Bruxelles, 25/01/2011 (Agence Europe) - La présidence hongroise a présenté, mardi 25 janvier, devant le Parlement européen son programme en matière d'éducation, de sport, de culture et d'audiovisuel. Si les députés n'ont pas été au-delà du programme présenté par les ministres pour les matières relatives au sport et à l'éducation dans leurs questions, ils n'ont pas épargné le ministre chargé des questions culturelles et audiovisuelles sur la loi sur les médias à propos de laquelle l'Union européenne demande de nouveaux éclaircissements (voir autre nouvelle).
Sports. La présidence hongroise travaillera dans la continuité des présidences espagnole et belge en matière de sport, a annoncé le ministre d'État chargé des sports Attila Czene, à savoir élaborer une action au niveau européen qui apporte une valeur ajoutée aux actions nationales. Le ministre a souhaité que le sport fasse l'objet d'un programme européen à part entière pour la période 2014-2020 en regrettant vivement le manque de moyens financiers prévus pour cette nouvelle compétence communautaire. « Il faut un programme, en dépit de la crise, et utiliser les fonds structurels », a-t-il déclaré. La communication de la Commission, présentée récemment par la commissaire Androulla Vassiliou, servira de base à une résolution que le Conseil adoptera en mai afin de dresser un cadre de coopération, des priorités et un plan de travail pour l'avenir, a ajouté M. Czene.
Dans leurs questions, les députés ont accueilli favorablement l'idée de créer un programme pour le sport et vivement déploré l'absence de cadre financier pour ce secteur. « C'est dommage que le sport ne soit pas inclus dans le budget européen », a regretté László Tökés (PPE, roumain). « C'est un contresens (…) avec l'inclusion du sport dans le Traité de Lisbonne », selon Santiago Fisas Ayxela (PPE, espagnol). « Cela ne correspond pas aux nouvelles compétences », selon Helga Trüpel (Verts/ALE, allemande). Hannu Takkula (ADLE, finlandais) a rappelé qu'un euro investi dans le sport, c'est deux euros épargnés dans le social.
Éducation. La ministre d'État pour l'Éducation Rózsa Hoffman a développé quatre grandes priorités pour son secteur. La première vise à remplir les objectifs de la stratégie EUROPE 2020 en matière d'éducation et de formation: il faut des pistes d'action pour augmenter le nombre de diplômés universitaires ou du troisième cycle. La seconde est d'améliorer la qualité de l'éducation de la petite enfance. Un objectif directement lié au premier puisque la fréquentation des écoles maternelles permet aux tout-petits d'acquérir les bases éducatives qui les inciteront à prolonger leurs études. La Commission européenne publiera début février une communication sur le sujet qui servira aux travaux de la présidence hongroise, a déclaré Mme Hoffman. Le troisième objectif de la présidence hongroise est de lutter contre les départs prématurés du système scolaire. Un problème qui concerne surtout les classes les plus défavorisées de la société, comme les populations immigrées et les Roms. La ministre hongroise souhaite établir un programme en la matière et prévoit l'adoption d'une recommandation par le Conseil sous sa présidence. Enfin, le quatrième et dernier objectif est la promotion de la mobilité, objectif pour lequel la ministre souhaite également l'adoption d'une recommandation. On désire parvenir à 20% de mobilité, a-t-elle expliqué. Enfin, estimant qu'il faut mettre davantage l'accent sur le développement des talents personnels et la créativité des individus, Mme Hoffman espère l'adoption d'une recommandation pour créer une Journée européenne du talent.
