*** BLANDINE LAPERCHE, ANNE-MARIE CRÉTIÉNEAU, DIMITRI UZUNIDIS (sous la dir. de): Développement durable: pour une nouvelle économie. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009, 295 p., 36,50 €. ISBN 978-90-5201-562-0.
Tout comme l'Europe, c'est souvent sous la pression de catastrophes qui s'annoncent ou deviennent carrément réalité que l'humanité accepte enfin de modifier ses comportements. Ainsi doit être comprise la montée en puissance du concept de développement durable au cours des trente dernières années: la raréfaction des ressources de la planète et la dégradation de l'environnement amènent la toute puissante bulle économique, vouée au culte exclusif de la croissance, à devoir tant soit peu composer avec le souci grandissant de préserver la Terre pour les générations futures et de garantir dès à présent une justice sociale moins phagocytée par les seuls actionnaires et leurs hommes liges aux parachutes dorés. Le défi que pose le développement durable à l'économie est, dès lors, de savoir comment traduire techniquement la poursuite simultanée des trois objectifs que sont l'équité sociale, l'efficacité économique et la prudence écologique. Il va de soi que cette quête ne va pas sans rencontrer obstacles et embûches car vouloir construire une nouvelle économie implique de s'attaquer à tous les conservatismes en imaginant des changements économiques, technologiques, sociaux et politiques. La tâche est d'autant plus périlleuse que l'innovation indispensable rime ici avec questions et tâtonnements: « (…) les contraintes environnementales impliquent-elles de remettre en cause la croissance économique ou bien offrent-elles de nouvelles opportunités de production de biens et de services protégeant l'environnement et respectant les individus ? Quels seraient les rôles respectifs du progrès technologique et des politiques publiques dans ce second cas ? D'un autre côté, comme les enjeux environnementaux sont des enjeux planétaires, comment créer un cadre mondial de promotion du développement durable ? »
C'est à ces questions, posées par les coordinateurs de ce livre, et à bien d'autres que des spécialistes universitaires, essentiellement des économistes réunis le temps d'un colloque organisé à Poitiers voici un peu plus de deux ans, apportent des réponses aussi scientifiquement prudentes qu'éclairantes, au fil de douze contributions qui leur permettent de poser les jalons, tracer les contours et s'interroger sur les perspectives et les enjeux d'une nouvelle économie durable. Intitulée « Penser le développement durable », la première partie de l'ouvrage revient sur l'histoire de cette notion, présente ce qu'elle apporte à l'analyse économique et étudie son actualité, notamment en la reliant au potentiel offert par la dématérialisation qui combine les technologies de l'information avec la progression des services. Posant la question de savoir si la « décroissance » serait la solution pour faire face au problème environnemental, Fabrice Dannequin et Arnaud Diemer y soulignent, entre autres, la nécessité d'un changement radical du modèle de production et de consommation, fondé sur un nouveau projet politique. Il est aussi question, dans cette première partie, de l'actualité des fondements de la théorie physiocratique née au 18ème siècle et de la « perte de durabilité des objets » qui, inquiétant Hannah Arendt dès les années 50, se traduit désormais par la « perte du monde commun (le lien entre génération) » puisque, au-delà des objets, ce sont les conditions de la vie sur terre qui sont touchées.
Sous le titre « L'économie en mutation », la deuxième partie voit d'autres auteurs se pencher sur les changements nécessaires à l'émergence d'une économie plus durable. Mettant lui aussi en avant le caractère mythique de la dématérialisation de l'économie, le Pr. Jean Gadrey (Université de Lille 1) y juge peu probable que les services restent les seuls grands gisements d'emplois, les nouvelles technologies propres et la proximité devant être créateurs d'emplois tant dans l'agriculture que les services et l'industrie. Pour sa part, Blandine Laperche (Universités du Littoral et de Seattle) balaie les théories économiques traditionnelles de l'entreprise et s'emploie à démontrer qu'une vision nouvelle de celle-ci, plus sociologique et politique, devient nécessaire pour comprendre l'articulation entre le développement durable et les résultats de l'entreprise. Dans le même esprit, Anne-Marie Crétiéneau (Université de Poitiers) avance que la participation des citoyens, depuis les terrains qu'ils occupent, est indissociable de toute mise en œuvre pratique du développement durable, le temps étant venu de passer « d'une écologie scientifique qui accorde sa confiance aux experts à une écologie politique et citoyenne ». Une dernière contribution est consacrée à « l'économie de fonctionnalité ».
