Bruxelles, 15/10/2010 (Agence Europe) - Le groupe des « Amis du Pakistan démocratique » (ADPD) a exprimé, vendredi à Bruxelles, sa solidarité avec ce pays sévèrement frappé par les inondations dévastatrices d'août dernier, mais n'a pas manqué d'exiger du gouvernement pakistanais de nouvelles réformes économiques, politiques et institutionnelles pour assurer la stabilité et la prospérité du pays qui est crucial pour la paix dans toute la région. « La communauté internationale s'est engagée à aider le Pakistan à développer une société stable, prospère et démocratique », a déclaré Catherine Ashton, le haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, à l'issue de la troisième réunion ministérielle des ADPD depuis sa création en 2008. « Le Pakistan peut compter sur le plein soutien de ses amis », a ajouté le haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères. Mais il faudra des réformes supplémentaires « et le gouvernement pakistanais, lui aussi, sait qu'elles sont nécessaires ».
Mobiliser des ressources domestiques - Un communiqué conjoint adopté vendredi par l'ensemble des « amis » souligne également le besoin pour Islamabad de faire des efforts de réforme supplémentaires dans le cadre de son programme de stabilisation économique, « y compris une extension de l'assiette fiscale » afin d'obtenir une meilleure mobilisation des ressources financières domestiques pour financer la reconstruction du pays et de l'économie. Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Makhdoom Shah Mahmood Qureshi, a reconnu devant la presse que « l'assiette fiscale (au Pakistan) n'est pas suffisamment large» et qu'il y a des « secteurs qui n'ont pas encore contribué » au financement des mesures de reconstruction et de développement du pays. Cette situation doit être « corrigée », faute de quoi le développement à long terme du pays ne pourra pas être financé, a admis le ministre.
Lutte anti-terrorisme - Le groupe des ADPD est aussi conscient de l'importance du Pakistan dans la lutte contre le terrorisme et la stabilisation de la région, y compris l'Afghanistan. « Le succès de l'expérience du Pakistan en matière de démocratie, de prospérité, de bien-être de sa population, de lutte contre l'extrémisme et le terrorisme ainsi que la prospérité économique et la stabilité est crucial pour la paix et la stabilité régionale et globale », notent les « amis » dans leur communiqué conjoint. Le Pakistan est prêt à jouer un rôle pour faciliter d'éventuels contacts ou pourparlers entre le gouvernement afghan et les Talibans mais l'initiative et la demande pour une telle aide doivent venir du gouvernement afghan, a souligné M. Qureshi. Le ministre pakistanais a salué l'intention de l'UE de suspendre unilatéralement les droits de douane sur les importations en provenance du Pakistan en libéralisant 75 lignes tarifaires comptant pour 27% des exportations pakistanaises vers l'UE. Ces mesures sont hautement appréciées au Pakistan et aideront notamment le secteur du textile qui compte pour plus de 60% des exportations pakistanaises, a dit M. Qureshi.
Au total, 20 pays étaient représentés à la réunion, y compris les États-Unis, la Chine, le Japon, la Turquie, l'Australie, la Corée du Sud, l'Arabie saoudite ainsi que huit pays membres de l'UE: Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni, Espagne, Suède, Danemark, Pays-Bas. Même l'Iran était présent en la personne de son ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki. Les représentants de quatre organisations internationales - Nations Unies, Banque Mondiale, Banque asiatique de Développement/Asian Development Bank et la Banque islamique de Développement/Islamic Development Bank - ont également participé à la réunion.
Richard Holbrooke « encouragé » par la volonté de réforme du gouvernement pakistanais - L'émissaire américain au Pakistan et en Afghanistan, Richard Holbrooke, a réitéré vendredi la demande conjointement formulée la veille par Hillary Clinton et Catherine Ashton à Bruxelles (EUROPE d'hier) que le Pakistan doit faire plus pour apporter sa « part équitable » à l'effort d'aide aux victimes des inondations. D'après M. Holbrooke, les autorités pakistanaises ont compris le message. « Nous sommes encouragés » par ce que le ministre pakistanais a dit ce matin, a-t-il dit vendredi midi aux journalistes. « Les Pakistanais comprennent le point, ils sont au courant, et ils font des pas dans la bonne direction ». Les États-Unis et l'Europe sont, eux aussi, sous forte « pression budgétaire » et ne pourront pas « tout faire », a dit M. Holbrooke. Il a aussi salué les mesures commerciales prises par l'UE pour assurer un meilleur accès au marché européen pour les produits pakistanais. « C'est un sujet très difficile pour nous, Américains. L'administration américaine estime que les États-Unis devraient faire de même » mais, « malheureusement », les propositions législatives faites dans ce sens sont bloquées au Congrès et au Sénat.
Washington ne pense pas que l'annulation de la dette pakistanaise soit une bonne idée - Des ONG comme Oxfam demandent que la communauté internationale annule l'énorme dette extérieure du Pakistan pour créer ainsi des marges budgétaires et aider le gouvernement pakistanais à reconstruire le pays. L'idée n'est pas soutenue par les États-Unis, a dit M. Holbrooke. « Nous avons beaucoup discuté de cette question dans le passé, avec le FMI et d'autres. Notre évaluation jusqu'ici est de dire qu'il y a des moyens plus efficaces d'aider le Pakistan. Nous avons analysé ce sujet très soigneusement et nous et les Pakistanais sommes parvenus à la conclusion que ce ne serait pas la meilleure voie à suivre parce que la dette est gérable », a-t-il dit. (H.B.)