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Bulletin Quotidien Europe N° 10128
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/kirghizstan

Pierre Morel présente son analyse de la situation sur le terrain

Bruxelles, 28/04/2010 (Agence Europe) - Le représentant spécial de l'UE pour l'Asie Centrale, Pierre Morel, a été reçu mardi 27 avril par la commission des affaires étrangères du Parlement européen. Il a livré son expertise sur la situation au Kirghizstan, trois semaines après que de violentes manifestations ont fait 84 morts dans les rangs de l'opposition au régime, entraînant la fuite et la démission du président Kourmambek Bakiev.

M. Morel a souligné en premier lieu la prudence qui devait s'imposer face aux interprétations hâtives, faisant référence aux informations circulant sur le rôle qu'auraient joué des autorités russes dans les événements kirghizes. « Au point où nous en sommes, il est encore trop tôt pour avoir un jugement complet. (…). Mais je me permettrais de noter deux faits objectifs. Premièrement, le Kirghizstan en temps normal ne figure que rarement dans la presse russe. Mais de janvier à mars, on a pu noter une montée de commentaires critiques sur les faiblesses du régime Bakiev, et donc un signe d'impatience à l'égard du comportement du président. Deuxièmement: le 1er avril, soit cinq jours avant les événements, les autorités russes ont pris la décision de taxer à l'exportation à hauteur de 100% le fioul exporté vers le Kirghizstan, un pays qui n'a pas de ressources d'hydrocarbures ». Selon M. Morel, cette décision a eu « un effet d'amplification » sur les événements qui ont fait tomber le régime kirghize.

De nombreux députés européens ont souligné que l'UE se doit de porter une attention particulière à la situation dans ce pays, compte tenu de sa position stratégique en Asie centrale, une région dans laquelle les Européens ont des intérêts croissants (des enjeux d'approvisionnement énergétiques et l'aéroport de Manas servant au transit des troupes de l'OTAN vers l'Afghanistan). Une résolution sur la situation au Kirghizstan devrait d'ailleurs être adoptée par le Parlement européen lors de la prochaine session plénière du PE.

Beaucoup de députés ont également jugé « décevantes » les prises de position de l'UE et de la Haute représentante de l'Union pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton. Des positions qu'ils estiment « peu concrètes » et manquant de revendications précises vis-à-vis du gouvernement intérimaire. Des critiques auxquelles M. Morel a répondu: « Les déclarations sont certes générales, mais sur le terrain les messages que nous faisons passer sont extrêmement précis. Par exemple, nous attendons de la part du ministre intérimaire des garanties sur la liberté de l'information, sur le respect des droits de l'Homme et sur le rétablissement des visites de la Croix Rouge dans les prisons qui ont été suspendues ». Le représentant spécial a également rappelé que l'Union européenne soutient financièrement le Kirghizstan: « Actuellement sont en opération environ 30 millions d'euros. La priorité est que ces fonds circulent malgré l'instabilité du pays. (…) Depuis plus de 10 ans, l'Union européenne assure un revenu minimum à 300 000 Kirghizes, dans les couches les plus pauvres de la population. Donc depuis plus de 10 ans, nous contribuons à la stabilisation du Kirghizstan. »

Le représentant spécial a par ailleurs indiqué que les événements du pays poussent l'UE à examiner de manière critique sa stratégie pour l'Asie centrale, adoptée par le Conseil européen en 2007. Cette analyse est en cours entre les équipes du Conseil et de la Commission sous l'autorité de Catherine Ashton, mais, « on ne peut pas dire que nous avons des raisons de changer considérablement notre démarche. Il faut juste un examen critique, car cette stratégie s'est enrichie au cours des dernières années ». M. Morel a indiqué que cette stratégie est à présent à mettre en lien avec le nouveau service d'action extérieure européen consacré par le Traité de Lisbonne. « L'objectif est de mettre en place cinq représentations de l'UE (…). Il reste deux pays importants où il n'y a pas encore de représentation: l'Ouzbékistan et le Turkménistan. (…) Tout le travail d'investissement politique est à poursuivre de façon à voir un réseau complet de l'UE dans la région ».

Concernant la reconnaissance du gouvernement intérimaire, M. Morel a indiqué que cette question n'était pas à l'ordre du jour. « Il vaut mieux donner la priorité aux besoins immédiats et contribuer à la stabilisation du pays », a-t-il conclu. (J.I)

 

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