Le respect réciproque. Les considérations de cette rubrique d'hier sur la possibilité d'intégrer les Roms dans la société européenne ne constituent d'aucune manière l'indication purement théorique d'une évolution que je considérerais, en fait, avec scepticisme et pratiquement irréalisable. C'est le contraire qui est vrai: j'en parle parce que j'estime qu'elle est possible. Les milieux communautaires ont le devoir d'agir en ce sens ; en même temps, les Roms doivent comprendre qu'un effort de leur part est tout autant indispensable.
Je me rappelle que, dans une interview, le célèbre metteur en scène Emir Kusturica, celui qui a fait connaître et aimer la civilisation tzigane en Europe et au-delà, observait que sur deux points la morale tzigane s'écartait de l'évaluation occidentale: la manière de considérer le mensonge à l'égard de ceux qui n'appartiennent pas à leur communauté et, en partie, la notion de vol. Il est évident qu'en réalité les Roms ne mentent pas et ne volent pas ; il existe des exceptions, comme dans toute communauté. Mais ils doivent s'approprier la notion selon laquelle aucune différence ne peut exister dans les comportements à l'égard des tiers, si l'on veut être accepté dans un pays d'accueil. Pour s'intégrer dans une civilisation, il faut en partager les règles et les valeurs, tout en gardant le droit de sauvegarder ses propres traditions et modes de vie. Et les ressortissants du pays d'accueil doivent respecter ceux qui les respectent. À l'Exposition universelle de Shanghai, la France était notamment représentée par le cirque d'Alexandre Romanès, formé à l'école du cirque Bouglione, célèbre en son temps dans toute l'Europe. Il a déclaré qu'à présent, en France, les tracasseries policières et administratives le persécutent. Je cite le Nouvel Observateur: « Quand il roule avec sa caravane, il ne cesse d'être contrôlé comme un voleur. Cet homme qui donne du rêve vit un cauchemar. Son merveilleux cirque est en péril. Ses musiciens roumains se voient retirer leur permis de travail et sont menacés d'expulsion. On a interdit à sa fille de 10 ans d'exercer des petits numéros sans risque, abolissant ainsi le principe de la transmission par le père d'un art vivant dont il a hérité ». Pourquoi l'Europe ne serait-elle pas en mesure d'accueillir cette civilisation, si celle-ci de son côté respecte l'équilibre entre droits et devoirs ?
Les deux gouvernements sont engagés. La position commune franco-allemande sur la politique agricole au-delà de 2013 n'engage pas seulement les ministres de l'Agriculture qui l'ont signée, mais leurs gouvernements. Cette rubrique avait écrit: « C'est un document des deux ministres de l'Agriculture qui n'engage pas formellement les deux gouvernements » (voir notre bulletin n° 10225). Le ministre français Bruno Le Maire nous a fait savoir de Paris qu'il n'est pas d'accord: les deux gouvernements sont engagés.
Le document affirme: « La France et l'Allemagne sont opposées à toute renationalisation de la PAC par le cofinancement des paiements directs aux exploitants ». J'avais laissé planer un doute sur l'engagement des deux gouvernements sur cet aspect, en me rappelant certaines prises de position anciennes du Conseil Agriculture, dûment transmises au Conseil européen et dont celui-ci ne faisait pas grand cas: ces textes terminaient leur carrière dans les archives communautaires, à côté de bien d'autres qui seront peut-être utiles un jour aux historiens du futur. Il arrivait donc que les ministres de l'Agriculture ne soient pas entendus. On m'assure que ce ne sera pas le cas cette fois-ci de la part de la France et de l'Allemagne, qui sont quand même le premier producteur agricole et le premier contributeur au budget. La question qui se pose donc est: jusqu'à quel point les ministres des Finances seront-ils fermes dans l'orientation citée lorsqu'ils prépareront les nouvelles perspectives financières de l'Union? Et les chefs d'État ou de gouvernement, le moment venu ? Selon la presse allemande, quelques ministres à Berlin se sont émus de l'affirmation des deux ministres de l'Agriculture, en exprimant la crainte que leur phrase aussi explicite limite leur marge de manœuvre. Ce n'est un secret pour personne que la thèse visant à réduire la dotation de la PAC pour dégager des crédits supplémentaires pour la recherche et le développement a ses partisans...
Notre bulletin a déjà indiqué par ailleurs qu'un aspect de la position franco-allemande a été critiqué par la Pologne et quelques autres États membres d'Europe centrale et orientale: la méthode de distribution des aides directes. Le document affirme: « Un taux unique pour toute l'Europe n'a pas de justification et ne correspond pas aux conditions économiques au sein de l'Union », en ajoutant qu'il faut prendre en compte « la soutenabilité de la position financière des États membres dans le budget européen ». C'est une affirmation qui ne plaît pas à tous, dont il faudrait tenir compte aussi dans le dossier de l'adhésion turque.
(F.R.)