Bruxelles, 10/12/2010 (Agence Europe) - Les propositions de la Commission européenne pour aider à stabiliser le secteur du lait (EUROPE n° 10274) ont été assez bien accueillies par les parlementaires de la commission de l'agriculture du Parlement européen. Nombreux sont ceux qui ont demandé toutefois l'adoption de mesures pour lutter contre la volatilité des prix et les spéculations et des améliorations sur les contrats et sur le volume des contrats de livraison de lait cru à négocier avec les laiteries par une organisation de producteurs. Pour rappel, selon la proposition, ce volume est limité à 3,5% du marché de l'UE et à 33% de la production totale nationale de tout État membre couvert par ces négociations.
James Nicholson (ECR, britannique), le rapporteur sur le 'paquet lait', a dit que le commissaire dit vrai lorsqu'il énumère les problèmes auxquels sont confrontés les producteurs de lait (comme la faiblesse des prix). Un des principaux problèmes est la volatilité des prix et des marchés. « Tout ce qui peut être fait pour stabiliser le marché serait très positif ».
La production laitière dépend du marché mais elle a un enjeu considérable pour l'équilibre territorial, a rappelé Michel Dantin (PPE, français). Les producteurs de lait « sont sans doute ceux qui ont la pénibilité du travail la plus importante parmi tous les agriculteurs européens ». Il a noté avec satisfaction les mesures proposées visant à inciter les producteurs à davantage se regrouper afin de pouvoir peser plus lors des négociations avec les transformateurs et les distributeurs. Il faudra voir si les chiffres proposés (3,5% du marché européen, 33% du marché au niveau national) « seront suffisants pour avoir un réel poids » lorsque à l'autre bout de la chaîne, cinq ou six grands groupes (distribution) pèsent très lourdement sur les transformateurs, a souligné M. Dantin. Le renforcement de la transparence doit se faire jusqu'au bout de la chaîne (jusqu'à la distribution), a-t-il conseillé. Il a reproché à la Commission de n'avoir pas repris le sujet de l'innovation (soulevé par le groupe à haut niveau). Pourtant, les coopératives ont besoin d'un « coup de pouce communautaire » en la matière pour accroître et diversifier la consommation de produits laitiers. « Tout ce que nous ferons en Europe n'aura sans doute pas d'effet si nous n'aboutissons pas assez rapidement à une vrai gouvernance mondiale sur la question des matières premières agricoles ». Le marché mondial du lait ne représente que 5% des volumes produits et en 2009 une augmentation d'à peine 1 point a suffi à déstabiliser le marché européen, a rappelé M. Dantin.
« L'extrême volatilité des prix représente le pire ennemi à long terme pour ceux qui veulent investir dans l'agriculture. Le prix du lait est passé de 45 cents à 18 cents en un peu plus d'un an », a dit, au nom du groupe S&D, le Belge Marc Tarabella. Il faudrait diminuer, et pourquoi pas interdire (« on peut rêver »), la spéculation sur les denrées alimentaires, a estimé M. Tarabella. La structure interprofessionnelle est certainement très utile, a-t-il dit, mais l'exemple suisse « a montré ses limites ». En matière de transparence, il a dit espérer que l'UE ne va pas se limiter à « observer la dérégulation que l'on connaît ». Il a demandé aussi d'en faire davantage en matière de promotion. La consommation des produits laitiers et de ses dérivés a diminué chez les enfants, « car la pub est plus intéressante pour les sodas ». Il faudrait faire un effort pour promouvoir davantage les bénéfices sur la santé de la consommation de lait et ainsi augmenter la demande.
George Lyon (ADLE, britannique) a noté au Royaume-Uni « une guerre » au niveau des prix du lait, avec une baisse de 25% dans les supermarchés, et une forte augmentation de la pression exercée par les multinationales. Il s'est demandé si les mesures proposées vont réellement offrir aux producteurs un meilleur pouvoir de négociation vis-à-vis des transformateurs. M. Lyon a suggéré la mise en place d'un médiateur pour vérifier que les contrats établis seront bien respectés. Il a proposé dans ce contexte la mise en place de structures nationales qui auraient le pouvoir d'intervenir et de s'assurer que les contrats sont équitables et qu'il n'y a pas de pratiques trop dures.
Pour Martin Häusling (Verts/ALE, allemand) a estimé que le règlement proposé représente un pas de nain pour les producteurs de lait. Il a estimé que les seuils proposés (3,5% au niveau européen et 33% au niveau national) ne « correspondent pas réellement aux réalités du marché ». En Allemagne, l'industrie mutualise déjà 5% du lait européen. Au Danemark, 80% du lait est regroupé. « Il y a-t-il une égalité des armes entre votre proposition et ces fusions de laiteries et de grands groupes ? », s'est-il interrogé. Le dispositif d'offre organisée ainsi que les conditions de livraison proposées aux producteurs de lait « sont fixés à un niveau si bas que leurs effets seront d'une portée beaucoup trop limitée pour être véritablement efficaces », a poursuivi José Bové (Verts/ALE, français). À l'analyse des mesures proposées, « on distingue bien que le commissaire à la Concurrence reste encore farouchement opposé à l'idée d'une juste régulation », a commenté aussi M. Bové (en référence aux discussions au sein du collège sur le seuil sur la négociation des contrats).
Lorenzo Fontana (EFD, italien) s'est lui aussi demandé si ces chiffres seront suffisants pour permettre aux producteurs de survivre. Paolo De Castro (S&D, italien), le président de la commission de l'agriculture du PE, a appelé le commissaire à inclure dans la législation sur le secteur du lait la définition du rôle des consortium propriétaires d'indications géographiques dans la gestion du volume de production, comme demandé par le PE dans un rapport en mars 2010 sur la qualité des produits.
En répondant aux questions et remarques des députés, Dacian Ciolos, le commissaire européen, a dit à propos de la volatilité et des spéculations que ces sujets seront mis sur la table du G20 en 2011 par la présidence française. « Je vais faire des propositions au collège de la Commission pour voir si elle peut s'engager à travailler sur ce sujet. Le G20 est je pense le bon cadre pour traiter de cette question au niveau international », a dit Dacian Ciolos. Sur les chiffres en matière de négociation des contrats avec les multinationales, le commissaire a dit que les pourcentages proposés « donnent suffisamment de pouvoir aux producteurs » et permettent de « protéger la concurrence sur un marché national ». Les pourcentages proposés devraient permettent « d'éviter des monopoles ou des oligopoles sur le marché national ». Il a précisé que dans 21 États membres, les coopératives représentent plus de 20% de la production laitière transformée et dans 17 États membres les coopératives représentent plus de 50%. « Donc les organisations de producteurs visées par ce règlement ciblent le reste de cette production, soit 42% de la production laitière européenne sachant que 58% de la production de lait en Europe se situe dans les coopératives », a-t-il conclu. (L.C.)