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Bulletin Quotidien Europe N° 10309
CONSEIL EUROPÉEN / (eu) sommet

Égypte, les 27 veulent « des réformes, pas de répression »

Bruxelles, 04/02/2011 (Agence Europe) - « Hautement préoccupés » par la « dégradation de la situation » en Égypte, les chefs d'État et de gouvernement de l'UE ont appelé vendredi 4 février les autorités égyptiennes à répondre aux aspirations de leur peuple « par des réformes politiques et non pas par de la répression ». Fidèles à la position défendue par l'UE ces derniers jours, les 27 ne réclament toujours pas explicitement le départ du président Hosni Moubarak mais insistent tout de même pour que « le processus de transition commence maintenant ». Le langage adopté constitue en fait un compromis entre la position de certains pays membres, qui auraient souhaité une référence plus explicite à la nécessité que le président égyptien quitte le pouvoir tout de suite, et d'autres pays, comme l'Italie, qui pensent que la transition doit avoir lieu « sans rupture avec le président Moubarak ». Silvio Berlusconi, le Premier ministre italien, a en effet estimé vendredi que le président égyptien Hosni Moubarak était un homme « sage » et un « point de référence dans le Moyen-Orient » qui devrait rester en fonction durant la période de transition de son pays vers la démocratie. Même si tout le monde sait que le temps de Moubarak est révolu (dixit un diplomate européen), ce n'est pas à l'UE de dire au président égyptien qu'il doit partir, ont convenu les 27. « Nous ne pouvons pas nous immiscer publiquement » dans cette question, a dit la chancelière allemande Angela Merkel devant la presse.

Toutes les parties, gouvernement et opposition, doivent faire preuve de retenue, renoncer à la violence, entrer dans un dialogue et commencer une « transition ordonnée » vers un gouvernement d'ouverture, réclament les dirigeants dans leurs conclusions. L'UE est aussi prête à entrer dans un « nouveau partenariat », accompagné d'aides supplémentaires, avec tous les pays de la région qui poursuivent des réformes politiques et économiques, assurent les dirigeants.

Mandat à Catherine Ashton. Le Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, qui se rendra en Égypte et en Tunisie très bientôt, est invitée par le sommet à préparer un « paquet de mesures » destinées à soutenir la transition et le processus de transformation en Égypte, en Tunisie et dans les autres pays de la région arabo-méditerranéenne. Les dirigeants ont aussi identifié les mesures prioritaires sur lesquelles cette aide devrait être focalisée: renforcer les institutions démocratiques, promouvoir la gouvernance démocratique et la justice sociale, préparation d'élections libres et équitables. La politique européenne de voisinage (PEV) et l'Union pour la Méditerranée (UpM) doivent être adaptées pour tenir compte de ces objectifs, demandent les chefs. Ils souhaitent aussi des mesures visant à augmenter le commerce et les investissements dans la région pour améliorer les perspectives et opportunités socio-économiques des populations sur place. Catherine Ashton et la Commission ont aussi été invitées à « adapter rapidement les instruments de l'UE » pour pouvoir apporter des aides humanitaires où cela est nécessaire. Elles sont aussi appelées à proposer des mesures et des projets en vue de « stimuler la coopération, les échanges commerciaux et les investissements dans la région … y compris le statut avancé pour la Tunisie ».

Les 27 condamnent fermement la violence utilisée contre les manifestants et réitèrent « le droit de tous les citoyens à manifester librement et pacifiquement sous la protection appropriée des autorités chargées du maintien de l'ordre ». Ils qualifient aussi d' « inacceptable » toute tentative de la part des autorités égyptiennes de restreindre la libre circulation des informations. Les agressions et intimidations à l'égard des journalistes sur place sont aussi « inacceptables », soulignent les 27.

Les dirigeants estiment que les aspirations démocratiques des citoyens devraient être entendues à travers la mise en œuvre de réformes démocratiques substantielles respectueuses des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ainsi qu'à travers la tenue d' « élections libres et équitables ». L'UE pour sa part est prête et « déterminée » à apporter son plein soutien au processus de transition vers une gouvernance économique, au pluralisme, à des perspectives économiques meilleures, à davantage d'inclusion sociale ainsi qu'à plus de stabilité régionale, affirment les chefs d'Etat et de gouvernement dans leurs conclusions.

Catherine Ashton informée par Omar Suleiman sur les « réformes » en cours

Jeudi soir (3 février), à la veille du sommet européen, Mme Ashton s'est entretenue au téléphone avec le vice-président égyptien Omar Suleiman qui lui a expliqué « les mesures prises par le gouvernement en vue de faire progresser le dialogue avec tous les groupes d'opposition », selon le communiqué du Haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères. Le vice-président égyptien a également présenté à Mme Ashton une « feuille de route de réformes qui doit mener aux élections présidentielles en septembre ». M. Suleiman a aussi annoncé que le gouvernement égyptien était en train de mettre sur pied « trois comités: sur la réforme constitutionnelle, sur la réforme économique et sur l'ordre public » et que le gouvernement « a invité toutes les forces politiques à participer à un dialogue national et à s'accorder sur une feuille de route pour des réformes », apprend-t-on de la déclaration de Mme Ashton. Cette dernière s'est limitée à répéter la position de l'UE des derniers jours en réitérant « la nécessité d'une transition ordonnée » et en appelant à des « mesures concrètes, décisives et immédiates ». (H.B.)

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