Bruxelles, 02/09/2010 (Agence Europe) - Le chef du groupe socialiste (S&D) au Parlement européen, Martin Schulz, a sifflé la fin de la pause d'été parlementaire, jeudi 2 septembre, lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a attaqué le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, sur sa gestion de l'affaire des Roms en France et sur le dossier de la taxation des transactions financières dans l'UE. L'eurodéputé allemand a aussi critiqué le déséquilibre institutionnel qui s'est créé, à son avis, avec le Traité de Lisbonne en faveur du Conseil européen « dominé par le couple Merkel/Sarkozy ».
Roms. M. Schulz critique tout d'abord les expulsions « inacceptables » en France. Justifier l'expulsion de toute une communauté par des infractions que certains de ses membres auraient commises est « tout simplement du baratin », affirme M. Schulz pour qui cette « manœuvre » de Nicolas Sarkozy n'a qu'un seul objectif: détourner l'attention des problèmes du gouvernement et faire remonter l'indice de popularité du président dans l'opinion publique française. Le chef des socialistes au PE s'en prend ensuite à M. Barroso qu'il interpellera sur ce sujet la semaine prochaine lors du débat programmé en session plénière du Parlement à Strasbourg. « J'espère que le mutisme de M. Barroso ne veut pas dire qu'il cautionne ce qui se passe en France. Il devra nous expliquer pourquoi il ne dit rien », dit M. Schulz. Il pointe aussi du doigt le fait que pas moins de trois commissaires - Viviane Reding (Justice et droits fondamentaux), Cecilia Malmström (Affaires intérieures) et Laszlo Andor (Affaires sociales et inclusion) - se partagent les compétences et responsabilités en matière d'intégration des Roms dans l'UE. Face à cet éparpillement, c'est le président lui-même qui doit prendre les choses en main et vérifier si le droit communautaire est respecté, dit-il. « Si elle constate des violations de la législation européenne, la Commission doit lancer une procédure d'infraction » contre la France, estime M. Schulz. L'analyse de la Commission doit être rendue publique, réclame-t-il aussi.
Taxe sur les transactions financières. À l'occasion du débat général sur « l'état de l'Union », programmé pour la semaine prochaine au PE à Strasbourg, M. Schulz veut aussi interroger M. Barroso sur la volonté ou pas de la Commission de proposer une taxe sur les transactions financières dans l'UE (le Conseil européen, on le sait, a chargé la Commission d'étudier la question). En juillet, le commissaire chargé de la fiscalité, Algirdas Šemeta, s'était dit sceptique sur les chances de parvenir à un accord à 27 sur l'introduction d'une telle taxe. Dans la presse allemande, il a notamment fait valoir qu'une taxe sur les transactions financières pourrait nuire à la compétitivité du secteur financier de l'Union si elle n'est pas appliquée partout dans le monde. Pour M. Schulz, il semble évident que le commissaire est donc opposé à la taxe. « Je veux savoir de M. Barroso si l'opinion de M. Šemeta est aussi celle de la Commission dans son ensemble. Si tel était le cas, ce serait une véritable déclaration de guerre à notre groupe politique », affirme M. Schulz. Le Parti socialiste européen (PSE) prépare déjà sa riposte au cas où la Commission et les États membres laisseraient tomber l'idée de la taxe sur les transactions financières. Dans ce cas, annonce M. Schulz, les socialistes européens lanceraient une initiative citoyenne portant sur ce sujet « dès que possible ». Le nouvel instrument de participation citoyenne, introduit par le Traité de Lisbonne, devrait être opérationnel début 2011.
Rôle du Conseil européen. Le chef du groupe socialiste observe aussi « avec grande inquiétude » que le Conseil européen qui avec le Traité de Lisbonne est devenu une institution de l'UE, s'approprie de plus en plus de pouvoirs et dicte l'agenda européen (le rôle de la Commission étant réduit à celui de simple exécutante). En outre, « le Conseil européen est devenu un club à deux classes (Zweiklassengesellschaft): Merkel/Sarkozy et les autres. Ça, ce n'est pas notre vision de l'Europe », insiste M. Schulz qui demande à M. Barroso de jouer le rôle de moteur de l'intégration qui revient normalement à la Commission. (H.B.)