Bruxelles, 10/12/2010 (Agence Europe) - Organisée mercredi 8 décembre à Bruxelles, la 9ème conférence annuelle du Service d'évaluation des choix scientifiques et technologiques du Parlement européen (STOA) a permis d'examiner comment les sciences, les technologies et l'économie peuvent donner à l'Europe un avenir sans pétrole. Si plusieurs options sont sur la table, des voitures électriques équipées de batteries rechargeables au remplacement du pétrole par le méthanol, l'ensemble des participants, députés et experts, ont convenu que toutes les solutions doivent être examinées avec attention.
Ouvrant les travaux, le président du STOA, l'Autrichien Paul Rübig (PPE) a souligné l'importance d'intensifier les efforts pour améliorer l'efficacité énergétique, de réexaminer les solutions visant à remplacer les carburants fossiles, et de s'orienter vers des transports éco-efficaces, des sources d'énergie durables et vers un réseau social qui privilégie l'éthique et favorise l'échange des bonnes pratiques entre les citoyens. Sa vice-présidente, l'Allemande Silvana Koch-Mehrin (ADLE) a mis l'accent sur les gains potentiels importants découlant de l'abandon des véhicules conventionnels au profit des voitures électriques. Leur collègue président de la commission du Marché intérieur, le Britannique Malcolm Harbour (ECR), a quant à lui plaidé pour la conduite d'une étude approfondie sur l'utilisation des carburants fossiles et les solutions alternatives que l'on peut envisager dans les États membres, qui devraient échanger les informations et les meilleures pratiques dans ce domaine, mais aussi soutenir davantage les nouvelles technologies par le biais des marchés publics.
Directeur général de Better Place, qui gérera dès 2011 des réseaux de rechargement et des stations d'échange de batteries en Israël et au Danemark, Shai Agassi est convaincu que l'Europe adoptera la voiture électrique dans moins de dix ans, étant donné que l'augmentation permanente des prix des carburants, et que chaque nouvelle génération de batteries est moins onéreuse et plus efficace que la précédente. Pour M. Agassi, la mise en place de réseaux de charge et de stations d'échange de batteries devrait offrir une solution durable à la problématique de la faible autonomie des véhicules électriques. Mettant l'accent sur la faiblesse relative du coût pour un pays de la mise en place d'un tel réseau par rapport à ses dépenses en carburants pour six jours, M. Agassi a invité les décideurs politiques à accélérer la transition, pour rester en avance sur la Chine.
Prix Nobel de chimie en 1995, Paul Crutzen, professeur de l'Institut Max Planck, a dressé la liste des conséquences du développement humain au 20ème siècle (multiplication par quatre de la population, par dix des zones urbaines, par quarante de la production industrielle et par seize de la consommation d'énergie) sur les émissions de gaz, dont celles dues à l'homme sont deux fois plus élevées que les émissions naturelles pour ce qui est du dioxyde de soufre (SO2), et celles de gaz à effet de serre ont aussi fortement augmenté, de 40% pour le dioxyde de carbone (CO2) et de plus de 100 % pour le méthane (CH4). « Avec la révolution industrielle, l'espèce humaine est entrée dans une nouvelle époque géologique, l'anthropocène, et notre action affecte le climat de manière claire et délibérée », estime M. Crutzen, qui prône une réduction de 40% des émissions de CO2 et de 70 à 80% de celles de protoxydes, en économisant l'énergie et en recourant aux renouvelables.
Prix Nobel de chimie en 1994, George Oláh, professeur de l'University of Southern California, a pour sa part vanté les mérites de l'économie du méthanol, comme alternative possible à la dépendance au pétrole, au gaz naturel et au charbon. Sa solution repose sur la capture du CO2 issu de la combustion de ces hydrocarbures et son utilisation pour transformer le méthane en méthanol, carburant à usages multiples capable de remplacer l'essence et le diesel. Bien que la production industrielle de méthanol à partir d'hydrocarbures soit fortement consommatrice d'énergie, certains pays tels que la Chine, l'Inde et l'Indonésie optent pour cette solution car ils disposent de réserves de charbon importantes. Le professeur Oláh a aussi recommandé aux décideurs politiques européens d'améliorer l'utilisation de sources d'énergie géothermiques et d'électricité en dehors des heures de pointe pour le fonctionnement des unités de production de méthanol, à l'instar du site expérimental mis en service en Islande en 2009. (E.H.)