La troisième et dernière partie s'intéresse enfin aux « perspectives et enjeux » du développement durable, tant sur le plan technologique que sur celui de la régulation. Ainsi, Laure Dolique présente les deux grands défis du 21ème siècle, le changement climatique et la pénurie énergétique, en ce qu'ils constituent des risques globaux appelés à toucher toutes les parties du monde et toutes les populations. Jugeant que ce ne sont pas des avancées technologiques ou la main invisible du marché qui pourront relever le défi, elle en appelle à un « développement alternatif, en rupture avec le paradigme hérité des révolutions industrielles », lequel nécessitera, selon elle, une régulation multilatérale. Patrick Matagne ne dit rien d'autre en s'intéressant aux problèmes nationaux, régionaux et internationaux de la gestion de l'eau, la « marchandisation » de celle-ci à travers quelques grands groupes internationaux s'avérant préjudiciable à la gestion équitable et solidaire de cette ressource. De même, le développement des biocarburants ne peut se concevoir, selon Eliane Jahan, sans une régulation « tant au niveau national que mondial », Dimitri Uzunidis et André Gabus défendant l'idée, en conclusion, qu'une société plus durable ne pourra naître que « de la reconsidération de l'environnement comme un bien commun de l'humanité et d'une nouvelle vision de l'économie dont le rôle serait de répondre à des besoins collectifs plutôt qu'à des intérêts privés ».
Michel Theys
*** BERNARD SORDET: Carnets d'un Européen solidaire. Tome II: De l'intérieur. L'Harmattan (5-7 rue de l'École polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). 2009, 399 p., 35 €. ISBN 978-2-296-10400-6.
Du premier tome de ce livre, on pouvait lire dans la Bibliothèque européenne du 21 septembre dernier: « Mûri et écrit par un honnête homme, ingénieur, économiste et enseignant de haut vol ayant opéré un peu partout dans le monde, cet ouvrage relève de la catégorie des inclassables. Il est mal écrit, entraîne son lecteur dans les abysses d'une logorrhée qui égare, est trop long et trop touffu, mais celui qui s'engage dans ses toutes premières pages prend pourtant le risque de se laisser prendre au piège d'une conviction qui interpelle car elle se veut fondée sur le « doute créatif ». Ce commentaire reste pleinement valable pour ce deuxième volume qui voit Bernard Sordet tempêter contre le monde et son évolution, celle-ci le vouant de manière inéluctable à une nouvelle guerre mondiale et l'Union européenne du grand marché sans frontières allant, elle, encore plus vite dans le mur. L'imprécateur plaide aussi pour une révolution qui verrait l'Union européenne devenir « l'Europe des États solidaires », une Europe qui, en cessant de délocaliser, deviendrait le moteur d'une transmondialisation fondée sur le transvivre.
(MT)
*** CATHERINE CHAPUT, M. J. BRAUN, DANIKA M. BROWN (sous la dir. de): Entertaining Fear. Rhetoric and the Political Economy of Social Control. Peter Lang (29 Broadway, 18th floor, New York, NY 10006. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Frontiers in Political Communication », n° 18. 2010, 290 p., 83,80 €. ISBN 978-1-4331-0586-9.
La collection dans laquelle se retrouve cet ouvrage s'est nourrie de discussions critiques orageuses et de frustrations partagées concernant ce que ses responsables perçoivent comme étant des conditions sociales inéquitables et des tentatives postérieures de déconstruction des discours qui perpétuent ces conditions. Que les critiques aient porté sur les discours démocratiques, l'éducation supérieure, la pédagogie ou le syndicalisme, ce sont les questions de motivation qui se retrouvent au cœur de ces essais. En d'autres termes, comment les individus continuent-ils à participer à la défense résolue de structures sociales qui découlent et dépendent de l'inégalité et de l'exploitation ? Pourquoi ces mêmes individus s'investissent-ils autant dans des pratiques et des croyances qui semblent être tellement à l'opposé de ce que beaucoup d'entre eux pensent être un monde meilleur ? Pourquoi les gens ont-ils tellement peur du changement ? Plus simplement, pourquoi tout le monde a-t-il tellement peur ? Interpellés par cette question, les auteurs de ce livre, tous enseignants universitaires aux États-Unis, ont pris la problématique de la peur comme ligne directrice de leur réflexion et investigation. Traitant exclusivement du cas des États-Unis, l'ouvrage se divise en trois sections qui traitent respectivement du discours politique, de la communication institutionnelle et des pratiques culturelles à l'œuvre dans le pays avec, comme fil rouge, la question de la peur. On y explique, d'abord, que la rhétorique politique post 9/11 ne se limite pas aux discours politiques ou à la démagogie des médias, mais qu'elle circule dans une politique économique globale volatile, laquelle lui donne sa force persuasive. Les auteurs observent ensuite comment la perception et les prises de décision du public sont influencées par cette rhétorique, notamment à travers la couverture des médias ou des intérêts publics construits autour de communautés menacées, l'intérêt personnel ou la peur de l'immigration. La dernière partie s'attache, quant à elle, à retracer les origines de l'utilisation de la peur en tant que dynamique, les auteurs constatant à cet égard que son utilisation pour construire, échanger et consommer la culture fait partie du terrain géopolitique et de l'histoire des États-Unis depuis un temps considérable, ce qui reste aujourd'hui plus que jamais d'actualité.
