Bruxelles, 02/11/2010 (Agence Europe) - Soulagement général. Le jour où se tenait à Bruxelles le Conseil européen, la dixième conférence des parties à la Convention des Nations unies sur la biodiversité biologique (COP 10, 18-29 octobre) parvenait, vendredi 29 octobre à Nagoya, à un accord mondial sur la préservation de la biodiversité au cours des dix prochaines années.
Soulagement et immense satisfaction de l'Union européenne car la crainte avait été grande de voir capoter les négociations tant semblait difficile l'obtention d'un accord sur le financement du plan stratégique et sur un protocole APA (ABS en anglais), sur l'accès aux ressources génétiques et les avantages liés à leur utilisation - deux priorités chères aux pays en développement (EUROPE n° 10245). Les ministres de l'Environnement des 193 parties à la Convention sur la biodiversité biologique ont triomphé des deux difficultés. L'accord de Nagoya porte sur un plan stratégique en vingt objectifs à l'horizon 2020. Pour cette échéance, les parties signataires se sont notamment engagées à procéder à la réforme des subventions néfastes pour la biodiversité, à éviter la surexploitation de la ressource halieutique, à protéger 17% des surfaces terrestres et 10% des zones marines et côtières (qui ne font actuellement l'objet d'aucune protection), à restaurer 15% des écosystèmes dégradés, et à intégrer dans leurs comptes nationaux la valeur de la biodiversité.
« L'Union européenne salue l'accord conclu à Nagoya sur une stratégie globale de lutte contre la perte de biodiversité, la mobilisation des ressources nécessaires pour le mettre en oeuvre et la création d'un Protocole sur l'accès aux ressources génétiques et le partage des avantages liés à leur utilisation. Le monde en a besoin et un échec n'était pas une option », ont aussitôt commenté Janez Potoènik commissaire européen à l'Environnement et Joke Schauvliege, ministre belge et présidente du Conseil Environnement, à l'issue de la COP 10.
Dans leur déclaration conjointe, ils ajoutent: « Le défi maintenant est de mettre efficacement en œuvre les mesures décidées à Nagoya. L'UE jouera pleinement son rôle à cet égard. Nous continuerons bien sûr à mettre en oeuvre notre propre stratégie pour la biodiversité visant à enrayer la perte de biodiversité d'ici à 2020. Et bien sûr, nous respecterons toutes nos obligations au titre de l'accord conclu ici. Nagoya a été une avancée majeure. Nous espérons que les générations futures la considéreront comme le point d'équilibre qui , de justesse, a empêché la planète de sombrer dans un désastre écologique ».
Le nœud du financement a pu être dénoué une fois l'engagement pris par les pays développés de chiffrer l'aide qu'ils alloueront aux pays en développement pour préserver la biodiversité d'ici à 2012. Le Japon a promis deux milliards de dollars sur trois ans, le Royaume-Uni 100 millions de livres, la France 200 millions d'euros (soit un doublement de son aide au développement ciblée sur la biodiversité).
Le Protocole APA, enfin conclu au terme de huit années de négociation, assurera entre pays riches et pays en développement un partage plus équitable des ressources générées par l'utilisation des plantes des pays du Sud par les pays du Nord pour produire des médicaments, des produits pharmaceutiques ou cosmétiques. Le prélèvement de plantes devra faire l'objet d'un accord préalable par le pays fournisseur, et ce feu vert sera subordonné à la signature d'un accord de partage des avantages tirés de ces plantes.
En outre, la voie est ouverte à la création prochaine d'une plate-forme internationale d'experts en biodiversité, à l'instar du GIEC pour le climat. Mandat à été confié à l'Assemblée générale des Nations unies de mettre rapidement sur pied cette nouvelle instance.
Les ONG environnementales comme Conservation International ont salué l'accord de Nagoya comme un accord historique, même si elles regrettent qu'il ne prévoie aucune sanction en cas de non-respect des engagements pris. (A.N.)