Bruxelles, 04/02/2011 (Agence Europe) - Le premier Conseil européen de l'année 2011 devait être consacré, essentiellement, à l'énergie et à l'innovation: c'est ainsi que l'avait conçu son président, Herman Van Rompuy, et qu'il l'avait présenté dans sa lettre d'invitation et de programme aux chefs d'État et de gouvernement des 27 pays de l'UE. Mais l'actualité politique internationale, notamment les événements en cours en Egypte et les bouleversements politiques en train de se produire en Afrique du Nord et au Proche-Orient, et le dossier toujours sensible de la gouvernance économique, ont pris le dessus. Et, alors que les conclusions sur l'Egypte ont été rapidement publiées, la discussion économique s'est poursuivie bien au-delà de l'heure de clôture prévue, signal clair que la discussion a été animée et que l'initiative franco-allemande de présenter aux partenaires un Pacte pour la compétitivité, confectionné à l'avance, n'a pas été du goût de tout le monde.
L'avenir de la politique énergétique européenne et la poussée en faveur l'innovation n'ont pas posé de problèmes: les leaders ont rapidement finalisé leurs conclusions, qui misent sur deux aspects de la sécurité énergétique: l'achèvement rapide du marché intérieur (d'ici à 2014) et sa dimension extérieure en vue de la diversification des sources et des routes d'approvisionnement. Et le Conseil a donné sans problèmes son aval à une série d'initiatives qui peuvent favoriser l'innovation, « à l'avantage des citoyens, des entreprises et des chercheurs ».
Sur l'Egypte, les leaders des 27 ont quelque peu musclé leur position par rapport à la veille: dans des conclusions qui ne citent pas le président Hosni Mubarak, ils demandent que la transition débute tout de suite, souhaitent que les aspirations démocratiques du peuple égyptien trouvent des réponses dans les réformes et pas dans la répression et incitent toutes les parties concernées à un dialogue significatif pour une transition ordonnée vers un gouvernement largement représentatif. L'Union s'engage à construire un nouveau partenariat avec l'Egypte et la Tunisie, qui a déjà poussé plus loin sa transition, et envoie la responsable de la diplomatie européenne, Lady Ashton, en mission dans les deux pays, après avoir présidé, ce samedi, à Munich, une réunion des titulaires du Quartette.
Mais c'est au déjeuner, quand les chefs d'État et de gouvernement, auxquels s'est joint le gouverneur de la BCE Jean-Claude Trichet, ont abordé les sujets de la gouvernance économique et des efforts à poursuivre pour contrecarrer la crise, que la discussion s'est animée. Ici, aucune décision n'était attendue: le but était plutôt d'affirmer une consolidation des progrès faits depuis décembre en vue des décisions à prendre au Sommet du mois de mars. Le pavé dans la marre, qui suscite des polémiques, sur la forme, mais aussi dans la substance, est l'initiative franco-allemande de présenter aux partenaires un Pacte de Compétitivité: un pas que beaucoup de délégations n'arrivent pas à digérer, malgré le Morellino de Scansano servi à table avec un Tokai de 2007, hommage à la présidence hongroise.
À la fin des travaux, M. Van Rompuy fait une nette distinction entre les différents moments de ce sommet: « Optimisme » est le mot clé sur l'énergie et l'innovation (voir à ce sujet les conclusions en annexe de ce bulletin) ; « préoccupation » pour ce qui est en train de se passer en Egypte et, en général, en Afrique du Nord, au Proche-Orient, dans le Golfe ; « détermination » sur les fronts de la gouvernance et de la cohésion économico-monétaire, une détermination qui sort confirmée par la profondeur et la vivacité du débat.
Nul doute que l'Union veut faire d'autres pas pour renforcer la gouvernance économique, notamment de l'eurozone, et améliorer sa compétitivité et qu'elle entend renforcer le 'fonds de sauvetage des États' actuel en vue de le rendre permanent d'ici 2013. Mais Paris et Berlin encouragent et même poussent les partenaires à aller plus loin et plus vite. On s'achemine vers un sommet extraordinaire et sans précédent des leaders des 17 pays de l'eurozone, au début du moi de mars, avant le prochain Conseil européen de format traditionnel, les 24 et 25 mars, qui - Van Rompuy est formel - « adoptera » tout le paquet qui touche à la gouvernance, les banques, le 'fonds de sauvetage des États' provisoire, la modification du traité en vue d'un mécanisme permanent, la réalisation des programmes déjà décidés pour la Grèce et l'Irlande et la réalisation de mesures pour réduire la dette, ramener le déficit à des dimensions acceptables et améliorer les perspectives de croissance.
Mais d'ici fin mars, les négociations iront bon train. Et la méthode un peu dérogatoire pratiquée à ce stade par Paris et Berlin a laissé quelques égratignures: la Commission n'avalise pas le Pacte franco-allemand; le Parlement fait savoir qu'il préfère la méthode communautaire (et il détient la clé des modifications du traité, qu'il doit approuver) ; la Pologne, la Belgique et d'autres pays, plus ou moins franchement, ont rejeté l'initiative Merkel-Sarkozy ; et les syndicats européens craignent un sursaut de conflits sociaux. (Gp)