Dans son intervention, Maria Badia i Cutchet (S-D, espagnole) a mis l'accent sur la nécessité de coordonner les efforts déployés en vue d'augmenter le nombre de diplômés universitaires en coopération avec les entreprises pour qu'il y ait une bonne adéquation entre l'offre et la demande. Pour ce qui concerne la scolarisation précoce, Marie-Thérèse Sanchez-Schmid (PPE, française) a évoqué les systèmes très divers des États membres. Marco Scurria (PPE, italien) a demandé si la Hongrie avait prévu des initiatives concrètes en matière de lutte contre le décrochage scolaire. Mme Badia i Cutchet et Mary Honeyball (S-D, britannique) se sont intéressées à l'apprentissage des langues alors que László Tökés a demandé davantage d'actions pour permettre à l'Europe de l'Est de combler son retard sur l'Europe de l'Ouest en matière de systèmes éducatifs. Enfin, Jean-Marie Cavada (PPE, français) s'est interrogé sur l'opportunité de donner aux Roms nomades un statut d'Européens nomades, qui leur conférerait des droits et des devoirs adaptés à leur mode de vie. Sur ce sujet spécifique, Rózsa Hoffman a répondu qu'un ministère particulier travaillait spécifiquement sur l'inclusion des Roms dans la société, en précisant qu'il s'agissait d'un problème d'ordre social et non pas d'appartenance à une origine ethnique.
Culture et audiovisuel. Venu présenter les priorités de la présidence hongroise en matière culturelle et audiovisuelle, Géza Szöcs, ministre d'État hongrois, a développé son programme de travail. Il a été questionné parfois très durement sur la loi sur les médias. La présidence hongroise développera trois priorités en matière de culture. La première est l'adoption d'un accord politique sur le label du patrimoine européen. La deuxième sera consacrée à l'apport de la culture à la stratégie EUROPE 2020. La Hongrie veut identifier les mesures à prendre en ce sens avec l'ambition de mobiliser un financement suffisant pour le prochain programme-cadre. Elle espère par ailleurs l'adoption de conclusions au Conseil en mai sur trois aspects de la politique culturelle: le potentiel économique de la culture, son pouvoir pour renforcer la cohésion sociale et sa contribution à la mise en place d'une société basée sur la connaissance. Promouvoir la mobilité des artistes et des acteurs de la culture est le troisième objectif auquel s'attachera la présidence hongroise. En matière audiovisuelle, Géza Szöcs s'est dit au préalable très intéressé par le rapport des sages sur la bibliothèque numérique Europeana, qui sera utile pour l'élaboration de futures recommandations. Le programme de travail en matière d'audiovisuel sera par ailleurs axé sur deux priorités. La première est la protection des mineurs dans l'environnement en ligne. La présidence hongroise prévoit l'adoption de conclusions à ce sujet. La deuxième concerne la gestion des contenus culturels en ligne. Il est important de lever les obstacles pour créer un marché unique du numérique et le Livre vert de la Commission sur les contenus créatifs, attendu en 2011, sera d'une grande utilité, a souligné M. Szöcs. Il faut trouver des solutions qui garantissent le choix des contenus pour les utilisateurs et un juste revenu pour les créateurs, a-t-il ajouté.
Dans leurs questions, plusieurs députés ont dénoncé la loi sur les médias et évoqué la montée de l'antisémitisme en Hongrie. L'Europe s'inquiète à propos de cette loi et de son impact sur la diversité culturelle, ont déclaré Jean-Marie Cavada et Petra Kammerevert (S-D, allemande). On s'inquiète des atteintes à la liberté et de la résurgence de l'antisémitisme en Hongrie, a déclaré Helga Trüpel. Le plus virulent fut le non-inscrit autrichien Hans-Peter Martin pour qui la Hongrie fait preuve d'arrogance et répond à cette question « comme le fait la Chine lorsqu'on l'interroge sur les droits de l'Homme ». Des propos qui ont ulcéré Zoltán Bágo (PPE, hongrois) et László Tökés. Répondant aux députés, Géza Szöcs estime que « ces préoccupations n'expliquent pas les attaques politiques et médiatiques dont fait l'objet la Hongrie ». Il ne s'est pas expliqué davantage, estimant que cela ne relève pas de sa compétence. L'antisémitisme n'est pas le privilège de la Hongrie et cette polémique occulte le bon programme proposé par la présidence, a regretté Hannu Takkula. En conclusion, la présidente de la commission de l'éducation et de la culture, Doris Pack (PPE, allemande), a également regretté certains débordements. Personne n'a jamais posé aux autres présidences des questions aussi pointues sur leurs lois sur les médias, a-t-elle fait remarquer, en indiquant, à l'instar de M. Takkula, que la question de la montée de l'antisémitisme était un fléau commun à plusieurs pays européens. (I.L.)