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Bulletin Quotidien Europe N° 10350
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques remarques en marge de l'activité de l'UE en matière commerciale

En attendant de consacrer un commentaire spécifique au cas particulier de la Chine, j'ajoute quelques remarques à la rubrique d'hier, consacrée à la politique commerciale de l'UE.

Sauver le Doha Round en se limitant à ce qui est acquis. Les négociations de Genève sur le nouvel accord commercial (Doha Round) dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont été incluses hier par cette rubrique parmi les objectifs illusoires du commerce mondial, mais en ajoutant: sauf si « on se contente de ce qui est déjà acquis ». Mon opinion était donc claire: un accord sur tous les aspects en discussion depuis 2008 est impensable, car les ambitions sont excessives et les obstacles insurmontables ; mais tout ce qui avait été négocié auparavant peut être sauvé. La ferme intervention du directeur général de l'OMC Pascal Lamy devant les négociateurs me semble aller dans le même sens: il a évoqué pour la première fois la possibilité d'un échec, en insistant sur la nécessité de sauvegarder ce qui est acquis, dont la disparition aurait des conséquences dramatiques notamment pour les pays les plus faibles. En renonçant au moins en partie au volet « sectoriel » (suppression totale des droits de douane dans 14 secteurs industriels) et en limitant l'ouverture des marchés agricoles, M. Lamy estime que l'acquis pourrait être sauvegardé.

La solidarité n'est pas un objet courant. Il est difficile que l'UE puisse concrétiser l'octroi au Pakistan de la franchise douanière pour certaines de ses exportations sur le marché européen. La Commission européenne avait envisagé un soutien à ce pays, qui avait été ravagé pas des inondations désastreuses: pendant trois ans, l'UE n'aurait pas appliqué de droits de douane sur les importations de textiles (65 lignes tarifaires), de chaussures, de produits en cuir, etc., originaires de ce pays. Le Pakistan aurait pu ainsi exporter sur le marché européen un surplus de marchandises évalué à 100 millions d'euros par rapport à 2009. Or, l'Inde, le Bangladesh, le Pérou et quelques autres s'y sont opposés: ils réclament les mêmes franchises (qui, évidemment, si elles sont étendues à tous les pays exportateurs, perdent l'effet «préférence» pour le Pakistan), avec l'avantage budgétaire qui en résulte. Le délai pour une décision rapide a expiré ; il faut passer à présent par le Conseil général de l'OMC, qui se réunira en mai ; mais presque sans espoir.

Les familles royales doivent rester prudentes. Les rois qui subsistent dans le panorama européen connaissent parfaitement leur métier et les limites de leurs pouvoirs. Ce n'est pas toujours le cas pour les fils du roi, du moins pour Laurent, fils cadet du roi des Belges, qui s'est occupé d'affaires industrielles et commerciales notamment au Congo et en Mauritanie. Le Premier ministre Yves Leterme lui avait adressé une lettre affirmant que, selon le gouvernement, une concertation préalable s'impose quant à l'opportunité de ces voyages, en expliquant: « Tout déplacement à l'étranger d'une personnalité officielle belge se fait en lien avec les services des Affaires étrangères qui assurent la cohérence de la politique extérieure du pays ». D'autant plus que, selon la presse, le prince Laurent aurait l'habitude d'ouvrir des portes étrangères à des entreprises qui ensuite « lui rembourseraient des frais ». Le prince ayant maintenu son voyage au Congo (il aurait notamment rencontré le chef de l'État, ce qui donnerait à sa visite un caractère officiel), le Premier ministre a déclaré devant le Parlement que « le prince a commis une faute d'appréciation en maintenant son voyage contre l'avis formel du gouvernement et du Palais royal », c'est-à-dire du Roi. Et M. Leterme en avait été informé par l'ambassade belge à Kinshasa… En ajoutant que le prince doit faire «un choix clair » entre ses devoirs et sa «dotation » en tant que fils du roi. Lequel est d'accord avec le gouvernement.

Quelques formules. Le commissaire européen au Commerce Karel De Gucht aime les formules imagées. Au Brésil et à quelques autres: « Les pays émergents doivent comprendre que, dans une certaine mesure, ils ont émergé ». De son côté, Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, est incisif. Les difficultés des Européens ? « Ils ont le modèle social de loin le meilleur. Pour le maintenir, ils ne peuvent compter que sur la croissance économique et sur la démographie. Ils n'ont ni l'une ni l'autre. » Encore Pascal Lamy: il faut sauver l'acquis du Doha round. Pourquoi ? « Quatre-vingts pour cent du travail est fait. Il faut le clore, car les accords bilatéraux ne sont pas une solution pour des problèmes tels que les subventions agricoles ou les barrières non tarifaires ».

(F.R.)

 

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