Bruxelles, 15/10/2010 (Agence Europe) - Qu'on se le tienne pour dit: l'UE n'a pas de problème avec une éventuelle prolongation du Protocole de Kyoto après 2012, pour peu que l'Europe ne soit pas le dindon de la farce par rapport à d'autres économies majeures comme les États-Unis et la Chine et que soit préservée l'intégrité environnementale de cet instrument, absolument nécessaire pour combattre efficacement le réchauffement climatique global. Les ministres de l'Environnement des 27 l'ont confirmé, jeudi 14 octobre à Luxembourg, dans un langage subtil permettant à tous de s'y rallier - y compris l'Italie et le Royaume-Uni, les plus radicaux dans leurs exigences vis-à-vis des États-Unis et la Chine
« Nous avons fondé la législation de l'UE sur les principes du Protocole de Kyoto et pouvons donc accepter une deuxième période d'engagement, mais toutes les économies majeures auront à s'engager et les failles nuisant à l'intégrité environnementale du Protocole de Kyoto doivent être comblées », ont affirmé conjointement Connie Hedegaard, commissaire à l'Action pour le climat et la présidente du Conseil, Joke Schauvliege, à l'issue de la session.
Pour combler ces failles, il conviendra d'établir des règles de comptabilisation de la contribution au réchauffement climatique des activités forestières et du changement d'affectation des sols et de s'entendre enfin sur le sort à réserver aux surplus d'air chaud, les fameux AAU (assigned amount unit), actuellement transférables au titre du Protocole de Kyoto.
À la presse, Connie Hedegaard a précisé pourquoi l'ouverture dont fait preuve l'UE à l'égard d'une deuxième période d'engagement n'est pas un chèque en blanc. «Sans conditions, il n'y a plus de pression sur les autres acteurs clé de la négociation », a-t-elle averti en rappelant que la Chine va compter pour 30% des émissions mondiales. L'UE, quant à elle, qui contribue à 14% des émissions globales, atteindra avant l'heure l'objectif qu'elle a souscrit au titre de Kyoto de réduire collectivement ses émissions de 8% par rapport à 1990 entre 2008 et 2012 pour ce qui concerne l'UE-15 (les 10 États membres qui ont rejoint l'UE entre 2004 et 2007 ont pris des engagements compris entre 6% et 8%), a-t-elle rappelé. Selon le dernier rapport publié le 12 octobre par l'Agence européenne de l'Environnement, c'est en effet à -14,2% que devrait être l'UE-15 en 2012.
« Cancún doit déboucher sur un paquet équilibré de décisions concrètes concernant les activités forestières, l'adaptation au changement climatique, la mesure, la vérification et la surveillance des réductions d'émissions et le développement technologique », affirment la commissaire et la présidente du Conseil, assurant au monde que l'UE fournira sa part du financement rapide en faveur des pays en développement pour 2010-2012.
L'UE, accusée - à tort, selon les Européens - par les pays en développement d'être le fossoyeur du Protocole de Kyoto, avait à cœur de lever toute ambiguïté. Mais ce n'est pas allé sans peine. La discussion a été longue pour parvenir à des conclusions unanimes sur la position que défendra l'UE à Cancún (COP16, 29 novembre-10 décembre).
Dans ses conclusions, le Conseil « confirme sa volonté d'envisager une seconde période d'engagement au titre du Protocole de Kyoto en tant qu'élément d'un résultat plus large incluant la perspective d'un accord global et complet engageant toutes les économies majeures ». Mais il confirme aussi sa « préférence pour un instrument unique juridiquement contraignant qui reprendrait les éléments essentiels du Protocole de Kyoto et s'appuierait sur l'accord de Copenhague pour le développer». La nécessaire réforme des mécanismes de marché, comme le mécanisme de développement propre, et l'établissement d'accords mondiaux sectoriels sont mentionnés.
L'Italie, la plus acharnée à réclamer des conditions de concurrence équitables pour tous, aurait voulu aller plus loin pour exiger le caractère contraignant des engagements des autres parties, a pu se rallier au texte.
Barroso monte au créneau - S'agissant du rehaussement de l'offre européenne pour Cancún (le passage des 20% à 30% pour la réduction des émissions à l'horizon 2020), le Conseil a invité la Commission à détailler les options envisageables, d'approfondir leurs conséquences pour les États membres et de livrer cette analyse dans les meilleurs délais.
Le texte ne parle pas du sort des surplus d'air chaud, question délicate sur laquelle il n'y a toujours pas de position européenne. Et pour cause: pour les pays des détenteurs d'AAU transférables aux termes de Kyoto, ce n'est pas un dossier environnemental mais financier.
Il reviendra de toute façon aux dirigeants européens de mettre la dernière touche au mandat de négociation de l'UE lors du Conseil européen des 28 et 29 octobre et José Manuel Barroso, président de la Commission, entend bien que cette question soit tranchée à cette occasion. C'est sans doute la raison pour laquelle il a saisi de la question Herman van Rompuy, président permanent du Conseil européen, dans un courrier adressé avant l'ouverture de la session du Conseil Environnement et dont les ministres ont reçu une copie pendant leurs travaux. Signe que le Conseil Environnement se verrait court-circuiter ? Nombreux ont été les ministres, inquiets, à le penser. (A.N.)