Bruxelles, 01/03/2011 (Agence Europe) - L'agence Frontex pourrait étendre sa mission Hermes, déployée le 20 février en Italie, à l'île de Malte, pour faire face à un éventuel afflux de migrants illégaux en provenance de Libye. Cette annonce a été faite mardi 1er mars par le directeur finlandais de l'agence européenne de gestion des frontières extérieures de l'UE, Ilka Laitinen, lors d'un débat des députés de la commission libertés civiles (LIBE) du PE sur les conséquences des événements en Afrique du Nord, et en particulier en Libye.
M. Laitinen devait d'ailleurs se rendre à Malte mardi dans la soirée. Cette annonce a été faite devant des eurodéputés en grande partie déçus par le Conseil des ministres de l'Intérieur du jeudi 24 février, ministres qui n'avaient affiché qu'une solidarité très mesurée envers l'Italie, multipliant pourtant les demandes d'intervention de l'UE pour faire face à un éventuel afflux d'immigrés clandestins en Europe et demandant aux États membres d'avancer sur la question du partage de la charge en matière d'asile et d'immigration. M. Laitinen devait aussi faire face à des députés plutôt sceptiques sur les outils de l'UE et sur ses capacités de réponse en cas d'afflux importants de migrants clandestins dans l'UE et a ainsi évoqué une possible extension de la mission Hermes à titre préventif.
Une annonce qui ne correspond pourtant pas encore tout à fait à la situation actuelle car si Malte doit en effet faire face depuis quelques jours à l'arrivée de réfugiés étrangers, évacués par leurs pays respectifs, aucun flux illégal de migrants en provenance de Libye n'a été constaté en Europe jusqu'à présent, a précisé Pierre Vimont, secrétaire général du Service européen d'action extérieure (SEAE), les mouvements de population concernant surtout la Tunisie et l'Égypte où se réfugient des milliers de Libyens. La crainte de certains États membres de voir par ailleurs arriver de Libye des milliers de clandestins provenant de l'Afrique subsaharienne reste aussi à ce stade un scénario encore hypothétique. « Selon nos informations, les pays africains comme le Tchad, le Mali ou le Niger nous disent plutôt que ces personnes reviennent vers le sud du continent », a dit M. Vimont. Une information d'ailleurs reprise par le directeur de Frontex, soulignant qu'il y a à ce stade « des flux de retours des Africains vers les pays du Sud » de l'Afrique. Et en ce qui concerne la Tunisie, les mouvements se sont également taris, a rappelé Mme Malmström, jugeant toutefois la situation imprévisible.
Le directeur de l'agence Frontex a, lors de ce débat, également souligné la situation particulière de la Grèce, qui, par sa proximité avec la Turquie, pourrait être concernée par un éventuel afflux de migrants nord-africains. Sur ce sujet, la Grèce dispose depuis début novembre 2010 de la mission Rabit, chargée de contrôler les arrivées de migrants clandestins, notamment depuis la Turquie, et bénéficiera à partir de début mars de la mission « Poséidon », une mission qui existe déjà dans la mer Égée mais qui sera élargie et viendra donc en remplacement de la mission Rabit, devant s'achever le 2 mars prochain.
Sur les outils concrets que pourrait encore mettre l'UE à disposition des États membres, la commissaire Cécilia Malmström a elle rappelé l'enveloppe d'urgence de 25 millions d'euros déjà disponible à ce jour (somme qui correspond aux enveloppes d'urgence de 3 fonds européens consacrés à l'asile et aux réfugiés) et s'est dite disposée à trouver des fonds européens supplémentaires.
Des mesures somme toute insuffisantes ont estimé une partie des eurodéputés, réclamant une vraie stratégie à court et moyen terme pour aider ces pays d'Afrique du Nord et en particulier la Libye à faire face à une véritable crise humanitaire. Pour certains députés, l'action européenne, qui s'est surtout illustrée dans l'évacuation des ressortissants européens de Libye, s'avère même « cynique », a dit la députée Judith Sargentini (Verts/ALE, Pays-Bas), quand « pendant ce temps-là, des personnes se font tuer sur place ». Pour l'eurodéputée espagnole Carmen Romero Lopez (S&D), s'inquiéter des possibles flux de migrants en provenance de Libye ou bien des problèmes d'approvisionnement énergétique de l'UE est même « obscène », a-t-elle dit.
De nombreux eurodéputés ont par ailleurs relancé la charge contre les États membres sur la solidarité des 27 en matière d'asile et d'immigration, le « Conseil devant agir », a encore dit Mme Sargentini. Pour Mme Malmström aussi les choses seraient plus simples à prévoir si ce système européen d'asile était déjà sur place, la commissaire jugeant « qu'il aurait été préférable d'avoir un système d'asile déjà en vigueur aujourd'hui » mais rappelant que le Conseil ne lui a pas montré jusqu'ici un « grand enthousiasme » sur le sujet.
N'en déplaise à ces États membres, la question devrait cependant encore se retrouver sur la table des 27 vendredi 11 mars prochain, un sommet spécial ayant été convoqué pour faire le point sur la situation en Libye, à la demande de la France, de la Grande-Bretagne mais aussi de l'Italie et des pays d'Europe du Sud qui réclament également une plus grande solidarité en matière d'asile et d'immigration. (S.P.)