Bruxelles, 28/04/2010 (Agence Europe) - La politique de cohésion de l'UE ne devrait pas passer à la trappe lors des négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel (2014-2020) qui s'annoncent difficiles en raison des situations budgétaires critiques dans tous les États membres « car cette politique est parfaitement en ligne avec les objectifs de la stratégie économique 2020 » que le Conseil européen approuvera en juin, estime l'ancienne commissaire polonaise à la Politique régionale, Danuta Hübner, qui préside aujourd'hui la commission du développement régional du Parlement européen. « Je ne vois pas de réel danger pour la politique régionale et de cohésion (lors des prochaines négociations budgétaires pour lesquelles la Commission doit présenter ses premières propositions au printemps 2011, Ndlr) parce que cette politique investit exactement dans les domaines d'action qui sont mentionnés dans la stratégie 2020 comme l'énergie, les transports, l'environnement, l'éducation, l'innovation, etc. », a dit Mme Hübner dans un entretien avec EUROPE. L'ancienne ministre polonaise des Affaires européennes (2001-2004), qui a joué un rôle clé dans les pourparlers d'adhésion de son pays à l'UE, met aussi en garde les pays contributeurs nets, toujours tentés de raboter le budget communautaire, contre une renationalisation de la politique régionale. Dans le contexte de la globalisation, « toutes les régions, pas seulement les plus pauvres », ont besoin de cette politique pour renforcer leur compétitivité et combler l'écart qu'elles ont par rapport aux autres régions dans le monde. « La politique régionale de l'UE a très clairement une valeur-ajoutée pour tous. Elle rapporte à tout le monde », a-t-elle dit.
Besoin de plus d'Europe. Mme Hübner craint néanmoins que la crise économique ne complique sérieusement les négociations budgétaires. « Je crains que les États membres n'utilisent les problèmes de déficit budgétaire et de dette publique comme argument contre un plus grand budget européen. Mais nous avons besoin d'un plus grand budget et de plus d'Europe. Sur ce point, je suis plutôt pessimiste. Je crains que nous n'ayons pas compris que la part de l'Europe dans l'économie mondiale décline », a dit Mme Hübner. Quant au réexamen du budget, qui sera lancé cette année (la Commission présentera ses propositions au plus tard en septembre), Mme Hübner est favorable à certains « ajustements et simplifications de la mécanique de mise en œuvre de la politique de cohésion » mais ne pense pas que cette révision à mi-parcours des perspectives financières devrait être l'occasion de modifier les priorités de la politique de cohésion. Elle plaide aussi pour le maintien de la politique agricole commune (PAC), mais estime qu'elle doit être réformée.
Pologne. Depuis son adhésion en 2004, la Pologne a eu quelques difficultés à trouver sa place dans les structures et institutions communautaires (la faiblesse de l'administration publique polonaise y est pour quelque chose, dit-elle) mais, au fil des années, « elle a appris beaucoup sur la manière d'agir pour mieux présenter ses intérêts nationaux ». Le manque de « continuité politique » dans cette période cruciale, avec l'arrivée au pouvoir du parti Droit et Justice (PiS) des frères Kaczynski qui n'avaient que peu de connaissances sur l'Europe car ils n'avaient pas été impliqués dans le processus d'adhésion à l'UE, explique également pourquoi la Pologne a pris du temps à s'intégrer entièrement dans le club des Vingt-sept, estime Mme Hübner qui a été élue au PE en juin 2009 comme candidate de la plate-forme civique du Premier ministre Donald Tusk. Elle affirme aussi que la Pologne a « raté » l'occasion de gagner de l'influence sur la politique étrangère de l'UE grâce aux relations particulières que le pays avait avec les États-Unis mais aussi la Russie et d'autres pays voisins de l'UE à l'est. « La Pologne a raté l'opportunité d'introduire dans l'UE ses liens exceptionnellement amicaux et robustes avec l'Amérique. Je pense que nous avons raté cette chance ». « La même chose vaut pour la Russie. L'UE attendait de nous que nous apportions nos relations spéciales avec la Russie. À la place de ça, nous avons eu des relations très tendues avec Moscou pendant plusieurs années ». « Nous n'avons pas profité de ces avantages. Nous les avons gâchés », a conclu Mme Hübner qui espère tout de même que la Pologne pourra jouer un rôle central dans le futur service diplomatique européen. (H.B.)