Barcelone, 08/03/2010 (Agence Europe) - Le président en exercice de l'UE, Miguel Ángel Moratinos, les deux co-présidents de l'Union pour la Méditerranée (UpM), le Français Bernard Kouchner et l'Égyptien Ahmed Aboul Gheit, ainsi que le commissaire européen à l'Élargissement et au Voisinage, Štefan Füle, ont formellement installé, jeudi 4 mars à Barcelone, le secrétariat général de la nouvelle institution, dotée la veille de statuts. Ils ont solennellement célébré, en présence du ministre jordanien des Affaires étrangères, Nasser Judeh, du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, du Portugais Jorge Sampaio, Haut Représentant de l'ONU pour l'Alliance des civilisations, des autorités locales de Catalogne et, aussi, de l'ancien Haut Représentant européen pour la politique étrangère et de sécurité, Javier Solana, l'entrée en fonction formelle du nouveau secrétaire général, désigné il y a un peu plus d'une semaine, Ahmed Massa'deh. L'ancien ambassadeur jordanien à Bruxelles a encore tout à faire pour assurer le fonctionnement de l'entité dont le caractère technique est nettement affirmé dans les statuts. Il ne doute pas cependant que le succès des projets envisagés aura une portée politique certaine à laquelle il ajoute le bénéfice, également politique, de voir Israéliens et Arabes fonctionner ensemble dans le même cadre de travail. M. Massa'deh prédit un démarrage effectif aux environs de la mi-avril, le temps que soient désignés les six secrétaires généraux adjoints. La Grèce et l'Italie ont fait leur choix, mais la décision, prise la veille par les hauts fonctionnaires euroméditerranéens, est de patienter pour une annonce « en bloc » de toutes les personnalités pressenties. Il faudra aussi engager du personnel et, surtout, arrêter un budget et collecter les contributions des membres de l'UpM. La première annonce est venue de la Commission européenne: 3 millions d'euros offerts par le commissaire Füle. La contribution la plus marquante, soulignée par le secrétaire général de l'UpM, provient de la Catalogne qui a mis à la disposition de l'institution, gracieusement, plus de 2700 mètres carrés de luxueux bureaux dans une aile désaffectée, mais totalement rénovée, du Palais Pedralbes. Ces autorités locales, soucieuses d'asseoir l'image de la Barcelone comme « capitale de l'EuroMed », assurent au secrétaire général l'assistance en personnel et matérielle et ont annoncé qu'elles réservent les locaux d'une bâtisse historique - un ancien hôpital- pour y loger toutes les organisations euroméditerranéennes annexes (association des chambres de commerce, d'entreprises, etc.).
L'inconnue demeure dans l'application des statuts pour sceller l'approche politique: implication directe, ou non, des institutions européennes dans son fonctionnement. En l'état, le texte des statuts tel qu'adopté définitivement la veille semble trancher en faveur d'une voie plus interinstitutionnelle qu'intergouvernementale. L'intention initiale était de mettre à l'écart la Commission européenne.
Les statuts seront jugés dans la pratique, lorsque sera entamée la programmation des projets dans les six domaines prioritaires. Il faudra sans doute en corriger quelques articles, notamment pour préciser la durée du mandat du secrétaire général omise lors de sa rédaction et dans la fièvre des ultimes marchandages. Ce qui est acquis est que la Commission devra nommer à bref délai un fonctionnaire qui assurera la fonction de conseiller du secrétaire général et qui aura à veiller à la cohérence des activités de l'UpM avec l'ensemble de la politique méditerranéenne de l'UE. Paris devrait pour sa part déléguer au poste de directeur de cabinet du secrétaire général un fonctionnaire provenant de l'entourage de Henri Guaino, le conseiller spécial de l'Élysée, initiateur de l'UpM.
Tels sont les faits concrets. Ce qui frappe surtout est la manière et le décorum mis en place par les principaux partisans de l'UpM - Espagne, France et Égypte, pour sceller cet événement et proclamer la réalité institutionnelle de l'UpM. En présence de leurs invités d'honneur, MM. Moussa, Judeh, Sampaio et Solana, loué par les orateurs pour avoir été le précurseur de ce dialogue entre les deux rives de la Méditerranée, les trois ministres n'ont pas lésiné sur les symboles: levée des drapeaux des 43 pays membres, proclamation solennelle des noms de ces États, etc. La cérémonie s'est déroulée devant le Palau Pedralbes devant lequel était alignée la garde royale pour souligner le caractère « historique » de cet événement. La solennité s'est confirmée à l'intérieur des murs du palais, par une succession de discours dans lesquels aussi bien MM. Moratinos, Kouchner et leur homologue égyptien, ainsi que M. Füle ont réaffirmé à l'unisson qu'une « page historique » est ainsi écrite. Les mêmes propos ont servi aussi bien à « Miguel » qu'à « Bernard et Ahmed» pour souligner, avec la familiarité requise la forte complicité personnelle qui leur a permis, envers et contre tous les sceptiques, d'œuvrer pour que « l'utopie (soit) réalisée ». Ils y placent l'avenir des peuples qui bordent les rives de la Méditerranée et leur espoir que soit enfin créé cet « espace commun de paix et de prospérité ». (F.B.)