Bruxelles, 10/06/2010 (Agence Europe) - Les aides en faveur des agriculteurs doivent être plus justes et répondre davantage aux exigences locales et régionales, selon l'avis sur la PAC après 2013 que le Comité des régions a adopté mercredi 9 juin en plénière, et selon les débats qui ont eu lieu avec le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos.
La présidente du Comité des régions, Mercedes Bresso, a remercié le commissaire Ciolos d'avoir rappelé l'importance du dialogue avec le Comité des Régions et les autorités locales. « Le fait que le commissaire soit venu pour la deuxième fois en deux mois s'exprimer devant la plénière confirme cette importance », a-t-elle souligné.
Georgios Papastergiou (PPE, grec) a rappelé l'importance de l'opinion des citoyens sur les grands changements en cours. « Il faut se concentrer sur la qualité des aliments, sur les travailleurs de la terre et penser aux conséquences des changements climatiques », a affirmé M. Papastergiou pour qui l'avenir de l'UE ne concerne pas seulement la PAC mais aussi d'autres questions comme les perspectives financières. « La réforme à venir de la PAC devra nous permettre de faire face à la crise en pensant d'abord aux citoyens. Il faut penser au bien-être des citoyens. Il faut comprendre les besoins du marché. Il faut un meilleur dialogue avec les producteurs et la chaîne de production doit continuer à être fiable. (..) Il faut des paiements fiables et rapides pour les agriculteurs », a-t-il commenté. Quant à la présence pour la deuxième fois du commissaire devant la plénière, Georgios Papastergiou a souligné que cela montre « une vraie coopération avec le CdR ».
René Souchon (PSE, français), rapporteur sur l'avenir de la PAC après 2013, a déclaré que son groupe politique croit fermement que l'Europe a besoin d'« une PAC qui profite à l'ensemble des politiques et surtout à celle de l'emploi ». Le PSE s'oppose également à toute forme de renationalisation de la PAC. Le PSE est d'accord avec la proposition du commissaire de prendre davantage en compte les contraintes territoriales des régions de montagne et insulaires, lesquelles régions constituent un enjeu pour l'avenir de l'Europe, a ajouté M. Souchon. Le PSE est également en faveur d'une politique de développement rural forte en lien avec la politique de cohésion. « L'implication du niveau régional est le meilleur moyen de prendre en compte les particularités des différents territoires. Et le budget doit être à la hauteur des défis à relever », a notamment ajouté M. Souchon.
L'avis du Comité des régions sur l'avenir de la PAC après 2013 souligne le besoin de revoir les critères de répartition des aides, en supprimant les aides accordées en fonction de références historiques de production 2002/2003. M. Souchon préconise, comme cela se fait notamment en Allemagne, des « aides à l'hectare modulées en fonction des bonnes pratiques environnementales, de l'emploi créé, de l'aménagement du territoire et de la prise en compte des zones de montagnes, des îles ou des zones défavorisées ». René Souchon insiste aussi sur le besoin de « réaffirmer la préférence communautaire qui est le fondement de la PAC ».
Le Comité des régions demande aussi à la Commission d'assurer une meilleure coordination entre la PAC et la politique de cohésion. M. Souchon a préconisé même de « rattacher la politique de développement rural, qui est tout sauf de l'agriculture, à la politique de cohésion territoriale », mais une majorité de représentants des régions n'y sont pas favorables. Le Comité a toutefois souligné l'importance de clarifier la situation au sujet des soutiens en faveur des activités rurales non agricoles (liées au tourisme ou à l'environnement) pour s'assurer que les communautés rurales reçoivent les aides dont ils ont vraiment besoin.
Ossi Martikainen (ADLE, finlandais) a estimé que la réforme de la PAC doit « adopter une approche plus large, apporter des réponses à court et long termes aux défis ». « La PAC est une gageure pour la sécurité et la suffisance alimentaires », a noté M. Martikainen en plaidant pour la défense de « notre agriculture européenne ». « La PAC doit pouvoir se fonder sur un fonctionnement efficace des marchés », a précisé l'élu finlandais en encourageant le commissaire à travailler avec tous les opérateurs économiques et tous les spécialistes du changement climatique.
Jerzy Zajakala (UEN-AE, polonais) a estimé que les citoyens ne comprennent pas bien les mécanismes de la PAC. Il s'est dit favorable aux deux piliers de la PAC (le premier pilier contenant les aides et les dépenses de marché et le second portant sur le développement rural). Mais, a-t-il ajouté, « il nous faut les moyens de nos ambitions ». Pour l'UEN-AE, il faut également établir un équilibre entre « le rural et l'urbain ».
Après l'intervention des représentants des chefs de groupes, un élu roumain a posé la question de la culture du soja génétiquement modifié. « La Roumanie veut pouvoir cultiver ce soja génétiquement modifié. 40 millions de tonnes sont déjà vendues en Europe et cultivées pour les fourrages. Et il n'y a pas d'effets négatifs ni sur la santé animale ni sur la santé humaine », a-t- il commenté.
Le commissaire européen Dacian Ciolos s'est dit très confiant sur l'avenir et le rôle de la PAC. Il n'y a pas de contradiction avec l'approche territoriale et rurale. « L'agriculture peut aider les secteurs à faire face à la crise pour autant que les moyens financiers soient sur la table », a-t-il dit. Pour ce qui est de la question du soja génétiquement modifié, le commissaire à la Santé, John Dalli, est responsable de ce dossier et va lancer prochainement une proposition sur ce sujet, avec pour objectif de permettre aux États membres de prendre une décision au niveau local après des analyses et après avoir prouvé qu'il n'y pas de conséquences sur la santé. « Il faut tenir compte des agriculteurs mais aussi des autres citoyens qui ont une attitude différente face aux OGM », a conclu M. Ciolos. (G.B./L.C.)