(NDu)
*** WALTER LEAL FILHO (sous la dir. de): Sustainability at Universities - Opportunities, Challenges and Trends. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 376727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Environmental Education and Sustainability », n° 37. 2009,230 p., 46,50 €. ISBN 978-3-631-59690-6.
Les changements climatiques de ces dernières années ont poussé au premier plan des préoccupations la question de savoir comment gérer les ressources de manière à ce que celles-ci restent disponibles pour les générations futures. Pour les auteurs de cet ouvrage, il est également important que le système éducatif et en particulier les universités s'engagent plus profondément dans le débat du développement durable. En clair, les universités ne peuvent plus se limiter à effleurer le problème, comme c'est le cas actuellement. Ce livre est le fruit de travaux menés dans le cadre du projet « Jelare » - pour Joint European-Latin American Universities Renewable Energy Project, à savoir un accord de coopération entre des universités allemandes, boliviennes, brésiliennes, chiliennes et guatémaltèques qui vise à promouvoir des pistes de recherche dans le domaine du développement durable, ces pistes devant être orientées vers le marché du travail. Bénéficiant des fonds d'Alfa III, programme de coopération entre l'Union européenne et l'Amérique latine à des fins éducatives, ce projet a été mené à bien par une équipe d'enseignants universitaires venant des quatre coins du monde et ayant des domaines d'expertise divers tels que sciences informatiques, recherches forestières et environnementales, écologie, développement de l'adulte, mathématiques ou encore la recherche sur la santé publique et les maladies infectieuses. Le but des contributions de l'ouvrage vise donc à encourager l'engagement du monde universitaire dans le débat du développement durable en abordant des domaines comme la nutrition, les nouvelles technologies au service du développement durable, l'éducation, l'architecture et le design, la mise en place de nouvelles normes ou encore l'adaptation urbaine à cette forme de développement. Cet ouvrage cible d'abord et avant tout le monde académique en cherchant à y disséminer de nouvelles inspirations susceptibles de faire avancer la cause.
(NDu)
*** MICHAL BRON Jr, PAULA GUIMARAES, RUI VIEIRA DE CASTRO (sous la dir. de): The State, Civil Society and the Citizen. Exploring Relationships in the field of Adult Education in Europe. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection «European Studies in Lifelong Learning and Adult Learning Research», n° 6. 2009, 229 p., 39,70 €. ISBN 978-3-631-58593-1.
Œuvre de scientifiques spécialisés dans le domaine de l'éducation et opérant dans plusieurs universités d'Europe, cet ouvrage convie à une analyse complexe des relations entre l'État, la société civile et les citoyens, la manière dont ces relations influencent l'éducation des personnes adultes étant tout particulièrement étudiée. Les auteurs se focalisent sur les changements sociaux, économiques, politiques et éducatifs actuellement enregistrés, lesquels sont notamment dus à la mondialisation, à l'importance croissante des organisations internationales et supranationales, à la redéfinition de la société civile et de ses organisations, ainsi qu'aux nouveaux comportements des citoyens eux-mêmes. Tous s'accordent pour juger que la période actuelle est une période de changements majeurs et qu'il est nécessaire, par conséquent, de trouver de nouvelles approches d'analyse dans le domaine de l'éducation. En outre, il leur semble que le rôle de l'État prend une connotation de plus en plus disruptive et que l'État est vu non plus comme un fournisseur de services mais plutôt comme un coordinateur, parfois très directif et même coercitif, de dispositions portées par lui-même. Les mises en place de politiques libérales, dictées par la globalisation et liées à l'impact de la crise économique actuelle, se sont traduites par l'écroulement de l'État-providence d'antan, ce qui a entraîné des impacts profonds dans l'éducation des adultes, laquelle tend aujourd'hui à devenir une forme d'émancipation par rapport à l'État - parfois même contre ce dernier. Par cet ouvrage, les auteurs apportent donc leur pierre au débat à travers l'analyse de questions telles que l'implication de l'État dans l'éducation des adultes, les politiques mises en place par ce dernier dans ce domaine ou la montée en puissance d'apparentes nouvelles formes de citoyenneté en Europe.
(NDu)