Guy Verhofstadt et Tommaso Padoa Schioppa ont pris l'initiative. Le directeur général du Fonds monétaire international, M. Strauss-Kahn, tout en considérant que la zone euro devrait être représentée en tant que telle au sein du conseil d'administration du FMI, avait été prudent: « À titre personnel, je souhaiterai que la zone euro en finisse avec son émiettement, mais peut-être est-ce prématuré ». Or, le président du groupe libéral du Parlement européen (et ancien premier ministre de Belgique) ainsi que l'ancien membre du directoire de la Banque centrale européenne (et ancien ministre italien des Finances) estiment qu'il ne faut pas attendre: la représentation européenne doit être unifiée.
Ils se sont expliqués dans une prise de position signée ensemble dans le journal belge Le Soir. Ils estiment que la situation actuelle est absurde. Aujourd'hui, chaque pays de l'UE est représenté au sein du conseil d'administration par un État qui fait partie de cet organe, mais qui n'est pas nécessairement un pays communautaire: dans quelques cas, c'est un pays tiers ! Par le système qu'ils préconisent, l'UE parlerait d'une seule voix ; et il n'est pas vrai à leur avis que ceci affaiblirait la position européenne, au contraire. Je reconnais ici la plume acérée de M. Verhofstadt: « Nous devons en finir avec cette vieille chimère consistant à croire que plus nous sommes nombreux autour de la table, plus nous pesons, alors qu'en réalité cela n'est qu'une occasion de plus pour nous chicaner en public, plutôt que d'unir nos forces.»
Voici en résumé leur formule. L'un des « collèges » qui composent le conseil d'administration du FMI réunirait les pays de la zone euro, qui parleraient ainsi d'une seule voix, sous la présidence du président de l'Eurogroupe. Le Royaume-Uni et les autres pays de l'UE qui ne font pas partie de la zone euro seraient réunis dans un autre «collège», comprenant éventuellement aussi des pays comme la Turquie et l'Ukraine. Les procédures de vote du FMI seraient modifiées, en supprimant le droit de véto des États-Unis et en passant à un système de vote à la majorité qualifiée, avec un seuil de deux tiers, avec augmentation des droits de vote des pays émergents. Le débat est ouvert.
Ceux qui donnent la priorité à la bombe atomique. Au moment où ces remarques paraissent, la réunion ministérielle des Amis du Pakistan démocratique a renforcé les mesures de soutien à ce pays frappé par les désastres naturels qu'on sait. J'aurai considéré comme indécent de le publier auparavant; la solidarité et l'aide sont prioritaires. J'ai lu avec attention la prise de position d'Oxfam indiquant que la charge de la dette représente pour le Pakistan le double de l'aide internationale et réclamant la suppression pure et simple de cette dette. Il est facile d'être généreux avec l'argent des autres. Dans ces élans, ainsi que dans d'autres prises de position, pas un seul mot n'évoque la responsabilité et les causes de cet endettement, ni ne pose la question de la bombe atomique. Le Pakistan possède cette bombe, dont la fabrication et l'entretien (surtout pour l'aspect missiles) coûtent très cher. Ce n'est pas une question purement pakistanaise. J'avoue une certaine gêne lorsque les autorités d'un pays qui a donné la priorité à l'armement atomique font appel à la solidarité mondiale ou à l'annulation de leur dette. Secourir les populations en difficulté, c'est un devoir. Soutenir les régimes qui consacrent une partie essentielle de leurs ressources à l'armement, et à l'arme atomique en particulier, c'est moins spontané. C'est, à mon avis, un élément à prendre en considération.
D'ailleurs, dans leur communiqué conjoint de jeudi, Mme Clinton et Mme Ashton ont invité le Pakistan à prendre des mesures immédiates et substantielles pour mobiliser ses propres ressources pour faire face aux inondations dévastatrices, et Mme Clinton a ajouté que le gouvernement pakistanais doit faire appel aussi aux ressources internes au moment où les contribuables européens, américains et d'autres pays contribuent à l'effort (voir notre bulletin d'hier). L'aspect de l'arme atomique n'est pas évoqué. Je le cite.
Pervenche Berès le demande. Il y a quelques jours (bulletin n° 10234), cette rubrique a posé la question: quand le Parlement européen prendra-t-il l'initiative de demander que les relations extérieures dans le domaine de l'énergie soient insérées parmi les objectifs de la politique étrangère commune en gestation ? Un principe encore timide de réponse on l'aura la semaine prochaine à Strasbourg ; le rapport de Pervenche Berès, inscrit à l'ordre du jour de la session plénière, demande que cet aspect soit considéré comme une question stratégique et que la négociation de contrats d'approvisionnement soit prévue, en étroite collaboration entre la Commission européenne, les États membres et les secteurs concernés. Les États membres et les « secteurs concernés » s'en occupent déjà activement, mais chacun pour son compte ; parfois, la Commission n'est même pas informée. La prise de position du PE représenterait un premier pas dans la bonne direction.
(F.R.)