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Bulletin Quotidien Europe N° 10355
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/Écofin

Une aide financière au Portugal d'ici mi-mai

Gödöllö, 08/04/2011 (Agence Europe) - Les ministres des Finances de l'UE ont pris acte, vendredi 8 avril, de la demande d'aide financière internationale que le Portugal a formulée officiellement la veille au soir (EUROPE n°10354). Ils ont donné mandat à la Commission européenne de négocier avec les autorités portugaises, en coopération avec la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, un programme d'ajustement économique qui sera la contrepartie du soutien financier. Doté d'une enveloppe proche de 80 milliards d'euros, ce programme « ambitieux » aura pour point de départ le quatrième train de mesures structurelles dont le rejet par le parlement portugais avait précipité la démission du gouvernement minoritaire. Plus d'efforts seront néanmoins requis. Négocié avant les élections législatives du 5 juin, le programme devra être soutenu par toute la classe politique portugaise. Objectif: boucler le dossier lors du Conseil ÉCOFIN de mi-mai afin que le Portugal puisse honorer, mi-juin, ses échéances financières.

« Les ministres ont accueilli favorablement la demande du Portugal que nous avons reçue hier », a déclaré Jean-Claude Juncker. D'après le président de l'Eurogroupe, le programme d'austérité portugais reposera sur trois piliers: une consolidation budgétaire, des réformes structurelles visant à stimuler la croissance et la compétitivité économiques (flexibilisation du marché du travail, stimulation de l'innovation…) tout en garantissant la situation socio-économique des citoyens, et des mesures visant à garantir la liquidité et la solvabilité du secteur financier portugais. Selon le ministre finlandais des Finances Jyrki Katainen, le programme portugais devra être plus strict que le dernier paquet de mesures présenté par le gouvernement socialiste de José Sócrates lors du sommet de l'Eurozone (EUROPE n°10334).

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn a assuré que les préparatifs du programme allaient débuter « immédiatement ». « Les livres de comptes nous seront ouverts et nous saurons précisément quels seront les besoins financiers et les mesures nécessaires », a-t-il ajouté, une mission de représentants de la Commission, de la BCE et du FMI étant attendue à Lisbonne dès la semaine prochaine. Il a précisé que le programme serait « triennal » et pourrait être doté d'une enveloppe de « 80 milliards d'euros ». À son arrivée à Gödöllö, le ministre belge des Finances Didier Reynders a qualifié d'« ordre de grandeur raisonnable » une dotation de 80-85 milliards d'euros.

Le temps presse: Lisbonne doit faire face à des échéances financières importantes d'ici mi-juin alors que les marchés de la dette souveraine lui sont pratiquement fermés. M. Rehn a estimé que le Portugal serait en mesure d'assurer seul ses besoins financiers pour avril et mai, le mois de juin s'avérant plus hasardeux (« challenging »). Les négociations sur l'aide financière et sa contrepartie auront donc lieu avec le gouvernement en affaires courantes et l'opposition menée par le Parti social-démocrate (PSD) donné gagnant dans les sondages. « Nous avons besoin de l'engagement de l'ensemble du pays, pas seulement du gouvernement, celui-ci étant en affaires courantes », a déclaré le ministre portugais des Finances Fernando Teixeira dos Santos. La veille, le chef du PSD Pedro Passos Coelho s'est dit prêt à faciliter les négociations. Dans leur déclaration, les ministres européens des Finances appellent « tous les partis politiques au Portugal à conclure rapidement un accord sur le programme et à former un nouveau gouvernement après les prochaines élections qui ait la capacité d'adopter et de mettre en œuvre les mesures de consolidation budgétaire et de réformes structurelles ». M. Juncker a rappelé que les principaux partis politiques portugais s'étaient engagés à respecter les objectifs nationaux de réduction des déficits publics (4,6% en 2011, 3% en 2012, 2% en 2013).

Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a réfuté l'idée selon laquelle la Banque de Francfort aurait fait pression sur les banques portugaises afin de geler leur exposition à la dette publique portugaise: « L'Eurosystème a ses règles. Il n'a pas forcé les banques ni le gouvernement portugais à faire quoi que ce soit ». Confrontées à une dégradation de leur notation financière, les principales banques portugaises ont récemment tiré la sonnette d'alarme en refusant de continuer à acquérir des bons du trésor nationaux. Une situation qui a compliqué encore davantage le refinancement de la dette portugaise.

Contagion. Faut-il craindre une contagion de la crise dans la zone euro, notamment en Espagne, avec la mise sous tutelle d'un troisième pays de l'Eurozone ? La ministre espagnole des Finances Elena Salgado a certifié qu'un sauvetage de son pays était « totalement hors de question ». Selon elle, Madrid a obtenu de bons résultats en matière de réduction des déficits, l'économie nationale est « plus diversifiée » et d'importantes réformes structurelles sont appliquées. « Nos banques ne détiennent pas plus de six milliards de dette publique portugaise et il n'y a pas de raison que leurs investissements au Portugal soient touchés par la demande d'aide », a-t-elle ajouté. Le directeur du fonds de sauvetage européen (EFSF) Klaus Regling a considéré que les marchés financiers avaient réagi « très positivement » à la demande d'aide portugaise. Les coûts de refinancement de la dette espagnole n'ont pas été affectés et ils ont même diminué de 2% depuis le début de l'année, a-t-il constaté. Une fois le programme d'aide au Portugal approuvé, l'EFSF sera prête à délivrer une première tranche d'aide dans les dix jours. (M.B.)

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