notamment la France et le Royaume-Uni, leur intention de réduire le nombre de travailleurs étrangers accueillis chaque année sur leur territoire. Lundi 18 avril, la commissaire aux Affaires intérieures, Cécilia Malmström, avait elle indiqué lors d'un point presse que l'UE avait toujours besoin de « main-d'œuvre » étrangère et mercredi matin, les commissaires ont notamment discuté de ces besoins de main-d'œuvre au regard du vieillissement de la population européenne.
Cette communication du 4 mai devrait d'abord répondre à la situation actuelle et aux arrivées importantes de migrants en Italie et à Malte, mais ce débat d'orientation était néanmoins prévu de longue date à la Commission puisque celle-ci avait déjà fixé dans son programme de travail toute une série d'initiatives en matière de lutte contre l'immigration illégale. Un programme à l'intérieur duquel elle avait notamment déjà prévu une modification du Code frontières Schengen, ainsi qu'une action baptisée « Initiatives sur les frontières intelligentes », comprenant un « système d'entrée/sortie » permettant « d'identifier et d'interpeller des immigrés en situation irrégulière (particulièrement les personnes ayant dépassé la durée de séjour autorisée), et de décourager l'immigration clandestine », peut-on lire dans ce programme. Pour 2011, la Commission table aussi sur un « programme d'enregistrement des voyageurs » qui « facilitera le passage des frontières extérieures de l'UE pour les voyageurs fréquents de pays tiers, ayant fait l'objet d'un contrôle et d'une enquête de sécurité préalables ».
Toutes ces initiatives prennent quoi qu'il en soit un accent particulier aujourd'hui, alors que l'Italie et avec elle Malte sont confrontées à des arrivées importantes de migrants, économiques ou réfugiés, sur leurs côtes. L'Italie, où étaient d'ailleurs arrivés mercredi près de 760 migrants venus de Libye, multiplie en effet depuis plus de deux mois les appels à la solidarité des États membres, souhaitant partager avec eux la « charge » des 25 000 migrants tunisiens arrivés à Lampedusa depuis le mois de janvier et dont certains ont pu commencer, grâce à des titres délivrés par Rome, à se déplacer dans l'espace Schengen. Des appels qui n'ont pas reçu d'échos favorables jusqu'ici, l'Italie ayant cependant obtenu une mission de l'agence Frontex, la mission Hermès. Malte, en revanche, qui a accueilli davantage de réfugiés sur son sol a obtenu le 11 avril dernier à Luxembourg une extension d'un projet-pilote permettant à d'autres États membres, sur base volontaire, de prendre en charge sur leur territoire une partie de ces réfugiés.
Mardi 19 avril, ces deux pays et avec eux trois autres pays du bassin méditerranéen, l'Espagne, Chypre et la Grèce, ont par ailleurs renouvelé depuis Nicosie cet appel à la solidarité, appelant l'UE à se mobiliser davantage pour les aider à faire face aux importants flux migratoires et à leur « offrir concrètement un soutien opérationnel et financier », relate l'AFP. Les cinq pays ont également demandé « un système européen commun et coordonné pour gérer l'immigration et l'asile d'ici 2012 », dont un renforcement des mesures de rapatriement, travail que la Commission doit également soumettre aux chefs d'État et de gouvernement en juin prochain, ainsi qu'une révision des règles de Dublin II qui déterminent l'État européen chargé de traiter une demande d'asile. Ce volet « asile » ne devrait cependant pas faire partie des propositions du 4 mai, indique Michele Cercone, porte-parole de Mme Malmström, la communication portant essentiellement sur le volet « immigration ». Sur l'asile, la Commission a déjà mis un « Paquet » sur la table du Conseil et doit logiquement avancer avant la présidence polonaise de l'UE des amendements aux textes de ce
« Paquet » actuellement bloqué au niveau des États membres, comme par exemple la directive sur l'octroi et le retrait de la protection internationale. (S.P.)