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Bulletin Quotidien Europe N° 10277
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/Économie

L'Europe divisée sur les euro-obligations

Strasbourg, 14/12/2010 (Agence Europe) - À la veille du Conseil européen de décembre, qui doit décider de procéder à un changement limité du Traité de Lisbonne pour créer un mécanisme permanent de solidarité financière pour la zone euro, l'Europe se montre très divisée sur la question des moyens à mettre à disposition, en particulier sur l'idée des euro-obligations, des emprunts lancés en commun par plusieurs États membres pour mutualiser les risques et éviter que les pays les plus fragiles ne soient attaqués par les spéculateurs.

Soutenu par la France, le « non » de l'Allemagne - qui jouit des taux obligataires les plus bas en Europe mais n'est pas prête à payer pour les autres - au projet d'euro-obligations (eurobonds) lancé par le Premier ministre luxembourgeois et président de la zone euro Jean-Claude Juncker et le ministre italien des Finances Giulio Tremonti a d'ores et déjà cadré les travaux du Conseil européen, qui se réunit les 16 et 17 décembre à Bruxelles sous la houlette de son président, le Belge Herman Van Rompuy. Toutefois, bien que le chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn ait assuré lundi soir que cette question « sera exclue » du sommet en fin de semaine, l'idée des euro-obligations a suscité d'âpres débats au Parlement européen mardi.

Ainsi, le président du groupe PPE, le Français Joseph Daul, a déploré « la cacophonie entre les dirigeants européens » sur les euro-obligations, hiatus qui adresse un mauvais signal aux marchés à deux jours du sommet. « C'est la pire des choses pour l'euro », a-t-il insisté. « Il faut tout faire pour soutenir l'euro, mais nous ne sommes pas d'accord sur les moyens », a admis M. Daul, jugeant que les obligations européennes pourraient être un « moyen » de répondre à la crise, « à condition de dire où et comment » elles seraient utilisées. À la différence de leur collègue conservateur, les chefs de file des Verts, des sociaux-démocrates et des libéraux ont fait part de leur soutien sans faille à la création de tels instruments financiers. « Il faut créer un marché des obligations européennes le plus vite possible », a insisté le président de l'ADLE, le Belge Guy Verhofstadt, précisant que les eurobonds seraient un moyen d'améliorer la liquidité du marché obligataire, et de pousser à la baisse les taux d'intérêt exigés par les prêteurs. « Notre réponse à la crise que traverse l'Eurozone doit être complète, cohérente et globale. Il ne faut pas être toujours sur la défensive. Le moment est venu de faire un paquet de mesures global. Avec comme principale solution pour répondre à la crise de l'euro la création d'une union économique, monétaire et fiscale ainsi qu'un marché européen des euro-obligations. L'euro est la seule devise avec 16 politiques différentes derrière elle. Et on pense que c'est suffisant… Il est essentiel d'avoir de l'unité par la solidarité », a insisté l'ancien Premier ministre belge. Appelant à « faire bloc » pour stabiliser la monnaie unique, le président de la S&D, l'Allemand Martin Schulz, a lui aussi défendu la mise en place d'obligations européennes. Tout comme le co-président des Verts, le Français Daniel Cohn-Bendit. « Nous devons décliner stabilité et solidarité. La solidarité doit aider à rétablir la stabilité et à investir dans l'avenir. Les euro-obligations ne doivent pas uniquement aider à stabiliser, elles doivent aussi contribuer à la transformation écologique et à investir dans les réseaux. Si nous affichons stabilité et solidarité, toute spéculation sur les dettes des États membres sur les marchés sera nulle et non avenue », a insisté le leader écologiste. À l'instar de M. Verhofstadt, M. Cohn-Bendit a toutefois dit redouter que l'UE fasse de nouveau l'erreur de prendre une longueur de retard. « Nous aurons une forme d'euro-obligations l'année prochaine, mais ça sera un peu tard », a déploré le leader des Verts. « Les dirigeants européens ne sont pas à la hauteur, ils sont toujours à la traîne des événements », avait auparavant regretté l'ex-Premier ministre belge.

Donner une « dimension européenne » aux marchés des emprunts d'État serait « une bonne idée », a pourtant estimé lundi le secrétaire général adjoint et chef économiste de l'OCDE, Pier Carlo Padoan, lors de la présentation d'un rapport critique sur la gouvernance de la zone euro. S'il a soutenu l'idée d'un marché commun de la dette en Europe, M. Padoan n'a néanmoins pas donné plus de précisions. Et, faute de consensus, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso juge quant à lui inopportun d'aborder la question des euro-obligations lors du sommet européen. « Je ne pense pas qu'il y ait la moindre possibilité d'obtenir un accord sur les euro-obligations. Il y a réticence de plusieurs États membres. L'idée est très attrayante mais pour l'instant nous n'avons pas réuni les conditions nécessaires pour dégager un accord », a déclaré le chef de l'exécutif européen, répondant à M. Schulz lors d'une séance de questions du Parlement mardi après-midi. « Je ne pense pas qu'il soit responsable à ce stade de faire encore une fois des propositions officielles à ce sujet, puisque la situation est délicate, et que cela ne va mener qu'à une division de la zone euro et de la Communauté européenne », a-t-il insisté, en réponse à M. Verhofstadt. M. Barroso a mis en garde contre une réaction négative des marchés si la division de l'Europe est trop criante lors du Conseil européen. « Il n'y a pas de consensus sur cette proposition. Il faut se concentrer sur ce qui peut nous faire dégager un consensus dans la zone euro », a conclu M. Barroso. De son côté, le président de la BCE, le Français Jean-Claude Trichet a réaffirmé l'opposition de son institution aux euro-obligations. « Par le passé, nous avions déclaré à la BCE que nous ne considérions pas opportun d'avoir ce type d'obligations car la gouvernance ne fonctionnait pas correctement (...) À ce stade, nous n'avons pas de nouvelle position du Conseil des gouverneurs », a-t-il dit. (E.H.)

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